Le Roi des Aulnes

Article augmenté le 17 avril 2011

Wer reitet so spät durch Nacht und Wind ?

Jean-Michel Basquiat "Riding with death / Chevauchant la mort", 1988. Sourcing image : "Basquiat", éditions Flammarion, 2005 (exposition au Brooklyn Museum, N.Y.). Bibliothèque Vert et Plume

Jean-Michel Basquiat "Riding with death / Chevauchant la mort", 1988. Sourcing image : "Basquiat", éditions Flammarion, 2005 (exposition au Brooklyn Museum, N.Y.). Bibliothèque Vert et Plume

Qui chevauche si tard [dans] la nuit et le vent ?

C’est le père avec son enfant.
Il porte l’enfant dans ses bras,
Il le tient ferme, il le réchauffe.

« Mon fils, pourquoi cette peur, pourquoi te cacher ainsi le visage ?
« Père, ne vois-tu pas le roi des Aulnes,
Le roi des Aulnes, avec sa couronne et ses longs cheveux ?
« Mon fils, c’est un brouillard qui traîne.

–  Viens, cher enfant, viens avec moi !
Nous jouerons ensemble à de si jolis jeux !
Maintes fleurs émaillées brillent sur la rive ;
Ma mère a maintes robes d’or.

« Mon père, mon père, et tu n’entends pas
Ce que le roi des Aulnes doucement me promet ?
« Sois tranquille, reste tranquille, mon enfant :
C’est le vent qui murmure dans les feuilles sèches.

– Gentil enfant, veux-tu me suivre ?
Mes filles auront grand soin de toi ;
Mes filles mènent la danse nocturne.
Elles te berceront, elles t’endormiront, à leur danse, à leur chant.

« Mon père, mon père, et ne vois-tu pas là-bas
Les filles du roi des Aulnes à cette place sombre ?
« Mon fils, mon fils, je le vois bien :
Ce sont les vieux saules qui paraissent grisâtres.

– Je t’aime, ta beauté me charme,
Et, si tu ne veux pas céder, j’userai de violence.
« Mon père, mon père, voilà qu’il me saisit !
Le roi des Aulnes m’a fait mal ! »

Le père frémit, il presse son cheval,
Il tient dans ses bras l’enfant qui gémit ;
Il arrive à sa maison avec peine, avec angoisse :
L’enfant dans ses bras était mort.

Goethe, « Le Roi des Aulnes » (poème, 1782). Source : Wikipédia, traduction française de Jacques Porchat (1861) , excepté [dans] qui remplace ici  |à travers] de la traduction originale, dans le premier vers.

Récit d’une autopsie

Ouattara "In a sentimental mood", 1996 (technique mixte). Sourcing image : "Perspectives sur l'art contemporain africain" par Joëlle Busca, éditions L'Harmattan (2000). Biblioyhèque Vert et Plume

Ouattara Watts "In a sentimental mood", 1996 (technique mixte). Sourcing image : "Perspectives sur l'art contemporain africain" par Joëlle Busca, éditions L'Harmattan (2000). Bibliothèque Vert et Plume

Août 1988. Je vais avoir quarante trois ans.
Le corps inerte de Jean-Michel Basquiat est découvert dans son appartement de Brooklyn (N.Y. City)  par sa petite amie. Étendu à même le sol, le dos appuyé contre le mur, la poitrine couverte de vomissures.
Adieu peintre-boxeur ! Mort à vingt-sept ans. Le rapport d’autopsie conclut à une intoxication provoquée par le mélange de plusieurs drogues. A côté de lui, écrit un journaliste, un ventilateur continuait de tourner. La clim de la chambre était en panne ce jour-là. Une image à la David Hockney.
Presser sur la touche « Off » du ventilo avec le geste délicat de celui qui baisse les paupières d’un mort sur les yeux demeurés grands ouverts.
Basquiat avait prévu d’effectuer un nouveau voyage en Côte d’Ivoire avec Ouattara Watts, artiste-peintre ivoirien qu’il avait rencontré à Paris à la galerie Yvon Lambert. Destination finale, Korhogo en pays Sénoufo. Les enquêteurs retrouvent le billet d’avion dans les affaires de Basquiat.
Le même journaliste note que le billet était payé.

The Red Kings

Jean-Michel Basquiat "Red Kings", 1981 (Acrylique et crayon gras sur bois et verre / fenêtre). Sourcing image : catalogue exposition Basquiat, Fondation Beyerler à Bâle (été 2010). Bibliothèque Vert et Plume

Jean-Michel Basquiat "Red Kings", 1981 (Acrylique et crayon gras sur bois et verre / fenêtre). Sourcing image : catalogue exposition Basquiat, Fondation Beyerler à Bâle (été 2010). Bibliothèque Vert et Plume

Wer reitet so spät durch Nacht und Wind ?
Es ist der Vater mit seinem Kind.
Er hat den Knaben wohl in dem Arm,
Er faßt ihn sicher, er hält ihn warm.

Mein Sohn, was birgst du so bang dein Gesicht? –
Siehst Vater, du den Erlkönig nicht!
Den Erlenkönig mit Kron’ und Schweif? –
Mein Sohn, es ist ein Nebelstreif. –

„Du liebes Kind, komm geh’ mit mir!
Gar schöne Spiele, spiel ich mit dir,
Manch bunte Blumen sind an dem Strand,
Meine Mutter hat manch gülden Gewand.“

Mein Vater, mein Vater, und hörest du nicht,
Was Erlenkönig mir leise verspricht? –
Sei ruhig, bleibe ruhig, mein Kind,
In dürren Blättern säuselt der Wind. –

„Willst feiner Knabe du mit mir geh’n?
Meine Töchter sollen dich warten schön,
Meine Töchter führen den nächtlichen Reihn
Und wiegen und tanzen und singen dich ein.“

Mein Vater, mein Vater, und siehst du nicht dort
Erlkönigs Töchter am düsteren Ort? –
Mein Sohn, mein Sohn, ich seh’ es genau:
Es scheinen die alten Weiden so grau. –

„Ich liebe dich, mich reizt deine schöne Gestalt,
Und bist du nicht willig, so brauch ich Gewalt!“
Mein Vater, mein Vater, jetzt faßt er mich an,
Erlkönig hat mir ein Leids getan. –

Dem Vater grauset’s, er reitet geschwind,
Er hält in den Armen das ächzende Kind,
Erreicht den Hof mit Mühe und Not,
In seinen Armen das Kind war tot.

Goethe, « Erlkönig » (1782). Source : Wikipédia

Source d’inspiration de l’artiste

Léonard de Vinci "Composition allégorique", conservée au Christ Church Collège à Oxford. Sourcing image : catalogue de l'exposition Basquiat au Whitney Museum, New-York (1992-1993). Bibliothèque Vert et Plume

Plusieurs années après j’ai acheté de nombreux catalogues d’expositions de Basquiat à travers le monde, Etats-Unis, Cuba, Italie, Suisse et France. L’artiste avait peint un si grand nombre de tableaux, réalisé tant de dessins que j’en découvrais à chaque fois que je n’avais encore jamais vus. Les textes écrits par ceux qui l’avaient connu ou étudié m’intéressaient énormément. Ainsi, dans le catalogue de l’exposition au Whitney Museum of American Art de New-York, j’ai trouvé  la liste des ouvrages qu’il feuilletait habituellement pour nourrir son inspiration. Parmi eux un énorme volume datant de 1966, sans doute acheté chez un discounter, consacré à Léonard de Vinci dans lequel il avait trouvé le dessin qui devait servir à la réalisation de RIDING WITH DEATH.

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