La nature et l’œil qui la regarde

DÉFINITION DU MOT PAYSAGE. Une partie d’un pays que la nature offre à l’œil qui la regarde.(Le Robert, 1972)

Qu’est-ce qu’un pays sans mémoire partagée ?

Félix Vallotton "Les Alpes", 1900. Huile sur toile. Sourcing image : catalogue de l'exposition "Au fil des collections", Fondation de l'Hermitage (Lausanne,1er semestre 2012). Bibliothèque Vert et Plume, 03/12

LAUSANNE, FONDATION DE L’HERMITAGE

– Nous avons vraiment de la chance d’habiter Annecy, tu ne trouves pas ?

– Pourquoi dis-tu cela alors que nous sommes en Suisse ?

– C’est la vue que l’on a sur le lac et au-delà sur les montagnes  qui me fait penser à Annecy.

– Est-ce que tu réalises que ce que tu vois là n’existe plus ?

– Que veux-tu dire ?

– Tous ces champs autrefois cultivés sont devenus des villes. La terre a été creusée, puis aplanie, construite. Ce qui restait a été goudronnée.

– C’est pareil à Annecy. Il nous reste le lac et les montagnes.

– C’est vrai, à Paris ils ne leur reste que le ciel.

– Tu exagères, ils ont la Seine, l’été il y a Paris-plage.

– Autrefois les Parisiens se baignaient dans le fleuve. Ce n’est plus possible.

– C’était les pauvres qui se baignaient. Ils n’avaient même pas de maillot.

Il faut l’encadrer, le maire sera content

Félix Vallotton "Les Alpes", 1900. Huile sur toile encadrée. Sourcing image : catalogue de l'exposition "Au fil des collections",Fondation de l'Hermitage (Lausanne, 1er semestre 2012). Bibliothèque Vert et Plume, 03/12

ANNECY VILLE

– Allons nous asseoir au bord de l’eau.

– Enfile ta veste, il ne fait pas chaud..

– Comme il est beau lac de France !

– C’est le plus beau.

– Pour une fois tu as raison. Celui d’Aix est romantique mais un peu triste.

– Il y a aussi cette voie ferrée qui gâche tout.

– Sauf lorsque l’on est assis dans le train !

– Ah ! Ah ! Ah :

– Une chose cependant me préoccupe.

– Dis-moi.

– J’ai peur qu’en nous enfermant dans une logique de conservation du paysage, nous finissions par refuser le changement.

– Tu voudrais quitter Annecy ?

– Non bien-sûr ! Mais il ne faudrait pas prendre l’habitude qu’il ne se passe rien.

C’est fantastique !

Fernand Léger « Builders with rope », 1950. Huile sur toile, 161.2 x 114 cm. Sourcing image : carte du Guggenheim museum, New-York (collection Vert et Plume, 08/1993)

– Tu vas être content.

– Pourquoi ?

– J’ai lu dans le bulletin municipal qu’on allait construire un Centre de congrès qui aura les pieds dans l’eau.

– C’est fantastique ! Il se passe enfin quelque chose !

– Nous irons le visiter quand il sera achevé.

– Oh oui !

– Le projet a beaucoup de détracteurs mais la mairie a répondu qu’il valait mieux bâtir l’avenir que le subir. Ou quelque chose comme ça.

– Nous n’allons pas mettre en doute leur bonne foi.

– On ne peut plus réserver la vue sur le lac aux Savoyards. Le temps du partage est venu.

– C’est juste.

– Des milliers de Chinois viendront en séminaire à Annecy.

– Le commerce va se développer.

– Cela créera des centaines d’emplois !

– Pas plus tard qu’hier j’ai aperçu en me promenant une jeune Chinoise qui photographiait un cygne !

– Ce sont de grands enfants.

– Tu te souviens, on disait la même chose des Américains.

Quelle bonne idée ce Centre !

Ce soir nous mangeons savoyard – Bravo !

Jérôme Brézillon “Stand Art Life”, 2004. Sourcing image: “Stand Art Life”, editions Trans Photographic Press (déc.2004). Bibliothèque Vert et Plume, sept.2005

– Je vais faire les courses. Ce soir nous mangeons savoyard.

– Bravo !

– Des pommes de terre, du fromage, de la charcuterie et du vin blanc.

– Achète aussi de l’eau des montagnes.

– Si l’on buvait l’eau du lac…

– Je trouve qu’elle a un goût d’eau de Javel.

– Il ne faut pas dire ça.

– Autrefois on prétendait qu’elle pouvait servir au biberon de bébé.

– Maintenant il y a les puces.

– Pour le dessert un reblochon ?

– Et un vacherin glacé.

– Surgelé ?

– Un vacherin Picard, ils sont très bien.

Flash infos artistes

Jérôme Brézillon. 1964-2012. Photographe français. Passsé de la publicité au reportage. Trois livres publiés, l’un sur Sarajevo, l’autre (auquel la photo ci-dessus est empruntée) rassemble des images représentatives de l’univers périphérique des villes modernes. Clichés faits l’hiver aux États-Unis. Le troisième sur Paris.

Fernand Léger. 1881-1955. Peintre français, installé à New-York de 1940 à 1946, la ville qui lui inspira la composition reproduite ici. Lire la fiche du Centre Pompidou : http://mediation.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-leger/ENS-leger.html

Félix Vallotton. 1865-1925. Peintre lausannois (Suisse romande). Nombreux tableaux sur le blog. Cliquer sur RECHERCHER en page d’accueil.

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