La voix de son maître

La France avant l’Occupation allemande de 1940-44 m’était toujours apparue comme une société archaïque. Elle était dirigée par des élites vieillissantes et réactionnaires qui, me semblait-il, avaient réussi à museler la jeunesse en faisant prévaloir les traditions sur la créativité et le changement. L’état d’asservissement dans lequel elle avait sombré après avoir été envahie l’avait contrainte à vivre en étant privée de tout, à la manière d’un peuple misérable, fataliste et arriéré.

STELLA « une maison qui suit ses maîtres », 1931. Sourcing image : L’ILLUSTRATION, n° daté 3 octobre 1931 (collection Vert et Plume

Les caravanes s’appelaient encore des roulottes.

En découvrant une publicité datant de 1931 qui vantait les plaisirs du camping et de la vie dans la nature, je compris que ma vision des choses était parcellaire, qu’il existait dans cette société d’apparence archaïque des personnes qui appartenaient à des classes sociales aisées et qui vivaient selon un style moderne, comparable au nôtre, en termes de loisirs et de recherche du bien-être.

Mais ce style de vie, cet idéal n’étaient partagés que par une minorité de sorte qu’ils n’emportaient pas l’adhésion du pays où des couches entières de population en voulaient au contraire a ceux qui avaient réussi à s’en sortir et à évoluer, au point de se réjouir de leur perte, de considérer la défaite comme un jugement et la répression comme un châtiment mérité.

Il y avait de quoi bouillir de rage mais cela ne servait à rien. Notre pays actuel a encore beaucoup de points communs avec ce monde ancien. Pour des raisons très différentes la société est partagée en de multiples camps qui se méprisent ou s’ignorent, chacun souhaitant la perte de l’autre qu’il accuse d’être responsable de ses maux. Faut-il conclure, en parodiant la publicité, que la médiocrité suit ses maîtres ?

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