Le désir d’un autre monde

« La poésie marque (…) le désir d’un autre monde au cœur du monde réel… »
André Dhôtel « La vie de Rimbaud », introduction (éditions L’œuvre, 2010). Bibliothèque Vert et Plume

Les pieds sur terre

Simon Starling "Rescued Rhododendrons", évènement / happening (2000). Sourcing image : magazine "artpress" n°273, daté nov. 2001 (collection Vert et Plume)

Le rhododendron a été introduit en Angleterre en 1763 par Claes Alstroemen, botaniste suédois, élève de Charles Linné. Il avait utilisé des plants provenant du sud de l’Espagne.

Plus la ville se développe, occupant l’espace autrefois dévolu à l’agriculture, autrement dit plus elle transforme le paysage campagnard en un décor fait d’arbres en pots (si grands soient-ils), de carrés de pelouses (où les chiens d’appartement viennent pisser), savamment délimités par le béton et le goudron, plus je m’attache aux œuvres des artistes qui intègrent dans leur travail des éléments empruntés à la nature : la terre, les pierres, le bois, les végétaux (ici des rhododendrons « sauvés » = rendus à leur pays d’origine par l’artiste).

Je fais la queue avec les autres visiteurs pour contempler les débris du paysage installés à même le sol dans la salle d’un musée. Ici gît la nature, ce qu’il en reste. L’atmosphère est au recueillement.

Je comprends que le bois, les feuilles, les fleurs, les plumes, la terre sont devenus aussi indispensables que la peinture, le bronze le marbre… à l’expression de nos émotions.

L’artiste se veut l’interprète des craintes que suscitent la transformation accélérée du paysage, les désordres du climat, le bouleversement de nos modes de vie. On pourrait résumer ainsi son message : « Laissez la nature tranquille ! »

Mettant son art au servie de l’actualité, l’artiste crée une œuvre en principe éphémère. C’est le risque encouru par ceux qui s’intéressent au présent plutôt qu’au passé. Que sait-on en effet de la valeur d’un présent qui n’a, par définition, reçu la reconnaissance ni de la mémoire ni de la transmission ?

Les poètes ne sont pas si imprudents, qui chantent l’éternité du corps et de la nature (Gustave Roud) ou l’enfance et l’adolescence, âges de la création par excellence  (Arthur Rimbaud).

Les assauts du quotidien

Gustave Roud « Robert, Port-des-Prés », vers 1945. Sourcing images : « Terre d’Ombres – 1913-1965 – Itinéraire photographique de Gustave Roud », éditions Slatkine, 2002 (Bibliothèque Vert et Plume)

PORTRAIT D’UN PAYSAN

« … ces bras nus touchés d’un premier hâle qui hésite entre le fauve et le rose. »


Gustave Roud « Haut-Jora – Portrait de l’apiculteur » (p.59)


« Cet homme qui est là debout (le doux bleu du pantalon serré à la taille par la ceinture de cuir) …, les épaules nues. »


Le Paysan (Haut Jora p.77)

Gustave Roud, dont on peut raisonnablement écrire qu’il était (s’en rendait-il compte ? Tant la chose était inconcevable dans l’acceptation moderne du terme) un « homosexuel », suit du regard les ondulations du paysage avec la même volupté qu’il éprouvait à capturer avec son appareil photographique les lignes que dessinaient les corps des jeunes hommes du Haut-Jora, occupés aux travaux des champs (Suisse Romande).

GUSTAVE. «  Double fête indéfinie – pour les yeux d’abord, puis pour tout l’être… Nous rejoignons notre être originel dans sa plénitude paradisiaque presque toujours rompue, voilée, offusquée par les aveugles assauts du quotidien. (…) … si l’on voit la descente vers Moudon de l’autre côté du val, on voit, oui, c’est comme une suite de beaux corps étendus, avec des inflexions qui reprennent et transposent au bord du ciel celles du corps humain, d’une molle hanche, d’une gorge ou d’une épaule, inflexions soulignées ici et là par un bref trait sombre de forêts… »

Source : « Haut-Jora, textes et photographies / Haut-Jora – éditions Payot, Lausanne – 1978.

