Le monde sauvage

Il y a mille ans

Lucien Clergue « Deux nuz sébrés », 2005. Sourcing image : galerie Patrick Cramer, sept-oct 2012, extrait du dépliant de la Nuit des Bains (archives Vert et Plume)

Le soleil couchant.

Quand elles avaient leurs premières règles, vers l’âge de 10 ou 12 ans, les jeunes filles en Afrique étaient, contraintes de se cacher pour ne pas croiser le regard des jeunes gens. Elles se réfugiaient au bord de la rivière et s’allongeaient sous les hautes herbes. Elles devaient aussi s’abriter du soleil par crainte qu’il ne changeât leur corps en squelette..

Elles savaient pourtant que c’étaient de vieilles histoires destinées à leur faire peur et s’assurer qu’elles se conforment à la tradition. Quand le soleil commençait à décliner, l’ombre des herbes projetait sur leurs corps nus un dessin qui les faisait ressembler à des zèbres. Elles riaient entre elles en se regardant pour ne pas penser à ce qui les attendait.

A la faveur de la nuit qu’un mince rayon de lune transperçait, les jeunes filles rentraient chez elles. On les isolait dans l’obscurité d’une case. Suspendues parfois au plafond de façon qu’elles ne touchent jamais le sol. On observait cette coutume chez les Zoulous, mais aussi les Nkonde. Les jeunes Loango n’avaient pas non plus le droit de toucher le sol et l’on isolait le plancher avec une couche de feuilles de bananier.

Selon les croyances de ce temps en Afrique, le seul regard d’une jeune fille lors de ses premières règles suffisait à changer un homme en arbre parlant. La période d’isolement variait selon les groupes. Elle se terminait toujours par des rites de purification. Le sorcier commandait aux jeunes filles Mboundou de porter un lacet en cuir auquel étaient suspendus des coquillages cauris ayant appartenu à leur aïeule maternelle afin de neutraliser leur pouvoir maléfique.

Source : Boris de Rachewiliz « Eros noir », éditions de La Jeune Parque, 1963 (bibliothèque Vert et Plume)

Il y a cent ans

Glen Baxter, sans titre (dessin publié vers 2004). Sourcing image : journal "Le Monde" (archives Vert et Plume)

L’apprentissage de la chasse.
Il y a cent ans, on dénombrait 100 000 tigres sur la planète contre 3 000 seulement aujourdhui. Ils sont chassés pour les vertus que les Asiatiques (Chinois surtout) attribuent à leur peau , leur pénis, leurs griffes, dents, os. Jjusqu’aux poils de leur moustache ! (source : « Le Monde » daté 14 03 13)


Un jour de 1913, un explorateur aperçut un groupe de jeunes filles zoulous qui s’étaient dissimulées, pour les raisons que l’on vient de décrire, en attendant la nuit.

L’explorateur s’approcha d’elles en marchant contre le vent pour ne pas les alerter avec son infecte odeur de Blanc ; et passa le reste de l’après-midi à les photographier.

Les jeunes filles semblaient avoir été transformées en pierres tant elles se tenaient immobiles, offertes à la convoitise de l’objectif qui explorait les rondeurs de leurs fesses, s’attardait sur leurs ventres imberbes et gravissait la pente sucrée de leurs seins.

Son travail terminé, l’explorateur attendit it que l’obscurité les enveloppât pour battre en retraite sans se faire remarquer. De retour en Europe, il parcourut de nombreux pays pour raconter ses aventures et décrire les mœurs de l’Afrique millénaire.

A Oxford, devant un public exclusivement composé de jeunes gens il remporta un vif succès et marqua l’esprit de deux jeunes aristocrates qui décidèrent sur le champ d’aller à la rencontre de ces jeunes filles qu’ils trouvaient plus attirantes que toutes celles qu’il leur avait été donné de voir jusque-là. .

Il y a cinquante ans

Antoine Poupel « Crazy Horse », 2011. Sourcing image : journal Le Monde daté 5 oct.2011 (archives Vert et Plume)

La danse des panthères.

