Le charme des lieux

Parce qu’ils appartiennent au passé les noms de lieux de l’île Maurice dégagent un parfum de poésie teintée de naïveté et de mélancolie, en dépit d’une histoire qui n’était pas du tout la même selon que l’on appartenait à une famille de marchands, de planteurs, ou à la catégorie des ouvriers, serviteurs et des esclaves. 
La mémoire de l’île est peuplée des ombres de ces derniers que le tourisme laisse volontairement de côté.
 Paul et Virginie, le roman de Bernardin de Saint-Pierre, édité pour la 1ère fois en 1788 et réédité dès l »année suivante et des centaines de fois ensuite à contribué à faire connaître l’île, qui portait alors le beau nom d’île de France où l’auteur, qui était ingénieur du roi, avait séjourné deux ans de 1768 à 1770.

Naissance d’une passion vertueuse

Anne-Louis Girodet « Traversée de la rivière à gué », Paul et Virginie (1806). Sourcing image : « L’exotisme enchanteur de Paul et Virginie », éditions Emilie Vialettes – Nicolas Chaudun, 2014 (bibliothèque The Plumebook Café)

Anne-Louis Girodet « Traversée de la rivière à gué », Paul et Virginie (1806). Sourcing image : « L’exotisme enchanteur de Paul et Virginie », éditions Emilie Vialettes – Nicolas Chaudun, 2014 (bibliothèque The Plumebook Café)

« Le bruit des eaux [de la rivière] effraya Virginie ; elle n’osa y mettre les pieds pour la passer à gué. Paul prit alors Virginie sur son dos et passa ainsi chargé sur les roches glissantes, malgré le tumulte… N’aie pas peur, lui disait-il, je me sens bien fort avec toi. »
Livre cité, p.30
 
Le quartier des Pamplemousses. L’église des Pamplemousses. . Le jardin des Pamplemousses où Bernardin aurait imaginé la trame de son roman en se promenant.
Beau-Vallon était le nom de la propriété la plus considérable du Grand-Port
La rivière de Chaux la traverse. Elle est bordée de badamiers et de sauges.
La vallée des prêtres. Elle était assignée au clergé pour szon entretien. C’est là que Bernardin de St-Pierre a situé la résidence de Paul et Virginie [dont il relisait le récit, assis à côté du feu qu’un employé de l’hôtel avait allumé dans la cheminée du salon…]
Les branches hautes des arbres sont toujours balancées par le vent qui ne cesse que très rarement de souffler.
Grand-Baie. Lieu du débarquement anglais en 1810.
 
« Paysage du littoral sud-ouest de l’île Maurice », (vers1970. Sopurcin image : revue L’ŒIL n°288 de nov.1977 (collection The Plumebook Café)

« Paysage du littoral sud-ouest de l’île Maurice », (vers1970. Sopurcin image : revue L’ŒIL n°288 de nov.1977 (collection The Plumebook Café)

Souillac. Les maisons sont entourées de petits jardins potagers où poussent aussi des fleurs. Ceux qui n’en possèdent pas peuvent cultiver une parcelle mise à leur disposition par leur employeur lorsqu’ils travaillent à la Sucrerie.
La cascade de la Savane. Ajoutés à la présence de l’eau, les bananiers et de raffias contribuent à faire de cet endroit encaissé un petit paradis de fraîcheur.
Grand Bassam. Un ancien cratère qui constitue une réserve d’eau naturelle.
Chamarel. Les chasseurs sont les enfants des propriétaires de l’hôtel où nous résidons, venus avec leurs amis. Ils sont rejoints par les parents le lendemain à l’heure du petit-déjeuner. Ce n’est qu’entre 10 et 11 heures que l’on entend claquer les premiers coups de fusil dans la montagne.
Habitants, noirs, blancs. Bernardin de Saint-Pierre n’est pas tendre avec les noirs qui sont à cette époque esclaves ou serviteurs. P.119 : « …un grand nombre d’habitants et de noirs… », les noirs ne sont pas considérés comme des habitants, alors qui sont-ils… P. 126 : « Quand nous fûmes à l’entrée du vallon de la rivière des Latamiers, des noirs nous dirent… ». P.54 : « Virginie cuit des gâteaux… pour les pauvres familles de blancs, sans secours de noirs [ = ils n’ont ni serviteurs ni esclaves], réduits à vivre de manioc au milieu des bois [encore de nos jours les noirs choisissent souvent de vivre à l’éécart à l’intérieur des terres]… ». P.55 : « Ils n’avaient pour supporter la pauvreté, ni la stupidité qui accompagne l’esclavage, ni le courage qui vient de l’éducation ». Ce serait, selon Bernardin, sa stupidité qui permettrait à l’homme noirr de supporter une condition qui lui a été imposée par la violence.…
Mahé de la Bourdonnais. L’un des gouverneurs qui administrèrent l’île de France pour le compte du roi entre 1767 et 1810. Il avait appartenu auparavant à la Cie des Indes, laquelle passa sous le contrôle des Anglais après la signature du traité de Vienne en 1815.

