L’art et la matière des sentiments

Les greniers de l’enfance

Chiharu Shiota « Après le rêve », installation (Paris, 2011). Sourcing image : brochure de l’exposition à la Maison Rouge, fév.-mai 2011

Au bal des mariées, elles rêvent d’être conviées.
La robe est une seconde peau, dit l’artiste, qui renferme davantage de souvenirs que la première.

Osaka, île de Honshu, 1981

Chiharu Shiota a neuf ans lorsqu’elle est réveillée au milieu de la nuit par le bruit de l’incendie qui ravage la maison de leurs voisins.

Elle appelle son père et voilà la famille rassemblée dans le jardin pour assister, impuissante, au drame.

Un son étrange parvient par intermittences aux oreilles de la petite fille qui comprendra au petit matin qu’il s’agissait des cordes d’un piano qui se cassaient l’une après l’autre sous l’effet de la chaleur. Lancinante mélodie.

De retour dans sa chambre, l’enfant s’assoie à son propre piano et joue.

Cette expérience, nous dit-on, inspirera plus tard, à l’artiste que la petite fille est devenue,  les rituels de sa création : le fil des souvenirs, la fragilité des sentiments qui nous attachent aux gens comme aux choses, le cours interrompu, repris et prolongé de la vie…

Source : brochure de l’exposition (mal traduite de l’anglais original)

Le fil invisible

Chiharu Shiota « Le chemin vers le silence », installation (Stutttgart-Allemagne, 2003). Sourcing image : brochure de l’exposition à la Maison Rouge, fév.-mai 2011

À l’image de la vie.
Les fils sont pour l’artiste à l’image des sentiments. Ils se tissent, se nouent, se délient, se relâchent, serompent …

Je me souviens d’une exposition collective à la Fondation Salomon (à Alex, sur la route d’Annecy à Thônes).

Ce devait être vers 2005. Une artiste allemande avait accroché aux murs de l’une des salles plus de quatre cents petits cadres renfermant chacun une feuille de papier jauni sur laquelle figuraient des textes en allemand auxquels je ne comprenais rien.

En y regardant de plus près, je m’aperçus que dans la plupart des cadres ce n’étaient pas des textes, mais seulement les ondulations de l’écriture. Des milliers de lignes dessinées à l’encre noire (sans doute de l’encre de Chine, je me disais).

Cela me fit penser à des vaguelettes courant à la surface infinie de l’eau sans jamais rencontrer une plage où l’écriture se serait échouée.

Ce n’était plus qu’un trait, un fil d’écriture. Et tous ces papiers recouverts de fils noirs évoquaient l’ouvrage d’une dame du temps jadis, assise au coin du feu, qui me parlait de sa jeunesse.

Au terme du voyage

Chiharu Shiota « D’où nous venons et ce que nous sommes », installation (Paris, 2011). Sourcing image : brochure de l’exposition à la Maison Rouge, fév.-mai 2011

Où est ma maison ?

400 valises, 400 personnes qui ont emporté en voyage avec elles un tas de petites choses dont elles pensaient qu’elles leur seraient nécessaires. Pourtant, explique l’artiste en s’appuyant sur sa propre expérience des voyages nécessités par ses expositions à travers le monde, « mes pensées, mes souvenirs demeurent là où est ma maison.

Flash infos artiste & sens des mots

Le langage attaché à la marchandisation de l’art.
La pratique, devenue courante, de la part des commissaires d’exposition, de tout titrer en anglais au lieu du français, outre qu’elle en limite la compréhension par le public, conduit aussi à se demander si l’anglais et la traduction qui en est faite reflètent véritablement le sens que l’artiste souhaitait donner à ses réalisations ? Surtout s’agissant d’une artiste japonaise, vivant en Allemagne et exposant en France !…

Dans quelle langue, sinon le japonais, peut fonctionner son imagination résolument ancrée dans son enfance de petite fille de la bourgeoisie d’Osaka ? Je n’ai malheureusement trouvé que des informations stéréotypées à son sujet.

Le sens des mots  :
Memory. Mot de la langue anglaise qui a peu ou prou le même sens qu’en français sauf lorsqu’il s’agit des « Memories of chilhood » que l’on traduira par « Souvenirs d’enfance » et non « Mémoires d’enfance ». (Source : Oxford advanced dictionnary, 1974)

Mémoire. n.f. Faculté de conserver et de rappeler des états de conscience passés, sensations, sentiments, idées, connaissances.

On utilise aussi le mot en parlant de la capacité d’un individu à se souvenir, et de celle d’un ordinayeur

Souvenir. n.m. – 1°. Rester, vivre dans le souvenir. – 2°. Le fait de se souvenir. – 3°. Ce qui revient à l’esprit, spontanément ou non, des expériences passées : image que garde et fournit la mémoire. – 4°. Ce qui fait souvenir de, ce qui reste comme un témoignage du passé. (Source : Le Robert, 1972)

Chiharu Shiota. Née en 1972 sur l’île d’Osaka (Jappn). Artiste japonaise installée à Berlin en 1996.

Aller sur la vidéo de l’exposition : http://www.lamaisonrouge.org/spip.php?article728

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