Les deux jeunes gens prirent le train pour Londres. Chez Harrods ils achetèrent des shorts, des chemises et des chaussettes kaki, des souliers de marche et une ceinture pour accrocher leur Opinel, des sous-vêtements aérés et des casques en toile pour s’abriter du soleil. Ils commandèrent une cage assez grande pour contenir deux jeunes filles. Le vendeur leur offrit gracieusement le manuel du parfait dompteur qui contenait des instructions pour apprivoiser les jeunes filles et leur apprendre la vie en société.

Ils n’eurent aucun mal à retrouver le village que leur avait décrit l’explorateur. En guise de bienvenue, le chef leur proposa d’assister aux cérémonies de la circoncision qui venaient tout juste de commencer.

Ils furent autorisés à rendre visite aux jeunes initiés. Le corps peint de kaolin, ils étaient enfermés à l’écart, loin des femmes avec lesquelles ils n’étaient pas autorisés à rentrer en contact.  Une interdiction qui contraria nos deux explorateurs.

Le jour de la cérémonie, ils virent le sorcier s’approcher du premier garçon avec une petite hache dont il avait fait chauffer le fer, attacher une cordelette à l’extrémité du prépuce et tirer dessus pour dégager le plus de peau possible qu’il tranche d’un coup, non sans avoir exhorté le garçon à ne pas crier.

Comprenant assez vite qu’ils ne pourraient pas mener à bien leur projet d’enlèvement, les deux jeunes Blancs décidèrent de négocier avec le chef du village l’achat de deux jeunes filles qu’ils auraient le droit de choisir le jour de leurs premières règles.

Ils les enfermèrent dans la cage livrée par Harrods, les expédièrent par bateau jusqu’à Liverpool, prirent congé des habitants du village et se rendirent à l’aérodrome où un avion en provenace des Indes devait faire escale.

Il y a mille ans…

Paul Jouve (1878-1973) « Le Tigre », (non daté). Fusain et crayons de couleurs sur papier. Sourcing image : musée Angladon, Avignon (photo Vert et Plume, oct.2010)

Le festin du tigre.

Couchant à la belle étoile, ils attendirent plusieurs jours avant d’être réveillés par le vrombissement des moteurs d’un avion. Quand ils voulurent acheter leurs billets, ils réalisèrent qu’il ne leur restait pas suffisamment d’argent et durent accepter de voyager en soute avec un tigre du Bengale qu’avait commandé le zoo de Londres.

Enfin l’avion décolla. Blottis au milieu des bagages pour se protéger des courants d’air, les deux garçons s’endormirent. Enfermé dans sa cage, le tigre ronflait.

Mais en arrivant à Londres, personne ne retrouva les garçons. Le tigre les les avait-il dévorés ? Nul ne savait car on avait négligé de vérifier durant le vol comment les choses se passaient dans la soute.

La cage venant d’Afrique parvint sans encombre à Liverpool. Elle fut acheminée jusqu’au domicile des garçons où les familles recueillirent les deux jeunes filles comme leurs propres enfants. Tous étaient contents d’avoir des filles après avoir eu des garçons.

Flash infos artistes, & populations citées

Glen Baxter. Né en Dessinateur humoriste anglais né en 1944 à Leeds. Plusieurs dessins en ligne sur le blog.

Lucien Clergue.  Né en 1934 à Arles. Photographe français. Plusieurs photographies en ligne sur le site.

Paul Jouve.  1878-1973. Sculpteur et illustrateur français né en Seine et Marne et mort à Paris.

Loango. Groupe de population installé à la croisée des terrritoires actuels de Cabinda (Angola), Congo Brazza et Congo-Kinshasa. Organisé sous l’autorité d’un roi au XVè siècle.

Mboundou.  Groupe de population du sud de l’Angola, sans doute à cheval sur la Gambie et/ou le Zimbabwe, vivant à proximité du Zambèze.

Nkonde.  Groupe de population dans l’ouest de la république démocratique du Congo (ex-Congo Belge)

Antoine Poupel. Photographe et plasticien français né en 1956 au Havre.

Zoulou. Groupe de population de l’Afrique du sud.

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