Le jour et la nuit

La nouvelle du jour

« Edward Ruscha "Hurting the word Radio I » (huile sur toile), 1964. Sourcing image: “Y a-t-il une vie avant la mort »De Maurizio Cattelan (2010).Bibliothèque Vert et Plume

Ed Ruscha « Hurting the word Radio I » (huile sur toile), 1964. Sourcing image: “Y a-t-il une vie avant la mort », Maurizio Cattelan (2010).Bibliothèque Vert et Plume

Chaque matin la radio relate  les détails d’une catastrophe ou d’un accident survenus à l’autre bout du monde pour réconforter les auditeurs sur leur propre sort, et ça marche. Le malheur des uns fait le bonheur des autres.


Automne 2008
La course du Paris-Dakar est organisée en Argentine où, dit-on, les coureurs reçoivent un accueil chaleureux. Pas étonnant, la course est à sa place là-bas tandis qu’elle paraissait déplacée en Afrique noire, comme un pied de nez, vous pouvez crever, on en a rien à cirer. Une nouvelle perte de business pour les bricoleurs de l’économie africaine, on ne va pas pleurer ce qu’on a tellement critiqué.

La révolte du jour

Nouvelle protestation des bien-pensants, les défilés de foules contre Israël au sujet de la Palestine. Qui veut s’occuper du million et demi de personnes qui vivent à Gaza ? Messieurs les protestataires, répondez les premiers. Défiler en criant des slogans sous les yeux de la télé dont les images les ont excités et poussés à descendre dans la rue. La boucle est bouclée.
Moi je pense au Zimbabwe  que je connais. Sous la botte de Mugabe, 5 années d’euphorie, 5 années de désenchantement et 20 ans de dictature. Je vais sur BBC World, CNN, je lis « Le Monde » et je téléphone en Afrique du sud pour avoir des nouvelles.
J’espère qu’un jour les Africains-Français s’intéresseront aussi à ce qui se passe en Afrique.
Pensent-ils qu’ils n’ont plus rien à voir avec le continent ? Débarrassés, lavés de la souillure originelle ? Les voilà Français, Européens de surcroît. Je me souviens avoir demandé un jour à un Africain-Français de quel pays il était originaire, il n’aurait pas réagi d’une autre manière si je l’avais insulté, j’étais intéressé de parler avec lui de ses racines, « elles sont françaises Monsieur ! » était ce qu’il pensait obstinément, il m’aurait volontiers débarqué de sa voiture s’il n’avait pas redouté de perdre le montant de la prise en charge et de la course.
L’Afrique ? jamais entendu parler ! Aberration d’une République qui ordonne de gommer les origines au nom d’une égalité de parole et ne cesse ensuite de les rappeler et de les jeter à la figure comme une insulte.

La réflexion du jour qui décline

Otto Dix « Portrait de la journaliste Sylvia von Harden », 1926. Née en Allemagne en 1894, elle s’exila en Angleterre en 1933. Mourut en1963. Sourcing image : archives Vert et Plume

Otto Dix « Portrait de la journaliste Sylvia von Harden », 1926.Sourcing image : archives Vert et Plume

Que savons-nous des pays que nous visitons ? Les pays eux-mêmes, en Afrique plus qu’ailleurs, existent-ils vraiment, dans le sens où les personnes qui le composent partagent une culture et une histoire qui les distinguent de leurs voisins ?

Je me suis comporté comme un journaliste. Albert Londres était l’un de ceux dont je lisais les récits de voyage en Afrique, quand je me déplaçais sur ce continent. Londres était aussi allé en Guyane pour enquêter sur les conditions de détention et de travail des bagnards à Cayenne. A une personne qu’il interrogeait, celle-ci lui répondit : « Ce n’est pas à nous de vous raconter, le journaliste c’est vous ! A vous de regarder ce qui se passe ici. »
Ce que j’ai fait durant mes innombrables séjours en Afrique, regarder comment les choses étaient organisées autour de moi, comment s’établissaient les relations entre les personnes, de quelle façon les gens vivaient, de quoi ils s’amusaient et au contraire s’indignaient, j’étais curieux de tout, je voulais tout comprendre. Plus tard, lorsque les marketing boys arrivèrent au pouvoir, je me trouvais en totale opposition avec eux. Ils voulaient tout savoir sans se donner la peine d’aller chercher l’information, venaient dans mon bureau pour que je leur restitue ma façon de voir et lançaient des études pour vérifier la pertinence de mon discours. La vie pour moi devenait impossible, je comprenais qu’ils s’intéressaient à l’Afrique d’un strict point de vue professionnel, le temps pour eux d’accéder à de nouvelles responsabilités, au service de marchés plus sophistiqués. Mes engagements étaient d’un autre ordre, j’étais de plus en plus malheureux, contraint de faire bonne figure. J’ai réalisé à quel point j’appartenais à une ancienne génération mais leur science ne m’impressionnait pas car elle travestissait la réalité. Je les ai laissés avec leurs fausses statistiques, leurs théories et leurs exemples. J’ai doucement refermé la porte derrière moi afin que personne ne s’aperçoive que j’étais parti pour de bon.   Une nouvelle histoire pouvait commencer.

