Le roman national

Il arrivait qu’un gouvernement ne dure que quelques jours

Patrick Gerdrapeau, son meilleur ami d’enfance, était né comme lui au lendemain de la seconde guerre mondiale.  Après 1945. Une époque étrange, s’achevant en 1968, durant laquelle la France, sortie  humiliée et divisée d’une longue période d’occupation par l’Allemagne, a toutes les peines du monde à se reconstruire une identité. Nombre de Français continuent d’être aveuglés et vivent les conflits liés à la décolonisation comme un drame.

Pierre Joubert « Le manteau blanc », 1950. Illustration pour un roman ambigu de Pierre Labat. Sourcing image : « P.Joubert, 70 ans d’illustration pour Signe de Piste, vol.1 », éditions Delahaye (2005)

Au sortir de la seconde guerre mondiale, la France est le jouet de ses divisions et de ses contradictions.
Elle est partagée entre une société civile assoiffée de paix et de croissance économique (mais elle-même divisée entre partisans du libéralisme et tenants de l’idéologie marxiste), une classe politique nostalgique de la IIIè République et des militaires qui rêvent de prendre leur revanche et se couvrir de gloire.


Patrick dont le père s’était engagé dès les premiers jours dans l’opposition au régime de Vichy, ne supporte pas de voir les manifestations en faveur de l’Algérie française et les menaces qui pèsent sur les Arabes vivant en France. Quand il retrouve Guillaume le jeudi après-midi pour se baigner dans la rivière, tous les deux parlent de politique.

Les images de leur pays soumis leur faisaient honte

« Retour des Parisiens dans la capitale après l’exode de juin 1940. ».. Sourcing image : « Le Monde », juill.2010 (archives Vert et Plume)

Les soldats allemands règlent la circulation dans Paris.
A l’arrière-plan la belle voiture de l’officier allemand contraste avec le landau et la carriole des deux Françaises.

Au collège, les discussions à propos de la guerre en Algérie occupent souvent les élèves durant la récréation et donnent parfois lieu à des rixes auxquelles les profs évitent de se mêler. Si la décolonisation est un sujet tabou, il n’en va pas de même de l’Occupation. Guillaume questionne Patrick à propos de ce qui s’est vraiment passé  en France durant la guerre, Il veut connaître les raisons de la défaite militaire des Français et lui demande d’interroger son père.  Il veut aussi savoir quelle était la part de responsabilité des élites, civiles, militaires et religieuses de l’époque ?  Quel avait été le comportement des uns et des autres durant l’Occupation. Il n’accepte pas de recevoir des leçons de morale de la part de ceux ou celles qui auraient été du mauvais côté. « Dans la vie, il faut savoir choisir », s’exclame-t-il avec fougue.
Malgré son intérêt pour l’histoire à l’école, il parvient difficilement à trouver des explications satisfaisantes. Il est persuadé que l’essentiel a été escamoté sous prétexte de réconciliation nationale.

Ils comprenaient le sens des mots « colonie » et « colonisé »

Commandant Daniel Leduc « Paris sous l’Occupation », 12 août 1940. Sourcing image : exposition « Le quotidien des Parisiens sous l’Occupation, 1940-1944 », Réfectoire des Cordeliers – Paris (hiver 2011). Article du « Monde », déc.2010 (archives Vert et Plume)

Écrit de la main du Cdt. Leduc : « Beaucoup d’Allemands….. Journaux allemands, vendeurs allemands ou causant allemand. – Vue prise place de la Concorde, à 14h45. »

Durant toute leur vie d’adultes les deux garçons liront des livres sur cette satanée période, découperont des articles dans les journaux et des photos dans les magazines. Ils découvriront que les autres pays européens occupés ou neutres pendant la guerre n’ont pas de raison non plus d’être fiers de leur comportement. C’est la conscience européenne que Hitler et ses partisans ont mise à mal. Ce sont les pires démons qu’ils ont réveillés, comme s’ils avaient réussi en 10 années à renverser deux mille ans de construction d’une civilisation qui est encore à rebâtir.

Ils relisaient les auteurs à la lumière de leur engagement

En mai 2009, Guillaume lit dans « Le Monde » un  article consacré à l’exposition de l’historien américain Robert Paxton sur la vie intellectuelle en France à l’époque de l’Occupation. Il note les noms et les classe sous la forme brutale d’un tableau à 3 colonnes.

"La vie intellectuelle en France à l'époque de l'Occupation". Informations relevées dans un article consacré à l'exposition de l'historien américain Paxton (2009)

Il voudrait que l’on commence à noter les hommes politiques comme on note les élèves, les ouvriers, les cadres, les établissements scolaires, les hôpitaux, les fortunes…

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