Le bonheur au cœur de la nature

Jean Frédéric Schall « composition pour Paul et Virginie », 1797. Sourcing image : « L’exotisme enchanteur de Paul et Virginie », éditions Emilie Vialettes – Nicolas Chaudun, 2014 (bibliothèque The Plumebook Café)

Jean Frédéric Schall « composition pour Paul et Virginie », 1797. Sourcing image : « L’exotisme enchanteur de Paul et Virginie », éditions Emilie Vialettes – Nicolas Chaudun, 2014 (bibliothèque The Plumebook Café)

Paul : « Si la nuit nous surprend dans ce bois, j’allumerai du feu, j’abattrai un palmiste, tu en mangeras le chou, et je te ferai avec ses feuilles un ajoupa pour te mettre à l’abri… »
Livre cité, p.31
 
C’est le gouverneur de la Bourdonnais qui tente de venir au secours du Saint-Géran en perdition dans la tempête avec Virginie à son bord, de retour de France où sa tante l’avait envoyée parfaire son éducation. « Nous entendîmes dans les bois un bruit de tambour. C’était le gouverneur, M. de la Bourdonnais, qui arrivait à cheval… suvi d’un détachement de soldats, d’une grand nombre d’habitants et de noirs… Il fit allumer de grands feux sur la grève et envoya chercher chez les habitants des vivres, des planches, des câbles et des tonneaux vides… »
Retour dans la maison d’Édouard Harth. Elle est fermée pour cause de réparations. Le vieux gardien que je connaissais est basent. Aucune réédition des œuvres du poète n’est attendue. Lit-on encore la poésie de Harth à Maurice…
José, le chauffeur cite l’Ecclésiaste « On voit avec l’esprit, pas avec les yeux. » Pas étonnant que les uns et les autres ne voyons jamais la même chose, ni que ceux qui ont la vue soient aveugles…
« Le jardin des Pamplemousses », île Maurice (vers1970). Sopurcin image : revue L’ŒIL n°288 de nov.1977 (collection The Plumebook Café
 
 
À Port-Louis, la Bookshop du Waterfront, où aurait dû arriver cent dix ans plus tôt le Saint-Géran, n’a jamais entendu parler du poète. Ils n’ont pas de timbres non plus.
Robert Edward Harth, son nom était anglais bien qu’il écrivît ses poèmes en français Barclay’s Bank. Cette façon que l’on a ici de passer constamment de la tradition française à la pratique britannique.
La queue pour le change. Un Mauricien aux grosses fesses tente de resquiller. Une Mauricienne qu’il n’a pas vue venir le contourne par sa droite en lui décochant un grand sourire auquel il est forcé de répondre.
Curepipe. L’hôtel de ville possède une belle salle de réception. .
Beau Bassin. The English Quarter. Swani Sivanauda Street. Le manoir de la Tour Blanche. Le Mont Thabor [une rue de Paris porte ce nom, entre Rivoli et St-Honoré]
Hôtel la Bourdonnais. On ne trouve pas d’exemplaire de Paul et Virginie dans les chambres. Ni de poème d’Edward Harth ou de texte de Malcolm de Chazal. Au diable les vieilles barbes !
La télécommande est sur la table. Voilà les « News » : images de la visite du colonel Kadhafi au président français Nicolas Sarkozy. Rodomontades à gauche, embarras à droite. Langue de bois du P.D.G. d’une grande entreprise.
La morale n’a jamais fait bon ménage avec le monde des affaires.
 
Port-Louis, décembre 2007
Bientôt 10 années auront passé. C’était hier.

Flash infos artistes, écrivain & carte

[Jacques Henri] Bernardin de Saint-Pierre. Écrivain-poète français né au Havre en 1737.
« Voyage à l’Isle de France », 1773
« Études de la Nature », 1784
« Paul et Virginie », 1787. Un aboutissement des précédentes plutôt qu’un supplément. Bernardin, comme on l’appelait à Maurice, avait entendu conter l’histoire du naufrage du Saint-Géran ainsi que celle de deux personnes qu’une idylle avait unies et qui avaient péri dans ce naufrage.
« La Chambre Indienne », 1790
Anne-Louis Girodet. 1767-1824. Pëintre et graveur français.
« L’île de France », 1822. Sourcing image : Paul et Virginie, suivi de La Chaumière Indienne et d’Un Voyage à l’Ile de France, 1979 (bibliothèque The Plumebook Café)

« L’île de France », 1822. Sourcing image : Paul et Virginie, suivi de La Chaumière Indienne et d’Un Voyage à l’Ile de France, 1979 (bibliothèque The Plumebook Café)

Jean Frédéric Schall. 1752-1825. Peintre de genre français. Ses peintures devaient servir à la seconde édition par Didot de « Paul et Virginie » mais une brouille interrompit son travail qui servit néanmoins de base aux illustrateurs des éditions suivantes.

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