L’art de la mise en scène

Elina Brotherus, photographe finlandaise née au début des années 70 qui s’est fait connaître avec des images plus poétiques et sensuelles que celle au-dessous  exposée dans le cadre de la Foire Internationale d’Art Contemporain de Paris à l’automne  2016.

Qu’importe, c’est toujours de l’Elina Brotherus.

 

Cela s’appelle un « espace humanisé »

 

Elina Brotherus « Salle à manger », 2015. Photographie de la série « les femmes de la Mzison Carré », 70 x 104 cm. Pigment print sur papier barycha à partir de l’original digital Sourcing image : FIAC 2016,© photo The Plumebook Café

Elina Brotherus « Salle à manger », 2015. Photographie de la série « les femmes de la Mzison Carré », 70 x 104 cm. Pigment print sur papier barycha à partir de l’original digital Sourcing image : FIAC 2016,© photo The Plumebook Café

 

Image inventée un an auparavant pour une exposition intitulée LES FEMMES DE LA MAISON CARRÉE.

Thème exploré : relations entre les individus et l’espace intérieur [sous-entendu « de la maison »], ainsi que l’environnement  extérieur, une piscine peut-être, un baigneur, une pelouse, un kiosque à musique, un petit bois, un ruisseau ou… des immeubles.

Les jeux de l’intérieur et de l’extérieur ne sont pas ceux de l’amour

 

Le thème du dedans et du dehors m’a fait penser au très beau film  de Jack Hazan sorti en 1973, l’année qui a suivi celle de la naissance d’Elina, dans lequel iHazan raconte une étape décisive dans le travail et la vie du peintre anglais David Hockney. Le film s’appelait « A bigger splash » inspiré des célèbres peintures autour du thème de la piscine de l’eau et du garçon qui s’y baigne. Le garçon était t l’amant le plus connu du peintre. Peter Schlesinger,  devenu par la suite peintre à son tour.

 

Jack Hazan « A bigger splash », 1973. Sourcing image: capture d’écran, vidéothèque The Plumebook Café

Jack Hazan « A bigger splash », 1973. Sourcing image: capture d’écran, vidéothèque The Plumebook Café

 

Une pièce avec de grandes fenêtres dans laquelle une ou plusieurs personnes sont enfermées. Les fenêtres ne s’ouvrent pas à cause de la pollution de l’air extérieur et du bruit assourdissant des chantiers d’immeubles en construction, des sirènes de pompiers et du hurlement des policiers aux prises avec des malfrats.

Selon le côté de la fenêtre où l’on se trouve on voit se refléter dans les vitres le décor de la pièce ou celui du jardin.

 

Jack Hazan « A bigger splash », 1973. Sourcing image: capture d’écran, vidéothèque The Plumebook Café

Jack Hazan « A bigger splash », 1973. Sourcing image: capture d’écran, vidéothèque The Plumebook Café

 

Selon que l’on éclaire la pièce ou l’extérieur, on ignore ou l’on découvre un regard posé sur soi et l’on se hâte de plonger la pièce dans l’obscurité.

 

Chez Brotherus comme chez Hazan il fait nuit. Chez ce dernier, un  jeune homme nu est sorte de l’eau, il se colle contre la vitre de la fenêtre comme l’on se colle contre un autre corps que le sien. Et semble regarder sans voir ceux qui sont enfermés.

 

Ajouter les spectateurs, voyeurs, regardeurs que nous sommes.

 

Pour ce faire, remontant dans l’histoire de l’art moderne, j’ai choisi cette fois un tableau bien connu de Hopper exposé à Paris en même temps que la photo de Brotherus et non loin de la FIAC.

 

Edward Hopper « Cinéma à New-York », d »tail (1939). Sourcing image: carte de l’exposition au muse de l’Orangerie “Les peintres américains des années 1930”, automne 2016 (collection The Plumebook Café)

Edward Hopper « Cinéma à New-York », d »tail (1939). Sourcing image: carte de l’exposition au muse de l’Orangerie “Les peintres américains des années 1930”, automne 2016 (collection The Plumebook Café)

 

 

Un cinéma de New-York comme il en existait encore en France jusqu’à la fin des années 60. On disait cinéma d’art et d’essai. Il y avait comme ici des ouvreuses qui vendaient des esquimaux Gervais à l’entracte et des spectateurs qui les léchaient en silence dans l’obscurité.

 

Dans l’image de Brotherus par laquelle commence cet article, on aperçoit sur la droite la main de Brotherus soi-même qui éteint le lampadaire.

C’est elle qui a demandé aux deux jeunes gens de s’installer sur le canapé, les fesses de la fille sous le nez du gargon. Tout comme l’ouvreuse de Hopper a conduit les spectateurs jusqu’à leur siège. Comme Jack Hazan a lui aussi disposé avec le plus grand soin ses différents acteurs à des endroits très précis de ses images toutes plus léchées les unes que les autres.

 

C’est la présence des personnes dans un espace déterminé qui l’éveille, faisait remarquer Elina dans une interview. Oui mais pas n’importe quelles personnes et pas n’importe comment.

Rien dans ces images n’est le fruit du hasard.

Maison Carré

 

La Maison Carré qui accueillait Elina Brotherus en résidence a été construite près de Versailles pour Louis Carré (1897-1977) sur des plans de l’architecte finlandais Alvar Aalto que Carré avait préféré à Le Corbusier.

 

 

Retrouver Elina Brotherusz sur le blog

 

Mon corps m’a dit

 

Histoire sans paroles

 

Un jour mon prince

 

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