La vie à deux

Il existait en France au 19e siècle un siège, appelé « le confident » (voir image en fin d’article) qui était en forme de « S », constitué de deux fauteuils accolés en sens opposés. Il permettait aux deux personnes qui l’occupaient intentionnellement ensemble de se livrer à une conversation confidentielle. Leurs visages étaient si rapprochés qu’ils pouvaient s’entretenir à voix basse. Comme ils regardaient chacun dans une direction opposée, ils avaient la faculté de s’interrompre dès qu’ils apercevaient un indiscret d’où qu’il vienne. Enfin, cette façon d’être assis l’un à côté de l’autre sans en avoir l’air n’attirait pas l’attention de ceux qui discutaient dans la même pièce qu’eux.
L’architecte et designer catalan Antoni Gaudí connaissait vraisemblablement ce meuble quand il a dessiné son célèbre fauteuil double en chêne, ainsi qu’un autre de la même époque, appelé « le petit canapé » qu’il renouvela à sa manière en créant un banc à trois dossiers distincts au lieu de deux (image du petit canapé en fin d’article).

Magie du fauteuil de Gaudí

Antoni Gaudí « Fauteuil double », chêne (imaginée pour la salle à manger de la Casa Battló construite entre 1904 et 1910). Sourcing image : « Gaudí » par Salvador Tarrago, éditions escudo de oro à Barcelone (sept.1974). Bibliothèque Vert et Plume


À vrai dire, lorsque je suis retourné à Barcelone, je savais que je ne pourrais pas échapper à une nouvelle visite des bâtiments édifiés sur les plans de Gaudí, si nombreux dans cette ville. Je songeais à l’architecte pas au designer. Pourtant ce furent ses meubles, ses vitraux et ses dessins d’ouvrages en fer forgé qui captivèrent le plus mon attention.
C’est ainsi que je suis resté en arrêt devant son fauteuil double, ne parvenant pas à en détacher mon regard, tant il m’était apparu comme le paradigme de la vie du couple, mieux encore, de la vie à deux.
Antoni Gaudí avait environ 54 ans quand il imagina ce fauteuil, associant deux sièges, l’un masculin et l’autre féminin, orientés de telle façon que la robe de la femme (les robes, destinées aux femmes de la haute bourgeoisie de cette époque, étaient très serrées à la taille mais très amples autour des jambes) ne gêne pas les mouvements de la personne assise à côté d’elle.
En contemplant ce fauteuil, je vis un homme et une femme assis, qui se connaissaient depuis longtemps au point d’être devenus inséparables, unis par une complémentarité de caractères et d’opinions sur la plupart des sujets, si forte qu’ils n’éprouvaient pas le besoin de se regarder sans cesse pour s’assurer de leur complicité. Souvent l’esprit de l’un vagabondait sur des chemins buissonniers sans que l’autre ne s’en offusque, car ils étaient aussi respectueux de leur liberté réciproque et jaloux de leur indépendance d’esprit.
Le fauteuil de Gaudí symbolisait le mariage paradoxal de l’interdépendance et la liberté individuelle, de la contrainte et de la créativité.

Flash infos artiste et meubles

Antoni Gaudi. 1852-1926. Architecte et designer catalan, amoureux de la nature et « fou de Dieu ». Si ses réalisations attirent à Barcelone des visiteurs venus du monde entier, il en existe aussi à Leon, à Astorga et Comillas.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Antoni_Gaud%C3%AD
Le fauteuil double de Gaudi.
http://www.gaudidesigner.com/fr/casa-batllo-fauteuil-double_135.html

Mobilier français du 19e.

n haut, « le confident », en bas « le petit canapé ». Sourcing images : « Le mobilier français », éditions Larousse, 1985 (bibliothèque Vert et Plume)


En haut, « le confident », en bas « le petit canapé ». Sourcing images : « Le mobilier français », éditions Larousse, 1985 (bibliothèque Vert et Plume)

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