Le monde avait changé

Mise à jour : 08.11;2012

L’industrie avait révolutionné les techniques de construction

Au centre : Thônes (Haute-Savoie) « La place Avet », vers 1970. Ancienne carte postale affranchie le 03 08 1971 (collection Vert et Plume) – Sur les côtés : Stéphane Couturier « Séoul ». Triptyque n°1 (détails), 1999-2000. Sourcing image : « Stéphane Couturier » par Matthieu Poirier, éd. Ếdigroup/l’insolite, 2005 (bibliothèque Vert et Plume, oct.2008)

Le monde avait changé. Il était devenu moderne.

L’ancienne compagnie aérienne Swissair avait un vol appelé « le pendulaire » entre Genève et Zürich qui était devenu le hub de la compagnie, l’endroit d’où partaient tous les long-courriers. L’avion quittait Genève pour Zürich et revenait avec ceux qui rentraient des quatre coins du monde. Un coup Genève, un coup Zürich comme un pendule. Ậ l’époque ce mot le faisait sourire. Les Français auraient dit une navette. Aujourd’hui il le reprenait à son compte pour illustrer la politique des élus dans de multiples domaines, notamment en matière d’urbanisme.

Entraînant un changement de décor radical

Stéphane Couturier « Séoul ». Triptyque n°1 (détail), 1999-2000. Sourcing image : « Stéphane Couturier » par Matthieu Poirier, éd. Ếdigroup/l’insolite, 2005 (bibliothèque Vert et Plume, oct.2008)

La ville, plus haute encore que les montagnes.

Un coup il faut construire des tours, un coup des maisons, un autre coup encore des tours et encore des maisons. Un jour on limite la circulation automobile, le lendemain  on aménage un grand rond-point pour éviter aux voitures de s’arrêter aux feux. On consulte les experts mais on informe les habitants dont les opinions n’ont guère de poids. A vrai dire personne ne sait dans quelle direction aller. La problématique est nationale et européenne. Il faudrait que les élus nous aient été envoyés par Dieu pour réfléchir chacun dans son coin à ce qui serait bon ou mauvais de faire.. Comme c’est loin d’être le cas, nous devrions pouvoir élaborer tous ensemble un mode de développement à la fois urbain et rural partagé dont le schéma serait soumis au vote des citoyens, de la même façon que l’élection d’un maire ou d’un député.

Il avait songé à une esthétique nouvelle

Ầ gauche : Aqua Photos « Annecy, le port et le château », vers 1910. Ancienne carte postale non affranchie (collection Vert et Plume) – Ầ droite : Stéphane Couturier « Barcelone - Parallel n°1 », 2008. Série « Melting Point ». Sourcing image : carte postale, Fondation Salomon, Alex (printemps 2012

L’économie était  favorisée par le tourisme et la proximité de la Suisse.

La parole est abandonnée aux experts.  Lu dans Le Monde (25 02 2012) : un paysagiste (habite-t-il dans une jolie maison ou un bel appartement ?) se plaint que les Français convertissent chaque année 2 fois plus de terres agricoles en zones d’habitation que les Allemands. Il ne parle pas de la croissance démographie française qui est la plus élevée d’Europe (tandis que la population allemande régresse) ni du fait que la France est le pays le plus visité chaque année, celui où des milliers d’étrangers rêvent de faire construire ou d’acheter une résidence secondaire. Commode pour son raisonnement. Il dit qu’on a voulu démocratiser le modèle bourgeois. Il a raison. Pourquoi les ouvriers ne resteraient-ils pas confinés dans leur appartement au 17è étage d’une tour dont l’ascenseur est en panne ? Cet homme s’est trompé d’époque. Il aurait dû naître sous Louis XIV et échanger des idées d’aménagement du territoire avec Colbert.

L’esthétique de la compression planifiée

Stéphane Couturier « Barcelone - Parallel n°1 », 2008. Série « Melting Point ». Sourcing image : carte postale, Fondation Salomon, Alex (printemps 2012

La nature. réduite aux dimensions d’un balcon.

Le paysagiste épingle le mythe du petit château. C’est la technique du mot qui tue, celui que l’on twitte et que les journalistes vont reprendre tous en chœur. Ainsi : miter le paysage, le mitage. Les mites, c’est nous qui avons envie d’un chalet de chaperon rouge pour contempler les montagnes le samedi et le dimanche avant de reprendre le travail. La laine où nous faisons des trous c’est la campagne. Le tue-mites ce sont les paysagistes et les architectes. Les spectateurs ce sont les journalistes. Difficile de dire exactement qui tire les ficelles.

Plus loin dans l’article, un géographe, dénonce la culture urbano-sceptique (on sent qu’il adore l’expression) et la mythologie campagnarde. En clair, pourquoi les Français choisissent-ils de vivre à la campagne au lieu de s’entasser dans les villes comme tout le monde ? Il critique l’attachement au village. C’est vrai, pourquoi ne détruit-on pas les villages ? Du passé faisons table rase. Au lendemain de la Libération, les communistes voulaient construire des usines sur la Côte d’Azur. Si on les avait écoutés, il n’y aurait pas d’embouteillages sur les routes du bord de mer, seulement des usines abandonnées.