L’âge de la retraite

Marie-José Jongerius « sweet water » (Tdm éditions, 2000). Essai de Marcel Feil « Le domaine de la solitude ». Bibliothèque Vert et Plume, 2002

Marie-José Jongerius « sweet water » (Tdm éditions, 2000). Essai de Marcel Feil «Le domaine de la solitude». Bibliothèque Vert et Plume, 2002

Les 3 sujets qui occupent le plus l’esprit des retraités sont leur santé, le temps qu’il fait et les voyages.

La difficulté est de se lancer dans de nouvelles aventures en oubliant cette histoire d’âge qui empoisonne l’atmosphère. Se mettre une bonne fois dans la tête que la vie réserve toujours des surprises.
J’ai vu à la télévision des jeunes assister à une conférence sur les métiers du tourisme, ils étaient vraiment beaux surtout les garçons auxquels puisque je suis un homme j’essayais de me comparer et je me trouvais effectivement très moche. Un vieux n’est ni jeune ni beau, il a le visage ridé, les yeux enfoncés dans les orbites, les joues creuses, le cou plissé. Mais au moins son corps qui lui appartient.

Question de la nuit noire

Larry Clark « Untitled » (1963). Sourcing image : catalogue de l’exposition « By Night », Fondation Cartier (1996). Bibliothèque Vert et Plume

Larry Clark « Untitled » (1963). Sourcing image : catalogue de l’exposition « By Night », Fondation Cartier (1996). Bibliothèque Vert et Plume

« Éteins, ta lumière me gêne. Et, arrête de parler, je n’arrive pas à dormir. »

Combien de personnes iront (ou sont allées) voir l’exposition organisée au musée de Haïfa (Israël) sur le thème de la violence et sa représentation dans l’art ?  Les manifestants en faveur de Gaza pourraient (ou auraient pu) faire partie de l’expo.
Un manifestant : « Vous trouvez qu’il est juste que des centaines de Palestiniens soient tués et seulement quelques Israéliens ? »
Tous en chœur : « Israël assassin ! »
Question à la con aux téléspectateurs : Vous êtes pour ou contre la violence ? Contactez-nous par e mail ou SMS, votre avis nous intéresse – Your voice is important to us.

C’est fini, dors !

Bartolomeo Guidobono, dit « le prêtre de Savone » (1654-1709) « Endymion endormi, 1691-1692. Huile sur toile. Sourcing image : « L’ŒIL », juill-août 2000 (collection Vert et Plume)

Bartolomeo Guidobono, dit « le prêtre de Savone » (1654-1709) « Endymion endormi, 1691-1692. Huile sur toile. Sourcing image : « L’ŒIL », juill-août 2000 (collection Vert et Plume)

J’ai fermé les yeux. Le sommeil m’a transporté dans un autre monde où j’étais jeune et beau. Mais à l’inverse des marketing boys je n’arrivais pas à savoir si mes projets étaient voués à l’échec ou seraient couronnés de succès ?

A propos des artistes

Larry Clak. Photographe, écrivain et metteur en scène américain (né en 1943). Sans doute l’artiste qui a le mieux restitué les révoltes, les transgressions et l’ennui de l’adolescence dans une société post-moderne.
Otto Dix (1891-1969). Peintre allemand. Il participa comme soldat à la 1ère guerre mondiale dont il restitua la violence dans ses tableaux. Son portrait de la journaliste berlinoise Sylvia von Harden appartient aux collections du Centre Pompidou.
Bartolomeo Guidobono, dit « le prêtre de Savone » (1654-1709). Était devenu vers 1680 décorateur puis peintre après une carrière d’ecclésiastique.
Sylvia von Harden (1894-1963). Journaliste et poétesse allemande. A quitté l’Allemagne nazie en 1933 pour se réfugier en Angleterre où elle continua à écrire mais sans grand succès.
Marie-José Jongerius
(née à Amsterdam en 1970). Les photos de son livre « Sweet Water » restituent l’atmosphère de n »importe quelle grande ville d’un pays chaud (ici Los Angeles) un dimanche après-midi quand la plupart des habitants sont partis pour le week-end ou s’ennuient chez eux au bord de la piscine , style photos d’Ed Ruscha et B.D. de Loustal.
Edward Ruscha (né en 1937). Peintre et photographe américain, représentant du Pop-Art et de la beat generation.

Résumé des précédents épisodes

Après avoir été employé pendant de nombreuses années par une société suisse de commerce international, Guillaume Ducamp a quitté Paris pour s’installer à Annecy. Partagé entre la nostalgie de son ancien métier et le désir de se lancer dans une nouvelle aventure personnelle, il note dans son journal ses hésitations mais aussi ses idées et sa façon de voir le monde.

1 commentaire

  1. Maurice

    Je me suis senti quelque part en phase avec le personnage de Guillaume. Il a quitté son travail, pris sa retraite, laissant parfois poindre une certaine nostalgie de cette époque ou il était chez Aimé Aroquo, et moi pendant ce temps j’étais au chômage, souffrant également de cet éloignement de la sphère professionelle.
    Bravo pour le blog, je lis chaque billet avec gourmandise et trouve à chaque fois les illustrations superbes !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

*
*