La Ville-Soleil

Et si Paris était au fond la seule ville en France ? Disant cela, il avait conscience d’en choquer plus d’un. Pourtant il n’est pas né à Paris. Mais dès qu’il fut en âge de voyager seul, il prit le premier train direction Gare de Lyon. Logeait rue Bonaparte chez un cousin germain. Adulte, il s’y installa pour travailler. Il n’y vit plus en permanence mais s’y rend régulièrement. Habite maintenant dans le 1er arrondissement. Curieux mélange de touristes venus de tous les coins du monde et d’authentiques Parisiens. Difficile, dit-il en souriant, de ne pas s’y sentir à l’aise.

« The Life in the City »

Malachi Farrell « Strange fruits / Drôles de fruits », work in progress / œuvre vivante (2009-2011). Grappes de baskets usagées suspendues par les lacets aux branches d’un arbre avec sonorisation, musique et paroles. Sourcing image : FIAC Off 2011 – Paris, Jardin des Plantes (photo Vert et Plume, oct.2011)

Oiseaux mutants.

Contrairement à la campagne qui évoque la nature, un décor précédant l’entrée de l’homme sur scène, la ville est un endroit créé par lui.

Les Anglais disent : « The City / The Life in the City ».
Il aime ce mot Cité qui va avec Citoyen. On ne dit plus « la Cité » en français sauf pour l’île sur la Seine qui porte son nom, où habitent des gens très fortunés auxquels mieux vaut ne pas penser, et abrite la Préfecture de Police dont la mémoire est si sombre que Guillaume voudrait être amnésique pour en longer frémir les hauts murs gris et les files de cars de CRS en stationnement.

La Seine et l’île de Cité, Paris (vue depuis le Pont des Arts (Photo Vert et Plume, oct.2010)

Cité

« La Cité » est aussi le mot qu’emploient ceux qui vivent en banlieue pour désigner les barres ou les gratte-ciel de H.L.M. construits depuis les années 60 pour tenter de résoudre ce qu’on appelle « la crise du logement ». Le mot « crise » est utilisé par les Français pour désigner un problème qu’ils n’ont pas résolu quand il est parvenu à son paroxysme. C’est le moment qu’ils choisissent pour s’y intéresser et proposer autant de solutions différentes qu’il y a de Français.

Ainsi a-t-on construit des H.L.M. un peu partout dans ce qui ressemblait alors à la campagne. Rattrapée puis par la ville.

On s’y ennuie comme à la campagne mais on est en ville.

Comme à la campagne il n’y a pas de travail, il faut aller en ville en chercher.

La nuit, toujours comme à la campagne, il faut se calfeutrer chez soi.

Vincent Mauger « Le théorème des dictateurs », 2009. Bois et acier, 5 m de diamètre. Sourcing image : FIAC Off 2011 – Paris, Jardin des Plantes (photo Vert et Plume, oct.2011)

Le Roi-Soleil

La ville n’est pas un arbre ni une fleur, c’est quelque chose qui naît et se développe au fur et à mesure que les hommes se rassemblent pour vivre dans un même lieu : ’île de la Cité justement, et les rives voisines de la Seine, pour la ville de Paris.

Un monde d’idées

rdin des Plantes « Serre de l’Histoire des Plantes », 2011 (Photo Vert et Plume, oct.2011)

La Boîte à idées.

Il y a quelque temps il lisait un livre sur Eugène Atget dont le préfacier (s’appelle Peter Ackroyd, on dira Peter) écrit que « les plus belles œuvres d’art et de littérature ont éclos dans les villes. »

Cette idée lui convient. Pas étonnant, pense-t-il, qu’il ne se passe rien à la campagne.

Aux photographies d’Atget prises à Paris fin 19è-début 20è succédent dans le livre des  photos de Londres au commencement de ce siècle. Peter parle d’un théâtre dont tous les habitants seraient les acteurs. Disait que les villes sont source d’innovation et de changement.

