Le feu sacré

CHRONIQUES D’UN ÉTÉ ORDINAIRE – 2.

L’antiquité rejouée

J.O. de 1936. « Le flambeau allumé au soleil par des jeunes filles d’Olympie ». Sourcing image : L’Illustration, 8 août 1936 (collection Vert et Plume)

À l’origine, les Jeux furent organisés en hommage aux dieux.

L’esprit de compétition caractérise le sport olympique. Les premiers Jeux furent organisés en Grèce au VIIIè siècle av.J.C. (en 776) dans la cité d’Elis dont le territoire comprenait la ville d’Olympie. Ils perdurèrent jusqu’au IVè siècle après J.C.
Une durée d’environ 1000 ans contre à peine plus d’un siècle pour les J.O. de l’ère moderne.

Les cités grecques qui participaient n’hésitaient pas à rémunérer leurs athlètes au point qu’il fallut règlementer le montant des sommes versées. Elles pouvaient débaucher les meilleurs originaires de cités rivales, voire soudoyer certains pour qu’ils acceptent de perdre la compétition où ils étaient engagés.

Un simulacre de cérémonie religieuse

J.O. de 1936. « Le flambeau olympique est porté sur l’Acropole d’Athènes où un « grand prêtre » le remet au 1er des 3000 coureurs qui le porteront jusqu’à Berlin. » Sourcing image : L’Illustration, 8 août 1936 (collection Vert et Plume)

Les anciens athlètes grecs étaient complètement nus  pour participer aux épreuves de gymnastique: lancer du disque et du javelot, saut en longueur, courses à pied et lutte.

Les Jeux étaient précédés de cérémonie religieuses que la mise en scène moderne tente de faire revivre avec la présence de jeunes femmes, habillées en vestales, censées veiller sur le feu sacré qu’un athlète vient chercher pour le transporter en se relayant jusqu’à la ville organisatrice.

Des spectateurs en costume sombre assistent encore aujourd’hui à cette scène ridicule (que l’on peut visionner sur la Toile). Ils applaudissent lorsque la torche, qu’une vestale tient à bout de bras, s’enflamme. Celle-ci la tend ensuite à un jeune homme tout de blanc vêtu qui s’en empare avec solennité. Accompagné par la rumeur des hourras, il fend la foule en courant puis disparaît du champ.

La politique, jamais absente

J.O. de Berlin, juillet 1936. « Un athlète allemand allume le feu sacré avec la torche symbolique apportée de Grèce par coureurs ». Sourcing image : L’Illustration, 8 août 1936 (collection Vert et Plume)

Les anciennes cités grecques devaient observer une trêve durant les Jeux et garantir la sécurité des participants. Les épreuves étaient précédées de cérémonies et d’un serment de bonne conduite prononcé devant la statue de Zeus Horkios.

Les chroniqueurs ne manquent jamais d’énumèrer les budgets qui ont été consacrés à la préparation des Jeux de l’ère moderne. Comme partout dans le monde, on explique aux habitants de la ville qui les a accueillis que les sommes dépensées ont en grande partie servi à financer des équipements durables dont ils bénéficieront dès qu’athlètes, spectateurs et journalistes seront partis.

Autrement dit, si vous voulez votre métro, votre voie ferrée à grande vitesse, vos tunnels autoroutiers, vos équipements sportifs, une seule solution : offrez-vous les Jeux, ça ne coûte rien !

La ville que vous aimiez, où étaient vos souvenirs d’enfance et d’adolescence, aura été transformée de fond en comble. Tout sentira le béton, le goudron et le pognon. Mais vous verrez le maire et ses adjoints se promener avec la mine satisfaite, le sourire aux lèvres, prêts à recommencer. Il y a de la folie dans la tête de ces gens-là.

La victoire à portée de main

André Leroux « L’éternelle épopée », 1935. Sourcing image : N° spécial Salon de L’Illustration, mai 1935 (collection Vert et Plume)

Les courses d’hoplites portant casque et bouclier furent introduites dès la fin du VIè siècle av. J.C.

En acceptant que votre ville soit transformée en Disneyland, envahie par des centaines de milliers de visiteurs surveillés par des dizaines de milliers de policiers, vous serez fiers de votre pays : « I was so proud of my country ! » – « En français, please, in French ! » – – I was tellement proud, comment dites-vous, fier, c’est cela, fier de mon pays ! »

Les chaînes de télévision viendront du monde entier pour enregistrer vos propos qu’elles diffuseront à l’intention de leurs propres concitoyens. Vous serez un exemple pour des milliards de téléspectateurs. Enfin, on parlera de vous !

Flash infos artiste, sources & mythologie

André Leroux.  1911-1997. Peintre français.

Sources : Anne-Catherine Bioul « Scènes de la vie quotidienne dans la Grèce antique », éd.Musées royaux d’art et d’histoire (Bruxelles, 1989). Bibliothèque Vert et Plume, oct.1990. – Pierre Bezbakh « P. de Coubertin, les J.O. et le professionnalisme », Le Monde (17.07.2012). Archives Vert et Plume

Zeus Horkios.  Gardien de l’ordre social, Zeus apparaissait notamment comme Zeus Xenios, défenseur de l’hospitalité, des relations courtoises entre les familles et les cités). Zeus Hikésios, protecteur de ceux qui cherchent asile. Zeus Horkios, protecteur de l’inviolabilité des serments.

2 commentaires

  1. jacques Marie

    le véritable titre du tableau de André Leroux 1911-1997 n’est pas : « Le coureur de Marathon », mais « L’ éternelle épopée », d’aprés un poème de Victor Hugo :
    « Je voyais là ce Rien que nous appelons Tout ; Les Rois, Les Dieux, La Gloire et La loi, les passages des générations à vau-l’eau dans les ages »
    ce tableau est conservé à la Fondation Paul Ricard

  2. Plumebook Café

    Je me souviens en effet que nous avions égaré la page originale de L’Illustration après l’avoir scannée, et attribué un titre dont nous n’étions plus capables de vérifier l’authenticité. Grâce à votre information, l’erreur est réparée.
    Ce tableau illustrait bien la vanité d’une gloire qui, à nos yeux comme à ceux de Victor Hugo, n’est rien.

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