Le retour des tyrans

« Volontiers le peuple, du mal qu’il souffre, n’en accuse point le tyran mais ceux qui les gouvernent : ceux-là, les peuples, les nations, tout le monde, à l’envi, (…) ils savent leur nom, ils déchiffrent leurs vices, ils amassent sur eux mille outrages (…), tous leurs vœux sont contre ceux-là, tous les malheurs ils les leur reprochent ; et si quelquefois ils leur font, en apparence, quelque honneur, ils les maugréent dans leur cœur et les ont en horreur… »
La Boétie, Discours de la servitude volontaire (écrit en 1548), p. 170 (éditions Garnier Flammarion, 1983 – bibliothèque Vert et Plume, oct.83)

Modèles arabes, iraniens, russes et… africains

Félix Vallotton « Andromède enchaînée », 1925. Huile sur toile 73 x 91 cm. Sourcing image : Catalogue de l’exposition « Vallotton, les couchers de soleil » à la Fondation Gianadda (Martigny, 2009). Bibliothèque Vert et Plume, nov-09

« …tout le mauvais, toute la lie du royaume (…) s’amassent autour [du tyran] pour avoir part au butin. »

La Boétie, Discours de la servitude volontaire

« Il se trouve quasi autant de gens à qui la tyrannie semble être profitable, comme de ceux à qui la liberté semble être agréable. (…) Dès lors qu’un roi s’est déclaré tyran, tout le mauvais, toute la lie du royaume (…) s’amassent autour de lui pour avoir part au butin et être, sous le grand tyran, tyranneaux eux-mêmes. (…) Les uns sont en embûche, les autres massacrent, les autres dépouillent… »

La Boétie, Discours de la servitude volontaire, p.163

« Le tyran asservit le sujet, les uns par le moyen des autres, et est gardé par ceux desquels, s’ils valaient rien, il se devrait garder ; et comme on dit, pour fendre le bois, il fait des coins du bois même. »

La Boétie, Discours de la servitude volontaire, p.164

Cela s’appelle-t-il vivre ?

Félix Vallotton « L’Enlèvement d’Europe », 1908. Huile sur toile 130 x 162 cm. Sourcing image : Catalogue de l’exposition « Vallotton, les couchers de soleil » à la Fondation Gianadda (Martigny, 2009). Bibliothèque Vert et Plume, nov-09

« … qu’on ait rien à soi, tenant d’autrui son aise, sa liberté, son corps et sa vie »

La Boétie (texte cité)

« Ce n’est pas tout à eux que de lui obéir, il faut encore lui complaire, il faut qu’ils se rompent, qu’ils se tourmentent, qu’ils se tuent à travailler en ses affaires et puis qu’ils se plaisent en son plaisir, qu’ils laissent leur goût pour le sien, qu’ils forcent leur complexion, qu’ils dépouillent leur naturel, il faut qu’ils prennent garde à ses paroles, à sa voix, à ses signes, à ses yeux ; qu’ils n’aient ni œil, ni pied, ni main, que tout ne soit au guet pour épier ses volontés, et pour découvrir ses pensées. Cela est-ce vivre heureusement ? cela s’appelle-t-il vivre ? est-il au monde rien de moins supportable que cela, je ne dis pas à un homme de cœur, je ne dit pas à un bien né, mais seulement à un qui ait le sens commun, ou, sans plus, la face d’homme ? Quelle condition est plus misérable que de vivre ainsi, qu’on ait rien à soi, tenant d’autrui son aise, sa liberté, son corps et sa vie ? »

La Boétie, Discours de la servitude volontaire, p.165

Flash infos artiste, écrivain & mythologie grecque

Andromède. Personnage de la mythologie grecque, Andromède est une princesse éthiopienne, victime de l »orgueil de sa mère qui la condamne à être exposée sur un rocher pour y être dévorée par un monstre marin. Mais elle est sauvée par Persée, fils de Zeus et de Danaé.

Europe. Autre personnage de la mythologie grecque, elle est la fille du roi de Tyr (au sud de l’actuel Liban). Zeus, qui l’aperçoit un jour sur une plage, se métamorphose en taureau pour l’approcher sans l’effaroucher. Attirée par l’odeur d’un crocus que l’animal tient dans sa bouche, la jeune fille, qui veut jouer avec lui, se hisse sur son dos. Zeus, qui attendait cet instant, entraîne avec lui l’infortunée sur les eaux jusqu’à l’île de Crète où il reprend ses traits d’être humain.
Après qu’ils eurent  trois fils, Zeus offrit Europe en mariage au roi de Crète.

Etienne de La Boétie "Discours de la servitude volontaire", écrit en 1548. Couverture de l'édition Garnier Flammarion, 1983 (collection Poche). Bibliothèque Vert et Plume, oct.83

Étienne de la Boétie. Né à Sarlat, non loin de Périgueux, le mardi 1er novembre 1530, l’année de la création du Collège de France. Dès l’âge de 10 ans, il fut élevé dans le culte de l’antiquité grecque et romaine, une formation qui l’emporte déjà dans le vaste mouvement de la Renaissance.
Écrit à l’âge de 18 ans, alors que La Boétie était étudiant en droit à l’université d’Orléans, le Discours de la servitude volontaire ne paraîtra, qu’en 1574, année de publication des « Sonnets pour Hélène » de Ronsard. Sans doute victime de la peste qui sévissait alors en Agenais,
La Boétie mourut le 18 août 1563, âgé de 33 ans seulement. Son ami Montaigne était à son chevet. (Source : ouvrage cité au-dessus)

Lire aussi : http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89tienne_de_La_Bo%C3%A9tie

Félix Vallotton. Lausanne, 1865 – Paris, 1925. Après son mariage, après 1900, Vallotton ne dénonce plus l’injustice sociale. Entre tradition et avant-garde (malgré tout), il peint des portraits et beaucoup de nus féminins. J’aime beaucoup l’expression de « morceaux de nus » à propos de ces tableaux-là, dont on dirait en effet qu’ils représentent des débris de statues antiques que le peintre aurait installés dans un décor de son choix, comme s’il les y avait collés. Un effet surréaliste avant l’heure. Plutôt que de taxer Vallotton de misogynie, je crois davantage qu’il veut mettre en lumière les comportements sociaux de son époque qui imposaient un rôle bien défini à la femme.

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