Le sac de plage

Décor. Une plage publique. Quand l’été touche à sa fin

Niki de Saint-Phalle (1930-2002) "Les baigneurs", 1984. Polyester et fibre de verre. Jardin de la Fondation Gianadda à Martigny (Suisse). Photo Vert et Plume, juillet 2010

Niki de Saint-Phalle (1930-2002) "Les baigneurs", 1984. Polyester et fibre de verre. Jardin de la Fondation Gianadda à Martigny (Suisse). Photo Vert et Plume, juillet 2010

« J’aime nager dans l’eau froide comme un Indien traversant une rivière », dit-il en s’approchant d’elle le corps dégoulinant. Elle protesta en criant quand une goutte tomba sur elle.

Peu de gens se baignent. Un nageur a dit à sa femme de l’air de quelqu’un qui s’y connaît que l’eau était froide.
De vieux messieurs sont allongées sur les dalles ensoleillées qui entourent un bassin de natation comme des chiens sans poils qui réchauffent leur carcasse.
A l’abri d’une haie un couple de Russes à en croire leur corpulence, ils devaient casser des cailloux sur les routes au temps du communisme, s’occupent joyeusement avec un ballon.
Les autres baigneurs sont installés sur la pelouse qui descend en pente douce jusqu’à l’eau dont la surface est si lisse qu’elle paraît immobile. Envie de s’y glisser et de la fendre avec l’air d’un poisson en quête de nourriture.
Un jeune homme seul. Sa peau est si blanche qu’il fait songer à un Anglais. Son corps très musclé contraste avec celui des vieillards qui de loin le lorgnent avec envie ou regret on ne savait pas. Il a les jambes puissantes d’un athlète. Ses fesses que souligne un slip de bain échancré ne sont pas coupées des cuisses par des bourrelets graisseux. Aucune mollesse dans cet abandon au soleil qui fait penser au repos d’un guerrier.

"Le Discobole", Allemagne - années 1920 environ. Source : image internet sans indication précise de date ni d'origine exacte du document

"Le Discobole", Allemagne - années 1920 environ. Source : image internet sans indication précise de date ni d'origine exacte du document

Il éclata de rire, se pencha pour ouvrir son sac de plage d’où il sortit un disque d’athlétisme, et sans se départir de son flegme il prit sous le soleil des poses inspirées de l’antiquité grecque ou romaine, c’était difficile à dire.

Une femme, la quarantaine, qui a l’air d’être du coin, raconte que son fils est parti en voiture pour la Roumanie. Elle était sans nouvelles de lui. Il a téléphoné hier soir. Il était à Venise. Tout allait bien. Pierre, son mari, participe à l’université d’été du parti présidentiel. Elle l’a appelé pour lui faire part du coup de fil de leur fils.
Sa copine de plage, à peu près le même âge, de grosses fesses dénudées par un string, s’enquiert du coût du voyage.
« Environ 1200 euros, » dit celle qui a l’air d’être une Savoyarde, avant d’ajouter : « C’est Pierre qui paie. »
Sur l’eau silencieuse passe un long crocodile en caoutchouc vert gonflé à éclater auquel s’agrippent en riant deux enfants tout noirs.

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