Tout était une question d’argent

Ầ gauche : jardin de la Fondation Salomon, face à Dingy-St. Clair et e Parmelan. Ầ droite : Stéphane Couturier « Brasilia – Dom Bosco », 2008-2010. Sourcing image : carte postale, Fondation Salomon, Alex (printemps 2012

Le mot d’ordre était de densifier l’habitat pour les moins riches.

Un architecte-urbaniste prétend qu’il n’en veut pas aux maisons individuelles (un marché qui lui échappe puisque le recours à un architecte n’est obligatoire en France qu’au-dessus de 170 m²). Mais il accuse les promoteurs d’avoir lavé le cerveau » des Français en réussissant, selon lui, à nous convaincre de préférer la campagne à la ville. Convenons avec lui qu’il faut être stupide pour rechercher la vue sur un vaste paysage au lieu de se contenter des balcons de l’immeuble d’en face ou de la fenêtre de la voisine dont on suit avec des jumelles les déplacements dans son appartement !

L’impensable était devenu réalité

Stéphane Couturier « Brasilia – Dom Bosco », 2008-2010. Sourcing image : carte postale, Fondation Salomon, Alex (printemps 2012

Le soir entre amis, on parlait d’économie d’espace  et d’écologie.

Une idée fait son chemin : construire de plus en plus sous terre où l’on ne mettait que les égouts et les caves, plus tard les parkings. Un centre de congrès par exemple. Une galerie marchande. Un gymnase. Une salle de réunion.

Une autre idée brillante serait de multiplier les tours HLM sur le sommet des montagnes, là où le terrain ne coûte pas très cher, et de faire descendre les habitants par téléphérique vers les usines, les bureaux et les magasins d’où ils rentreraient à la nuit tombante pour contempler en mangeant des pâtes les lumières scintiller dans les jardins des villas construites en bordure des lacs, un peu comme à Caracas.

Dernière idée fulgurante : demander aux riches d’investir dans la construction de logements bon marché pour des ménages qui devront emprunter auprès des banques pour en faire l’acquisition (au moins sur le papier) et se feront expulser le jour où, ayant perdu leur emploi ou leur salaire ayant été réduit, ils cesseront de rembourser leurs mensualités.

Flash infos artistes, éditeur & mécènes

Aqua Photos. Marque appartenant à la société d’édition Léopold Verger à Paris (1909). Le procédé « Aqua Photo » était censé offrir « une couleur naturelle et inaltérable pour les artistes ». Chaque carte, était « un petit tableau qu’on ne se lasse pas de regarder. » Des vues de toutes les grandes villes étaient disponibles.

Source : http://collections.conceptbb.com/t6407-editions-aqua-photo

Stéphane Couturier. Né en 1957. « Photographe d’architecture, dit sa biographie, reconverti avec succès dans la photographie plasticienne ». Il a modifié le regard sur la ville, donnant au départ l’impression de contempler les chantiers en cours depuis une fenêtre dont le cadre devenait celui de sa photographie. Il a réussi à isoler l’image de chaque bâtiment comme s’il s’agissait d’un élément de décor plat entreposé en attendant d’être planté au milieu d’un paysage dont il va, on le voit tous les jours, modifier radicalement l’aspect. Ẩ mes yeux, ses photos symbolisent la ville moderne, en chantier permanent, l’excitation qui précède l’effondrement. Sa manière de faire évolue vers l’abstraction et la mise en scène, comme s’il voulait nous aider à surmonter la douleur en acceptant ce qui nous arrive. Un artiste chrétien en somme.

« Le château d’Arenthon », sur la route d’Annecy à Thônes (Haute-Savoie, années 2000.

Il se demandait si le paysagiste, avec son mythe du petit château, n’aurait pas aimé vivre ici.

Fondation Salomon pour l’art contemporain. Créée en 2001 par Claudine et Jean-Marc Salomon dans le cadre restauré de l’ancien château d’Arenthon à Alex (Haute-Savoie).

Paysage. DẾF. n.m. 1°. Partie d’un pays que la nature présente à l’œil qui la regarde. Paysage immense. Grand paysage. Beau, charmant, monotone, triste. Paysage de verdure, inondé de lumière. Éclairé par la lune. Paysage de mort et de cataclusme. Paysage méditerranéen.

Stéphane Couturier « San Diego, Palomar Street », 2002. Sourcing image : « Stéphane Couturier » par Matthieu Poirier, éd. Ếdigroup/l’insolite, 2005 (bibliothèque Vert et Plume, oct.2008)

Paysage urbain.

SUITE – Paysage. Par ext. Paysage urbain (Cf. Gratte-ciel). 2°. Peint. Tableau représentant une certaine étendue de pays.  Par anal. Description littéraire de quelque site ou aspect naturel.

Jardin de la Fondation Salomon, face à Dingy-St. Clair et le Parmelan, années 2000

Paysage de montagne.

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