L’âge tendre

MONTAGNE. L’enfance de Julien s’était passée dans une petite ville de montagne. Au carrefour des vallées là où se rencontrent et fusionnent les rivières.

La vie y était agréable bien qu’il fallait en hiver y chercher le soleil en grimpant sur les pentes par des sentiers ou des chemins boueux quand ils n’étaient pas enneigés.

 

SAISONS. Les saisons ne se partageaient pas équitablement l’année.

L’hiver régnait en maître. Il durait de novembre à avril. Les trois autres saisons se chamaillaient pour se répartir les mois qui restaient.

La petite ville avait ses fêtes, ses défilés

Édouard Manet “Un gamin”, 1862. Lithographie 2829 x 22.8 cm. Sourcing image : « The impressionist line from Degas to Toulouse Lautrec / Drawings and prints from the Clarck”, 2013 (bibliothèque The Plumebook Café)

Édouard Manet “Un gamin”, 1862. Lithographie 2829 x 22.8 cm. Sourcing image : « The impressionist line from Degas to Toulouse Lautrec / Drawings and prints from the Clarck”, 2013 (bibliothèque The Plumebook Café)

 

HABITANTS. Tous les habitants de la petite ville et de ses environs se connaissaient, se disaient bonjour le matin en se croisant dans la rue et se souhaitaient une bonne nuit au moment de rentrer chez eux pour le dîner.

 

MÉMOIRE. Après leur naissance Julien et ses frères avaient été nourris au sein par leur mère mais aucun d’eux ne s’en souvient. Les souvenirs que Julien a conservés se rattachent pour l’essentiel à l’école maternelle, l’école primaire et les vacances qui scandaient l’année scolaire, bousculaient la monotonie du quotidien.

 

ÉCOLE. Julien se souvient des hirondelles perchés par dizaines sur les fils électriques à l’approche de l’hiver. Il levait la tête vers elles sachant qu’elles seraient parties vers des pays lointains quand il sortirait de l’école. Il se souvient avoir crié VIVE LES VACANCES / À BAS LES PÉNITENCES / LES CAHIERS AU FEU / LA MAÎTRESSE AU MILIEU ! et la marchande de journaux criant Vous n’avez pas honte ! quand ils passaient devant son magasin en courant.

 

VACANCES. Ils allaient l’été, en culottes courtes, les jambes zébrées de griffures, jouer dans la forêt, courir sur les chemins. Construisaient des barrages dans les rivières, traversaient les torrents impétueux en sautant de pierre en pierre…

 

PATRIE. La petite ville avait ses fêtes, ses défilés folkloriques, ses fanfares escortées par les enfants, ses retraites aux flambeaux, des bougies dans les lampions, les drapeaux tricolores aux fenêtres des maisons.

 

ARCHITECTURE. Les souvenirs de Julien n’ont pas embelli les lieux de son enfance, ce sont eux qui se sont enlaidis. Il les reconnaît mais ne comprend pas que les habitants aient pu s’accommoder avec les nouvelles constructions d’une rupture complète avec le passé comme s’ils avaient voulu tourner le dos à leur histoire. À quoi l’esprit des adultes si intelligents avait-t- été occupé durant tout le temps de son enfance ?

Une manière de vivre, de penser, de sentir

Édouard Manet “Un gamin”, 1872-1884. Photographie montée sur paper bleu. Sourcing image : « The impressionist line from Degas to Toulouse Lautrec / Drawings and prints from the Clarck”, 2013 (bibliothèque The Plumebook Café)

Édouard Manet “Un gamin”, 1872-1884. Photographie montée sur paper bleu. Sourcing image : « The impressionist line from Degas to Toulouse Lautrec / Drawings and prints from the Clarck”, 2013 (bibliothèque The Plumebook Café)

AMITIÉ. ’un des meilleurs camarades de Julien  avait une santé fragile à la suite d’une méningite. Il est devenu maire de la ville dont la populztion a triplé.

