Le prétexte de la religion

Les révolutionnaires français puis les communistes russes avant les Chinois ont voulu éradiquer la religion de l’esprit de leurs concitoyens.
Ils ont emprisonné ou tué les religieux, interdit les cultes. Inventé des fêtes citoyennes pour transformer les mentalités, diffuser les notions de bien commun et de progrès.
Les laissés pour compte espèrent trouver en Dieu une écoute, une consolation, un espoir. En échange de quoi, les différentes communautés de croyants leur demanderont un engagement, une pratique. Des groupes, hostiles aux règles de la société civile, se constituent.
En France, plus que partout ailleurs en Europe, le nombre de pratiquants est au plus bas dans les classes moyennes, tandis que le nombre de convertis progresse, avec l’exhibition de signes extérieurs de leur foi, dans les classes sociales les moins éduquées.
Les descendants d’immigrés qui ont raté l’ascenseur social et les nouveaux arrivants sont des cibles.
Toutes les sociétés sont divisées selon des critères culturels, financiers, socioprofessionnels. Les différents groupes s’entendent ou s’affrontent selon que les sociétés sont en mouvement, à l’arrêt ou en régression.
Politiques et religieux profitent de ces divisions qu’ils choisissent d’attiser, à l’approche d’élections par exemple, pour recruter de nouveaux membres.

[V]Ivre avec Dieu

Gilbert & George « Drunk with God / Ivres avec Dieu », 1983. Photographies colorées, 482 x 1102 cm. Sourcing image : « L’Art du XXè siècle, Museum Ludwig Cologne », éditions Taschen (août 1996). Bibliothèque The Plumebook Café, 08/98
Gilbert & George « Drunk with God / Ivres avec Dieu », 1983. Photographies colorées, 482 x 1102 cm. Sourcing image : « L’Art du XXè siècle, Museum Ludwig Cologne », éditions Taschen (août 1996). Bibliothèque The Plumebook Café, 08/98
Le tableau a 30 ans d’âge. 
Dans le livre d’où cette reproduction est extraite, on lit que les artistes ont revisité l’idée du Rédempteur avec un Dieu plus romain que chrétien : Bacchus, dieu du vin et de la virilité.
Le sexe est l’autre élément important du tableau.
Vin et sexe présentés comme deux sources de vie. 
Ils se célèbrent mutuellement : libération des esprits et des corps.
Sexe et alcool pour atteindre l’extase par le plaisir.
Dans l’esprit des deux artistes, anglais faut-il le rappeler, Dieu peut partager la gaieté des hommes. Le contraire d’un Être qui inspirerait la crainte.
God is my friend, Dieu est mon ami.

[Re]Découverte de l’autre

Journal BAYARD « Un musulman dans notre école », 1961   Sourcing image : hebdomadaire pour la jeunesse, Bayard n° 26 daté 8 octobre 1961 (bibliothèque The Plumebook Café)

Journal BAYARD « Un musulman dans notre école », 1961 Sourcing image : hebdomadaire pour la jeunesse, Bayard n° 26 daté 8 octobre 1961 (bibliothèque The Plumebook Café)

Un élève [d’une école privée catholique, cela semble aller de soi bien que rien ne soit dit dans l’article] écrit au journal, dit qu’il voit tous les jours dans la rue des musulmans algériens mais qu’il ne s’attendait pas à en voir un dans sa classe, assis sur le même banc que lui, jouer avec les autres durant la récré.
Le nouveau s’appelle Ahmed, son père est avocat à Paris.
Les élèves de la classe ont parlé de religion avec lui, quoi de plus naturel… certains se sont moqués du jeûne du Ramadan.
Ahmed leur a expliqué qu’il était croyant, que Mahomet était le prophète de Dieu, qu’il était venu enseigner aux hommes la « vraie » manière d’adorer Diu.
Des élèves ont abouti à la conclusion que toutes les religions se valaient.
Une idée qui n’est pas du goût du « père » qui répond à la lettre.
Il faut toujours respecter ceux qui suivent sincèrement leur religion, écrit-il. En étant croyant et pieux, Ahmed fait une partie du chemin avec les chrétiens. Mais toutes les religions ne se valent pas. Certaines sont incomplètes, inachevées. 
Seul le catholicisme, rappelle le « père » aux élèves, donne toute la vérité : Jésus, fils de Dieu, est le Sauveur, après lui il n’y en aura pas d’autre. Le Christ est la « vraie » route qui conduit à Dieu. Vivez en chrétiens, conclut-il, en respectant les convictions religieuses d’Ahmed.
Une leçon de tolérence, telle que l’a enseignée le 18e siècle français.

L’impossible retour en arrière

James Ensor (1860-1949) « Les toits d’Ostende », 1885. Huile sur toile, 110 x 134 cm. Sourcing image : catalogue de la collection Louis et Evelyn Franck édité en 1998. Exposition à la fondation Gianadda (été-automne 2009 (bibliothèque The Plumebook Café)

James Ensor (1860-1949) « Les toits d’Ostende », 1885. Huile sur toile, 110 x 134 cm. Sourcing image : catalogue de la collection Louis et Evelyn Franck édité en 1998. Exposition à la fondation Gianadda (été-automne 2009 (bibliothèque The Plumebook Café)

Sauf deux ou trois années, James Ensor a passé sa vie à Ostende, au bord de la mer du Nord (Belgique).
Entendre parler de « nos ancêtres les Gaulois » l’année de la publication d’un livre de 600 pages (par Anne Lehoërff aux éditions Belin) sur les 40.000 ans de préhistoire de l’Europe qui ont précédé l’année de la victoire de Jules César sur Vercingétorix est pour le moins réducteur.
Tout comme prétendre enfermer la France à l’intérieur de ses frontières politiques, au lieu de rechercher des solutions européennes à des problèmes mondiaux.
La notion d’échelle a-t-elle disparue des esorits ?
Une nation ne marche pas à reculons. Elle va de l’avant. Quand elle est menacée, elle se défend.
Les forces conservatrices, réactionnaires, qu’elles soient politiques, religieuses, syndicales ou sociétales ont acquis un poids qui était inimaginable au 20e siècle. 
Qui eût imaginé jusque-là que la France devienne si frileuse, timorée, dépourvue d’ambitions nationales et internationales, soixante-quinze ans seulement après la honte de l’été 1940 ?
N’aurait-elle pas besoin du vin et du sexe de Gilbert & George pour retrouver sa gaieté perdue et rendre au Dieu des chrétiens et des musulmans son sourire ?
 

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