Par opposition à la campagne où le paysage est immobile, la ville avec ses transformations incessantes est synonyme de mouvement et de liberté.

Le dernier geste de politesse

Werner Reiterer « Average - Full Satisfaction / Marqueur de niveau de satisfaction » 2011. Aluminium blanc

Satisfait ou remboursé (slogan).

Peter évoque aussi des différences de regard, entre ceux qui voient et ceux qui ne voient rien. Une observation qu’il confirme : plusieurs fois frappé de constater en voyageant en groupe que des personnes dotées d’un degré d’acuité visuelle élevé étaient en réalité aveugles. On aurait dit que leur cerveau ne photographiait rien. Elles avaient fait des milliers de km en avion pour se distraire. Auraient aussi bien fait d’aller à Paris-Plage.

Peter toujours. Il parle du « dernier geste de politesse » en apercevant, dans une rue de Londres – il faut sire qu’il est anglais, il écrit aussi dans la langue de Shakespeare – un gobelet en plastique fiché sur le pique d’une grille plutôt que jeté par terre parce qu’il n’y a pas de poubelle en vue. La photo du gobelet fiché est publiée dans le livre. Pour la voir il suffit de fermer les yeux.

Besoin d’être rassuré

Robert Doisneau « Charles Jacob, professeur à la Sorbonne », 1943. Sourcing image : « La science de Doisneau », éditions Hoëbeke, 1990 ‘bibliothèque Vert et Plume, mai 90)

« Vous habitez à quel étage ? »

Atget avait classé ses 10000 photographies – 40 années de travail – en catégories.

« Intérieurs parisiens » était le titre d’une exposition au musée Carnavalet. Il y a longtemps. C’est le nom d’une catégorie d’Atget, comprenant six albums acquis par la Bibliothèque Nationale entre 1911 et 1915.

D’autres catégories dont il aime lire les titres : Enseignes et vieux magasins, Véhicules, Métiers, Vitrines et étals, Fortifications au sud de la capitale et les « zonars », comme on appelait à l’époque ceux qui vivaient dans ce secteur de la ville.

Un travail de fourmi

Robert Doisneau « Le professeur André Guillaume herborisant à la loupe », 1943. Sourcing image : « La science de Doisneau », éditions Hoëbeke, 1990 ‘bibliothèque Vert et Plume, mai 90)

« Je vous ai apporté des bonbons. » – « C’est gentil, merci. »

Étudiant, il se shootait la nuit à la colle, au trichlo et au tabac en faisant des collages. Il s’était organisé en classant ses découpages dans de grandes pochettes étiquetées : Femmes nues, Femmes vêtues, Vêtements, Objets, Voitures & Avions, Décors, Fonds couleurs, Fonds noir et blanc, Hommes nus, Hommes vêtus, Enfants, Animaux, Fleurs, Arbres, Sports, Lettres et Phrases (des slogans publicitaires en général).

Les mots et les choses

Olivier Millagou « Lava Tree », 2011. Béton rocaille, dimensions variables. Sourcing image : FIAC Off 2011 – Paris, Jardin des Plantes (photo Vert et Plume, oct.2011)

Le jardin du sorcier.

Il y a quelques années, il a découvert les catégories de Fernand Greber, missionnaire suisse installé au Gabon entre 1913 et 1932, illustrateur et peintre. Lire sur le blog : Dans la chaleur d’un mois d’été

Dans la partie ethnographie, il distinguait : Alimentation et Chasse, Métallurgie, Objets de Ménage, Art décoratif, Sculpture, comprenant : Dessins, Sculptures, Statuettes, Canes, Pipes, Parures, Épingles à cheveux en bois ou en ivoire. Puis Musique avec Xylophone, Idiophones par percussion, secouement ou pincement, les Membranophones, les Tambours à peaux sur pied, les Cordophones, Harpes-cithares et les Aérophones, les Trompes. Puis la Danse, la Religion, la Locomotion et finalement l’Habitation.