La lumière « nature »

José Medeiros GAUCHE « Indien Xavante », Serra do Roncador (Mato Grosso, 1949), DROITR « Indien, probablement Kalapalo », (Mato Grosso, vers 1949. Photographies en noir et blanc. Sourcing images : José Medeiros « Chroniques brésiliennes », éditions Hazan, 2011 (Bibliothèque Vert et Plume)

Il était pareil à un lycéen, s’étonnant de tout, trouvant son bonheur dans les choses les plus simples. Le spectacle de la nature l’enchantait.

Vincent n’a pas toujours aimé s’exposer au regard des autres. Entre 9 et 14 ans, son corps n’existait pas. Après ça a été l’explosion, le besoin de se dévêtir dès que l’occasion se présente. Se mettre en short. Retrousser ses manches, déboutonner sa chemise. Il se baigne nu dans les rivières quand le temps le permet, dort à la belle étoile. Veut ressembler à un indien.

Dans un article sur la forêt tropicale au Cameroun, Vincent a découvert quelques mots merveilleux auxquels il n’aurait rien compris si le journaliste n’en avait pas indiqué le sens entre parenthèses :  Arbres des forêts décidues (perdent leurs feuilles pendant la saison sèche), ou sempervirentes (gardant leurs feuilles toute l’année).

José Medeiros « Indien, probablement Kalapalo », (Mato Grosso, vers 1949. Photographies en noir et blanc. Sourcing images : José Medeiros « Chroniques brésiliennes », éditions Hazan, 2011 (Bibliothèque Vert et Plume)

Vincent note les mots dans le carnet qu’il transporte avec lui, dans son blouson américain. Un petit livre ne le quitte pas non plus, qu’il glisse celui-là dans une poche de son short : le fac-similé de l’édition originale d’Une Saison en Enfer. Édité à Bruxelles en 1873, vendu un franc. Arthur avait à peine 19 ans. Trois ans de plus que Vincent aujourd’hui.

ARTHUR.  « Je finis par trouver sacré le désordre de mon esprit. » Plus loin. FAIM. « Si j’ai du goût, ce n’est guère  /  Que pour la terre et les pierres.. » Après le poème en vers. « Enfin, ô bonheur, ô raison, j’écartais du ciel l’azur, qui est du noir, et je vécus, étincelé d’or, de la lumière nature.

« De joie, je prenais une expression bouffonne et égarée au possible… »

(Une saison en enfer / Délires / Alchimie du verbe.)

Flash infos artistes, poètes & vidéo

Indiens Kalapalos. Regarder la vidéo : http://vimeo.com/40239543

et lire : http://en.wikipedia.org/wiki/Kalapalo_people

José Medeiros.   1921-1990. Photographe brésilien.

José Medeiros « Indien Xavante », Serra do Roncador (Mato Grosso, 1949). Sourcing images : José Medeiros « Chroniques brésiliennes », éditions Hazan, 2011 (Bibliothèque Vert et Plume)

Arthur Rimbaud. 1854-1891. Plusieurs articles à lire sur le blog. Taper le nom du poète dans l’espace RECHERCHE.

L’aventure des Rhododendrons. Dans un parc naturel situé en Écosse, Simon Starling a déplanté sept rhododendrons considérés localement comme des plantes exotiques. Il les a ensuite transportés jusqu’au sud de l’Espagne à l’intérieur d’une voiture de marque suédoise ‘voir la calendre sur la photographie en couleur). Rendus à leur pays d’origine, les rhodos y ont été replantés. Une manière pour Starling de protester contre les transformations que l’homme impose à la nature.

Gustave Roud.  1897-1976. Plusieurs articles à lire sur le blog. Taper le nom du poète dans l’espace RECHERCHE.

Les vidéos en ligne montrent un Roud âgé dans lequel le poète lui-même ne se reconnaissait pas. A éviter. Son autoportrait est sur le blog, dans l’article : Vue d’avion

Simon Starling.  Artiste britannique né en 1967. Autre article sur le blog en tapant le nom de l’artiste dans l’espace RECHERCHE.

Indiens Xavantes.  Lire : http://fr.wikipedia.org/wiki/Xav%C3%A1ntes

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