 

INSTITUTRICE. Julien avait aimé apprendre à lire et à écrire. Des années plus tard, sa maîtresse demandait encore de ses nouvelles à sa mère lorsque par hasard les deux femmes se rencontraient dans la rue.

 

PÉCHÉ.  CHJulien attendra d’être au collège avec des garçons venus d’ailleurs pour faire l’apprentissage de l’ennui, de la sexualité, du blasphème… Il ira confesser ses péchés. Le nez assailli par des relents de tabac froid.

 

ADULTES. Les adultes n’avaient pas leur place dans le monde de l’enfance.

L’avaient-ils connu… Ils prétendaient que Julien et ses camarades étaient plus bruyants qu’ils l’avaient été au même âge, plus turbulents, plus délurés.

Julien ne se souvenait pas d’avoir eu des comportements « puérils ». Ce qui n’était pas sérieux était-il puéril ?

 

GRÂCE.  L’enfance était espiègle. La tendresse, la grâce, l’enjouement l’accompagnaient.

 

BONHEUR. Julien ne croyait pas que le bonheur était attaché à l’enfance.

Contrairement aux idées reçues l’enfance n’est pas la chose la plus facile. C’est un état, une manière de vivre, de penser, de sentir qui n’appartient qu’à l’enfant. Ce n’est pas une question d’âge ou d’expérience. Ce sont des manières qui s’acquièrent au contact des uns et des autres, qui perdurent, se transmettent.

Une succession d’instants

Maurice Utrillo “Jeune garcon avec sa grand-mère”, 1894. Dessin 43 x 21 cm. Sourcing image : revue L’ŒIL, mars-avril 1986 (collection The Plumebook Café)

Maurice Utrillo “Jeune garcon avec sa grand-mère”, 1894. Dessin 43 x 21 cm. Sourcing image : revue L’ŒIL, mars-avril 1986 (collection The Plumebook Café)

INSTANTS. La vie est une succession d’instants d’une durée variable qu’il n’est pas aisé de relier entre eux par une logique de progrès ou de création.

 

CHÂTIMENT. Le père de Julien l’avait enfermé à plusieurs reprises dans la cave pour avoir désobéi. Sans doute excédé par le bruit que faisaient ses fils, il avait acheté un martinet, les menaçait de s’en servir. Julien avait découvert l’endroit où il le cachait et l’avait jeté par-dessus les meubles suspendus de la cuisine. Le martinet avait disparu derrière et l’on en avait plus entendu parler.

il arrivait fréquemment que Julien fasse rire son père.

 

PETIT JÉSUS.  À l’approche de Noël il était souvent question de l’enfant Jésus.

Jésus n’tait pas un vrai enfant. Au lieu d’aller à l’école ou de jouer dans la rue, il passait beaucoup de temps dans l’atelier de son père Joseph qui coupait du bois, sa mère la sainte Vierge le rammassait et lui  le montait au grenier. Il y avait beaucoup de marches, le bois était lourd, à la fin de la journée il était épuisé.

 

GRENIER. Il arrivait à Julien de monter au grenier. Il jouait avec son sexe qui grandissait lui aussi. Quand il redescendait il croyait que ce qu’il venait de faire était écrit sur son front. S’il rencontrait sa mère il baissait la tête.

 

ARGENT. Par comparaison avec le petit Jésus Julien et ses frères avaient de la chance. Leur père gagnait beaucoup plus d’argent que Joseph. Leur mère n’avait pas besoin de ramasser du bois.

De temps en temps ils aidaient leur père à emballer les commandes de ses clients, l’accompagnaient pour faire la promotion de ses produits. Ils lançaient des tracts par les fenêtres de la voiture quand ils traversaient un village.

 

LE MOT DE LA FIN. Julien n’était pas un enfant de chœur, ni un enfant de la patrie. Il avait un esprit libre.

Retrouver le sujet de l’enfance sur le blog

 

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