Toutes ces catégories sont résument la vie d’une époque, d’un lieu et de la personne qui les a créées.

Les tiroirs de la mémoire

Robert Doisneau « L’Armoire aux Crânes », musée de l’Homme (1943). Sourcing image : « La science de Doisneau », éditions Hoëbeke, 1990 ‘bibliothèque Vert et Plume, mai 90)

La grosse tête.

Souvenir d’une peinture de Dali dans un beau livre sur cet artiste : « Le Cabinet anthropomorphique » dont les tiroirs entrouverts symbolisaient l’inconscient.

Il reconnaissait l’empreinte de Freud dont les écrits avaient révolutionné notre « vision chrétienne » du monde. Particulièrement la sienne quand il était sorti du collège de T. avant d’entrer au lycée.

En lisant « La vie possible » de Christian Boltanski », il imagine de ranger ses souvenirs d’enfance et d’adolescence dans un meuble à tiroirs qu’il aurait fait fabriquer spécialement. Dans un autre, il mettrait des étagères et des vitrines pour contenir les objets volumineux.

Maarten Baas « Cabinet », 2010. Mitterand+Cramer Design, Genève (2010). Photo Vert et Plume, mai 2010

Le Cabinet de Curiosités

Certains  de ses collages étaient des mises en scène d’objets de son enfance, des voitures Dinky Toys, des personnages miniature en plastique peint à la main. Il aurait voulu construire des maquettes comme celles des décors de théâtre, qui auraient été des scènes de ses propres jeux d’enfant avec les dépouilles des jouets qu’il avait retrouvés.

Les étagères et les tiroirs l’ont toujours attiré.

Son grand-père maternel y rangeait ses affaires personnelles dans des tiroirs qu’il visitait en cachette comme de minuscules cavernes d’Ali Baba. Un oncle de sa mère possédait un petit meuble d’une vingtaine de petits tiroirs où il rangeait ses pipes. Quand il lui rendait visite il passait son temps à les ouvrir et les refermer.

Les plus beaux tiroirs ont des étiquettes à l’extérieur sur lesquelles figure l’indication écrite à la plume de leur contenu.

Tiroirs métalliques d’une bibliothèque municipale qui contenaient les fiches descriptives des livres anciens qu’il venait consulter.

Autrefois, quand il bricolait encore, il avait un petit meuble à tiroirs, avec des étiquettes collées à la main, pour ranger les punaises, les clous, la ficelle, les bouchons et quantités d’autres objets minuscules chacun récupérait dans la maison sans savoir d’où ils provenaient. N’osant pas les jeter, on les rangeait là.

La fabrique des souvenirs

Jardin des Plantes « Au soleil couchant ». Photo Vert et Plume, mai 2011

Parfum de femme.

Ses enfants s’asseyent à leur tour à son bureau et ouvrent aussitôt le grand tiroir central. Il a acheté à dessein un bureau ancien avec des tiroirs.

Il inventorie les souvenirs dont il a conservé des traces matérielles : Crayons à papier, Lunettes en métal, Papiers anciens à en-tête professionnelle, Documents généalogiques, Gravures et illustrations, Albums de photos, Boîtes de photographies anciennes en vrac, Cartes postales en N&B, Cartes postales en couleurs, Collection de buvards, Livres sur le Jura, la Savoie, les Alpes, la Drôme, la Provence et la Côte d’Azur, Livres d’aventures, Récits de voyage et d’exploration, Livres sur le village de T. et la jeunesse de J.J. Rousseau, Soldats de plomb, Petites voitures en métal, Avions, Herbier, Pierres, Bois, Dictionnnaires de latin et de grec, Films en N&B, Disques de jazz, Carnets de vocabulaire anglais, Collages, Boîtes de diapositives, Souvenirs de voyages, Guides et Cartes, Carnets de voyage, Livres sur l’Afrique, Photographies des explorateurs, Statuettes, Lettres, Dessins d’enfants qu’il met à l’abri, Paroles d’enfants qu’il note ou enregistre.

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