La liste des invités

Comment Jane Porter, la fiancée de Tarzan, aurait-elle pu résister aux charmes d’un homme aussi viril que l’avait décrit son créateur : « Il n’avait pas de couteau mais la nature l’avait doté des moyens d’extraire sa nourriture des flancs palpitants de sa proie. Ses dents s’enfoncèrent dans cette chair succulente, tandis qu’en bas le lion furieux regardait un autre que lui se régaler du dîner qu’il s’était réservé.»
Edgar Rice Burroughs « The return of Tarzan / Le retour de Tarzan », 1915 – nouvelle traduction française, NéO éditions, 1986 (bibliothèque Vert et Plume).

Tarzan : « Les femmes ne doivent pas craindre les hommes »

W.S. Van Dyke « Tarzan the ape man / Tarzan l’homme-singe », film long métrage (1932). Johnny Weissmuller joue le rôle de Tarzan. Sourcing image: “Histoire du poil”, editions Belin (2011)

« Je ne saurais me faire à l’idée que je regarde cette jungle pour la dernière fois, dit Tarzan à Jane, si je ne savais que je rentre avec toi dans un monde nouveau, celui du bonheur ».
(Source citée au début de l’article, page 227)



C’était à Brazzaville. Dans la chambre de l’hôtel ou bien au bord de la piscine. Après avoir refermé le livre de Burroughs, l’idée m’était venue de ranger par catégories les invités au mariage de lord Greystoke, alias Tarzan, avec Jane, la fille du professeur Porter. Cet universitaire était venu d’Amérique pour étudier l’Afrique. Un Blanc comme moi, animé d’intentions pacifiques. Je trouvais que les personnages de Burroughs reflétaient assez bien la composition d’une certaine société coloniale au début du XXè siècle.

Parmi les invités au mariage de Tarzan et Jane, il y a d’abord les Français représentés par leur marine, la seconde marine mondiale, voire la première à cette époque, développée dans le but de sécuriser les liaisons maritimes à l’intérieur de l’empire colonial et ’intervenir rapidement en cas de nécessité : le capitaine Dufranne, le lieutenant D’Arnot, et les marins français.

Ensuite, les Anglais et leurs lords, symboles de cette noblesse qui n’existe pas aux Etats-Unis mais que les Américains vont réussir à capter en leur offrant leurs filles en mariage : lord Greystoke épouse Jane Porter, et lord Tennington miss Hazel Strong.

Les Américains sont naturellement les plus nombreux, ils sont les compatriotes de l’auteur : le professeur Archimedes Q. Porter père de Jane, qui avait été ordonné pasteur dans sa jeunesse ( !!), un homme prédestiné aux sciences puisqu’il porte le prénom d’Archimède le célèbre savant de l’antiquité installé dans la colonie grecque de Syracuse en Sicile, Jane Porter sa fille, puis la fameuse miss Strong, sans oublier Esméralda la vieille bonne de Jane, pour finir avec Samuel T. Philander homme de lettres. Ces Américains ont tout pour eux, ils arrivent en conquérants.

Les Africains ne sont pas oubliés : une vingtaine de guerriers Waziris. Il s’agit d’un peuple noir fictif. Burroughs nous raconte « qu’à leurs chevilles tintaient des grelots fabriqués avec des écorces de fruits sèchés percés de petits trous ». La qualité essentielle des Waziris, comme des Noirs en général dans les films des Blancs, est de savoir si bien danser que ces derniers n’ont d’autre choix que de s’asseoir par terre pour les admirer (le Blanc moderne continue de le faire et tape dans ses mains pour marquer le tempo, ce dont les personnages de Burroughs qui étaient plus « éduqués » s’abstenaient de faire).

De la Nature à la Civilisation – Aller simple seulement / No return ticket

Anton Kannemeyer (alias Joe Dog) « W pour “White” / = “Blanc », dessin (vers 1974-1975). Sourcing image : Bitter-Komix, dessins humoristiques doux-amers publiés en Afrique du sud au temps de l’apartheid (archives Vert et Plume)

Tarzan, joué par Weissmuller qui est imberbe (jamais vu des champions de natation poilus)  incarnait , selon les sociologues contemporains, la maîtrise du comportement, les bienfaits de la civilisation apportée par la colonisation européenne (une peau lisse versus une Nature velue).

La blancheur de sa peau  faisait paraître Tarzan plus nu que les guerriers Waziris dont la peau sombre tenait lieu de vêtement. Une nudité insolite quand celle des guerriers semblait si naturelle qu’on la remarquait à peine. Cette différence accentuée encore par la musculature parfaite du personnage, n’avait pas échappé à Jane.

Tarzan « « prit la jeune fille qu’il aimait dans ses bras puissants et l’embrassa, non pas une fois, mais cent, à lui faire perdre haleine » (page 218).

Notre héros était encore un jeune animal éclatant de santé. Quelques heures seulement après son retour, ne s’était-il pas « défait de ce qui lui restait de vêtements et avait poursuivi sans encombres sa nage vers l’est ».

Un Tarzan pas si conventionnel que l’on e dit aujourd’hui. Un jeune homme qui ne devait, selon Burroughs, pas grand-chose à la civilisation. « Il commença par arraché au cadavre sa cartouchière et certains ornements qu’il désirait. »

Il avait plus envie de ressembler aux Waziris qu’aux Européens. Quelques années plus tôtl avait revêtu sans façons la grande culotte panthère qu’il avait retirée au chasseur, qui avait tué sa mère adoptive, après l’avoir capturé et étranglé..

C’est Jane Porter, la jeune Américaine, qui a fait succomber Tarzan aux charmes de la civilisation occidentale qu’elle incarnait dans l’esprit du jeune homme qui n’avait encore jamais connu de femme : « Et en se penchant, Tarzan, seigneur des singes, baisa son épouse sur les lèvres. »

THE END  /  FIN

Flash infos écrivain & son acteur fétiche

Edgar Rice Burroughs. 1875-1950. Ecrivain américain originaire de Chicago. Egalement auteur de séries de science-fiction et de romans policiers.

Johnny Weissmuller. 1904-1984. Nageur olympique américain (5 médailles d’or) originaire d’une ville autrefois hongroise, aujourd’hui roumaine.

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