La route du nord Togo

Un soir, à la fin du repas, monsieur Agamah annonça que nous irions le lendemain jusqu’à Atakpamé. La distance que nous devions parcourir  nous mènerait aux terres désertes de la plaine centrale, soit un petit tiers du pays. L’idée de quitter la région côtière dans laquelle je me sentais confiné me plut tout de suite.
Un garçon apporta une carte touristique du Togo.
Le dessin des routes était agrémenté de photos dont l’une montrait une jeune fille presque nue avec des petits seins comme des pommes de montagne. Son torse et ses hanches étaient ornés de colliers de perles de couleur. Autour de ses reins, une ceinture retenait un cache-sexe découpé dans la fourrure d’un petit animal.. La jeune fille souriait au photographe sans oser lever les paupières. Par coquetterie peut-être, et vraisemblablement consciente qu’il y avait derrière l’objectif fixé sur elle l’œil concupiscent d’un homme, blanc de surcroît.

Nous quittâmes Lomé à l’aube

Monsieur Agamah avait recruté un chauffeur qui connaissait bien la route du nord.
Quand nous fûmes sortis des faubourgs de la ville, toutes les images que je réussissais à attraper à travers les vitres fumées de la voiture étaient celles d’un monde rural, d’une vie au grand air, de villages traversés par la route principale où les enfants s’amusaient avec des jouets qu’ils avaient bricolés eux-mêmes. Comment ne pas être frappé par tous les traits que ces gens de la campagne avaient en commun avec la France des années 50 à 60 ! J’eu envie d’en savoir davantage sur les origines et la famille de monsieur Agamah.

 

Roy Bret Koch « Le village de Namounjoga », 1949. Sourcing image : dessin publié dans la revue Plaisir de France » pour illustrer un article de Christine Garnier « Togo », novembre 1949 (bibliothèque The Plumebook Café)

Roy Bret Koch « Le village de Namounjoga », 1949. Sourcing image : dessin publié dans la revue Plaisir de France » pour illustrer un article de Christine Garnier « Togo », novembre 1949 (bibliothèque The Plumebook Café)

Ces cases rondes coiffées d’un toit de chaume, entourées de kapokiers géants, étaient un spectacle que le voyageur, en quête de beauté naturelle, n’oublierait jamais.

 


Agamah signifiait Caméléon. Le nom venait de son grand-père qui était un guerrier.
– Si le guerrier-caméléon est en face de toi, tu ne le vois pas mais lui te voit. Tu crois que c’est un autre et tu vas le chercher là où il n’est pas. C’est le moment qu’il attend pour te tuer. Le guerrier-caméléon défend son village avec une extrême vaillance. Après sa mort, les armes et tous les objets familiers du guerrier-caméléon sont rassemblés dans une pièce spéciale de la maison. Si un membre de la famille a des problèmes, il va dans la chambre du défunt pour invoquer son aide.
Une fois par an, on lui sert à manger pendant deux heures. Cela se fait quand deux membres au moins de la famille ont rêvé que l’esprit réclamait de la nourriture. Le reste du temps, il n’a que de l’eau dans une écuelle.

 

Roy Bret Koch « Guerrier Konkomba », 1949. Sourcing image : dessin publié dans la revue Plaisir de France » pour illustrer un article de Christine Garnier « Togo », novembre 1949 (bibliothèque The Plumebook Café)

Roy Bret Koch « Guerrier Konkomba », 1949. Sourcing image : dessin publié dans la revue Plaisir de France » pour illustrer un article de Christine Garnier « Togo », novembre 1949 (bibliothèque The Plumebook Café)

Il portait un casque orné de cornes d’antilope et de longs chapelets de coquillages bleutés.

Les guerriers défunts, comme le grand-père de monsieur Agamah, avait un siège parmi les esprits. Seuls les guerriers et les marchands avaient ce privilège.
– Le marchand est celui qui achète les hommes, dit monsieur Agamah.
– Votre père était-il lui-aussi un guerrier? demandai-je.
– Non, c’était un cultivateur. Il s’appelait Hihewodo, ce qui signifie le monde a beaucoup travaillé. Il vendait aussi des pagnes tissés qu’il fabriquait lui-même. Il habitait au nord. C’était un Aoussa.

Monsieur Agamah avait deux prénoms juxtaposés Lolo Kodjo. Le premier, donné par les missionnaires, était un diminutif de Léonard. Le second, le prénom authentique, signifiait Lundi. Le jour de sa naissance.

 

Extrait d’un récit de voyages en Afrique de l’ouest, écrit entre la fin des années 80 et le début des années 90 sous le titre de PREMIÈRES IMAGES

2 commentaires

  1. Maurice

    J’aime bien cet extrait.
    La suite est pour bientôt peut-être ?

  2. Plumebook Café

    une suite, oui sans doute, avec un commencement et une fin. Le Togo était au milieu du texte initial qui débutait dans l’avion d’Air France reliant Paris-Charles de Gaulle à Douala. La publication en 3 épisodes du texte Togo était u ballon d’essai.

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