La guerre, le courage et la peur

Mise à jour : 12 oct. 2013

Le désert, loin des mythes du siècle précédent

Damien Glez, hiver 2012-2013. Dessin publié sur le site de Radio Nederland. Sourcing image : "Le Monde - Je te fais un dessin", daté samedi 19 janv. 2013 (archives Vert et Plume)

À la journaliste qui l’interrogeait (émission « Les pieds sur terre / Paroles touarègues » sur France Culture le 30 01 13), et s’étonnait qu’il ne soit pas resté dans le nord du Mali pour défendre le droit de son peuple à l’existence et lutter contre les exactions des soldats venus de Bamako qu’il dénonçait, un jeune Touareg réfugié en France lui répondit dans sa langue en riant qu’il n’aurait jamais eu le courage de se battre avec des armes à la main. Il y avait d’autres moyens, comme la parole, pour expliquer  ce qui se passait, et appeler les Européens à réagir.

J’appréciai d’autant plus cette sincérité qu’elle me semblait frappée au coin du bon sens. Comment ne pas être frappé en effet par l’horreur et l’aveuglement de la guerre, et la craindre de tout son cœur ? Ce jeune homme parlait de ce qu’il connaissait pour y avoir été confronté depuis l’enfance. Avant l’exil et la découverte d’une Europe où règne la paix.

Le souvenir des Grecs

Scène de la course d’hoplites (Grèce ancienne, date inconnue). Nouveau musée de l’Acropole, Athènes. Sourcing image : « Le nouveau musée de l’Acropole, éditions Méta|Chimio (2010). Bibliothèque Vert et Plume, juin 2012

Je me suis alors rappelé un livre écrit par Victor Davis Hanson sur le modèle occidental de la guerre (1989) dans lequel il racontait la trouille qui nouait les tripes des hoplites grecs au moment de marcher contre l’ennemi.

L’hoplite était équipé d’une cuirasse de bronze, d’un bouclier, d’un casque, de jambières et d’une longue lance d’estoc. Serré contre ses compagnons à l’intérieur d’une phalange. Plusieurs rangées d’hommes au coude à coude, protégés par les boucliers étroitement joints. La phalange devait avoir l’air « toute en bronze, toute en pourpre » (Xénopnon).

*les hoplites avançaient d’un même pas rythmé par la musique d’un joueur de flûte. Ils s’étaient entraînés sur les terrains du gymnase avant de se retrouver sur le champ de bataille. Dans son livre, Hanson racontait comment certains d’entre eux ne parvenaient plus à maîtriser leur vessie ni leurs intestins avant même que la phalange ne se mette en marche.

Chaque homme se retirait dans sa propre peur comme dans une coquille. Dans la guerre grecque, le combat était frontal, sans actions préliminaires de moindre ampleur.

Parvenus à une distance de 100 à 200 mètres l’une de l’autre (il ne fallait pas s’élancer trop tôt), les deux armées se mettaient à courir pour atteindre une vitesse maximum au moment de s’empaler l’une contre l’autre en espérant percer une brèche. Les hoplites des rangs suivants devaient escalader les corps entassés des premiers pour poursuivre le combat contre leurs adversaires

C’était un choc terrible. Parce qu’à l’époque classique, les Grecs voyaient dans la bataille rangée un moyen de limiter la guerre, non en exercice de jeunesse où l’on fait montre de sa bravoure (certains parleront à ce sujet de virilité), mais en prenantrapidement le dessus sur l’ennemi. Il fallait en finir aussi vite que possible.

L’héritage et le devoir de transmission

Occupation d’Athènes par les Français, été 1917. Un poste a été établi sous les colonnes du Parthénon. Sourcing image : « Le Miroir » daté dimanche 5 août 1917 (collection Vert et Plume)

Les Français, après leur débarquement à Athènes en 1917, occupent l’Acropole et campent dans les ruines du Parthénon. Les officiers tentent d’expliquer à leurs soldats que le temple était dédié à Athéna, déesse de la guerre et protectrice de la cité.


Au Mali depuis 2012, mais déjà avant cette date, la guerre est une occupation traditionnelle pour des groupes dotés d’une économie souterraine, n’ayant pas reçu d’éducation et ne reconnaissant pas l’autorité du pouvoir central hérité en grande partie de la colonisation. La guerre est un moyen de gagner assez d’argent pour faire vivre leur famille et tous ceux qui leur sont inféodés.

Pour certains d’entre eux, la guerre est un mode d’expression au service d’un discours rétrograde qui prône le retour à des valeurs archaïques (comme la domination de l’homme sur la femme, la primauté du religieux sur le droit, etc) parce qu’ils ignorent tout de l’idée de progrès et d’évolution.

Vivant dans d’immenses espaces où il ne passe rien depuis des millénaires, où le sable soulevé par le vent finit toujours par recouvrir toute trace d’activité humaine, ils sont persuadés de l’immuabilité du monde. Les plus mystiques, ou les plus illuminés, voient dans ce silence la traduction de leur proximité avec Dieu.
C’est à n’en pas douter une régression.mais ils ne le ressentent pas ainsi. Toute discussion est un dialogue de sourds.

Parier sur l’essor de la société civile en Afrique

Carte économique et stratégique du Mali, 2013. Sourcing image : "Le Monde", daté 3-4 fév. 2013 (archives Vert et Plume)

Si l’on croit sincèrement à l’irréversibilité du progrès technique, à l’accroissement continu des capacités intellectuelles de l’homme et à la disparition des archaïsmes, il faut parier sur le développement de la société civile où les femmes figurent en bonne place, mais aussi les commerçants qui détiennent un pouvoir économique important et sont ouverts sur le monde d’où ils importent une grande partie des produits qu’ils commercialisent.

Pas sûr à l’inverse que les armées africaines, mal équipées, mal éduquées et souvent payées de façon aléatoire, soient capables d’autre chose que de s’accommoder, avec un naturel consommé, des archaïsmes si pesants en Afrique subsaharienne, et de l’état de guerre larvée qui va de pair.

Flash info artiste et journal « Le Miroir »

Damien Glez. Né en 1967. Dessinateur et caricaturiste de presse, franco-burkinabé. Publie ses dessins dans le « Journal du Jeudi » à Ouagadougou (Burkina Faso) et sur le site de Radio Nederland. Ses dessins ont été également publiés par « Le Monde » en janvier 2013.

Le Miroir. Aller dans l’espace RECHERCHE du blog. Autres images en ligne.
Lire à propos de la période 1914-1918 et le lien tissé entre le journal et les Français de l’époque, en premier lieu les combattants :

http://www.kaskapointe.fr/pages/LeMiroir.htm

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