Le dernier des surréalistes

Rouge comme soulèvement et barricade

Antoine de Galbert, fondateur de la Maison Rouge (photo Le Monde, sept.2008)

Antoine de Galbert, fondateur de la Maison Rouge (photo Le Monde, sept.2008)

Fondation Antoine de Galbert. Ancien galeriste grenoblois, devenu collectionneur boulimique après avoir hérité d’une somme d’actions Carrefour (Le Monde, sept.2008). L’homme est un passionné que le marché de l’art rebute plus qu’autre chose. « J’aime la notion d’autoportrait », dit-il dans l’article qui lui a été consacré. L’idée qu’un homme se définit à travers les oeuvres des artistes qu’il collectionne. Plus d’un millier d’oeuvres qu’il aimerait un jour exposer « dans un lieu semi-public en Savoie. » On se prend aussitôt à rêver d’une Maison Rouge-bis sur les bords du lac du Bourget…

Beaucoup d’amateurs ignorent l’existence de ce lieu parisien à quelques minutes seulement à pied de la station de métro Bastille, qui présente des expositions originales, bien différentes du style conventionnel des autres lieux. Un espace rebelle, a-t-on envie de dire.
Accueil Maison Rouge :  http://www.lamaisonrouge.org/

Portrait d’un rebelle

Jean-Jacques Lebel : « L’élection de Miss Festival », 1967. Happening à Knokke le Zoute (Belgique) avec Yoko Ono et Tony Cox. (photo parue dans Art Press, mai 1996)

Jean-Jacques Lebel : « L’élection de Miss Festival », 1967. Happening à Knokke le Zoute (Belgique) avec Yoko Ono et Tony Cox. (photo parue dans Art Press, mai 1996)

Les happenings de Lebel s’inscrivaient au cours des années 60 dans le courant français de Fluxus, mouvement artistique florissant aux Etats-Unis mais paradoxalement peu connu en France où l’autre vedette était Ben, devenu célèbre depuis. L’artiste appelle cette époque des happenings sa « période très libertaire, très sauvage ».

Touche-à-tout

Jean-Jacques Lebel, « For ever young, la Diva » - détail, 4989 - Collection Musée du cinéma, Paris. (image de couverture d’Art Press, mai 1996).

Jean-Jacques Lebel, « For ever young, la Diva » - détail, 4989 - Collection Musée du cinéma, Paris. (image de couverture d’Art Press, mai 1996).

Jean-Jacques Lebel est à la fois artiste, écrivain, collectionneur et commissaire d’exposition. Il est surtout un empêcheur de tourner en rond, un héritier des anarchistes, un contestataire-né, un jouisseur, un farceur, un révolté, un émotionnel, un raisonneur, un descendant de Villon, de Sade, de Breton, de Picabia, de Prévert, de Michaud et du Picasso du Désir attrapé par la queue et des dessins érotiques (exposés il y a quelques années au Jeu de Paume ancienne vocation. Bref, il est le dernier descendant d’une longue tradition française en complet décalage avec le temps présent.

L’esprit de résistance

Jean-Jacques Lebel, « Parfum Grève Générale, bonne odeur », collage et peinture – 1960. (Repro. Art Press, mai 1996)

Jean-Jacques Lebel, « Parfum Grève Générale, bonne odeur », collage et peinture – 1960. (Repro. Art Press, mai 1996)

Dans ses combats, l’artiste libertaire est du bon côté, indépendamment de toute structure de pouvoir (politique, syndical ou religieux) :

  • contre la guerre en Algérie
  • contre la répression des manifestations anti-apartheid en Afrique du sud
  • contre le règne de « la bagnole qui a commencé à bousiller les villes, les paysages, les gens. »
  • contre la perversion du discours politique
  • contre l’oppression de l’opinion publique (Chine, Iran…)
  • contre la torture des prisonniers de guerre (Irak)
  • contre ce qu’il appelle « l’obscénité sociale », sujet brûlant dans l’air du temps

Tout le monde n’a pas été ou n’est pas contre.

Le droit à la libre expression

Depuis 1997 à Koblenz (Allemagne), l’artiste présente des rétrospectives de 40 années de son travail qu(il mêle aux oeuvres d’autres artistes de sorte que le néophyte a constamment le nez sur les étiquettes pour connaître le nom de l’auteur avant de s’exclamer dans sa tête « Ah, c’est vrai ! », « Celui-là, je le connais ». Comme il y a aussi une prolifération de nus féminins dans la collection accumulée par Lebel, le visiteur ne s’attarde pas trop devant chaque tableau ou photo de peur de passer pour un affreux jojo.

André Breton, « L’Oeuf dans l’église » ou « Le Serpent », 1932 (image reproduite dans le catalogue de l’exposition de la Maison Rouge)

André Breton, « L’Oeuf dans l’église » ou « Le Serpent », 1932 (image reproduite dans le catalogue de l’exposition de la Maison Rouge)

Oh ! Calcutta ! Calcutta !

Les images découpées, peintes et encadrées par Lebel paraissent sortir à la fois du Canard Enchaîné, de Hara-Kiri et des archives d’Amnesty International, en même temps que de tous les magazines de fesses imprimés en France depuis 2000 ans. Il y a en effet assez de photos de cul féminin pour dessiner en lettres géantes sur un mur géant les lettres N et U en noir et blanc, précédées des lettres V et é en néon rose à gauche et s pour terminer le plaisant rébus complètement à droite, VENUS la déesse de l’amour et du sexe.

Jean-Jacques Lebel, « Reliquaire pour un culte de Vénus » 1998-2009 (version du musée Denon, Châlon-sur-Saöne, 2008 – photo reproduite dans le catalogue de l’exposition de la Maison Rouge

Jean-Jacques Lebel, « Reliquaire pour un culte de Vénus » 1998-2009 (version du musée Denon, Châlon-sur-Saöne, 2008 – photo reproduite dans le catalogue de l’exposition de la Maison Rouge

Au fil de sa rétrospective, Jean-Jacques Lebel s’appuie sur la confrontation de ces images féminines avec celles sordides des traitements infligées aux prisonniers irakiens dans la prison d’Abou Graïb ou celles pitoyables de jeunes filles africaines nues et affublées de la chéchia et du fusil des tirailleurs sénégalais prises par la soldatesque française au moment de la conquête coloniale, pour affirmer sur un mode outrancier que l’obscénité n’est plus sexuelle mais politique, que la conscience des citoyens est violée par le mensonge du discours politicien. En même temps, l’artiste est complètement dans son rôle, sinon qui d’autre que lui aurait ce culot ?

Clovis Trouille (1889-1975), exposé durant le 1er trimestre 2010 au musée Jacques-Henri Lartigue à l'Isle-Adam (Val d'Oise) était un peintre autodidacte et solitaire. L'un de ses tableaux fut remarqué par Aragon et Dali en 1930. Il exposa par la suite avec les surréalistes dans les grandes occasions et fut défendu à plusieurs reprises par André Breton

Clovis Trouille (1889-1975), exposé durant le 1er trimestre 2010 au musée Jacques-Henri Lartigue à l'Isle-Adam (Val d'Oise) était un peintre autodidacte et solitaire. L'un de ses tableaux fut remarqué par Aragon et Dali en 1930. Il exposa par la suite avec les surréalistes dans les grandes occasions et fut défendu à plusieurs reprises par André Breton

1 commentaire

  1. pierre lelu

    Merci M. Lebel d’apporter un peu d’oxygéne a la planéte

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