L’art de la suggestion

Assis dans un salon de thé de la rue Royale à Annecy, entre deux femmes qui ont posé par terre les sacs de leurs mille cadeaux pour Noël et un couple du 3e ou 4e âge, je tourne les pages d’une revue des années 1950 découverte quelques jours auparavant à Paris dans la caverne de la Galcante rue de l’Arbre Sec.
J’ai un goût immodéré pour les vieux journaux illustrés, les vielles revues. La modernité de certains documents, leur actualité sont frappantes.
Leçon d’histoire et de modestie que la frénésie de notre société de consommation voudrait faire oublier.
Nous ne sommes peut-être pas aussi moderne et nouveau qu’on le prétend.

Emportés par l’eau

Paul Colin « Les sinistrés de Madagascar », 1926. Sourcing image : affiche pour le Gala de bienfaisance à l’Opéra de Paris, reproduite dans la revue PLAISIR DE France, nov.1949

Paul Colin « Les sinistrés de Madagascar », 1926. Sourcing image : affiche pour le Gala de bienfaisance à l’Opéra de Paris, reproduite dans la revue PLAISIR DE France, nov.1949

 


Ton macaron était bon ?, demande le vieux monsieur à celle qui a bien l’air d’avoir été sa femme.
Elle semble dire que oui.
Il reprend. Tu veux que l’on aille marcher un peu sur le Pâquier pour voir le soleil ?
Pas de chance, elle veut juste aller au bout de la rue grise et glaciale comme le sont toutes celles des vieux quartiers en hiver.
La dame au macaron n’aime pas le soleil.

Emportés par la danse

Paul Colin « Première revue de Joséphine Baker » », 1949. Sourcing image : affiche pour le Casino de Paris reproduite dans la revue PLAISIR DE FRANCE, nov.1949

Paul Colin « Première revue de Joséphine Baker » », 1949. Sourcing image : affiche pour le Casino de Paris reproduite dans la revue PLAISIR DE FRANCE, nov.1949

La revue que j’avais achetée à Paris avait pour titre PLAISIR DE France et commençait par un article consacré à la chasse à coure… il fallait tourner encore quelques pages pour découvrir les illustrations au crayon d’un séjour au Togo et… les affiches de Paul Colin.
Le journaliste disait de cet artiste qu’il « créait la parure des villes ».
Je ne regarde pas la publicité. Les affiches de Colin évoquait tout autre chose à mes yeux. Celle de Madagascar était d’une extraordinaire intensité. Je crois que c’est pour elle que je suis ressorti de la Galcante avec la revue sous le bras.
Paul Colin (1892-1985) n’était pas bavard. Son style était épuré. Efficace.
Toute affiche, écrivait le journaliste en 1959, devrait être une œuvre d’art. Suggérer plutôt qu’exprimer.

Flash info artiste

Paul Colin. 1892-1985. Au printemps 1949, le musée des Arts Décoratifs à Paris lui consacrait une exposition.

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