La folie du moment

Depuis longtemps, j’aime les femmes de Vallloton

Félix Valloton « Nu au lit », 1910. Huile sur toile. Sourcing image : catalogue de l’exposition à la Fondation de l’Hermitage, Lausanne (printemps 2012). Bibliothèque Vert et Plume, mars 2012

Félix Valloton quitte Lausanne, sa ville natale, en 1882 pour se rendre à Paris. Il a 16 ans. Après 1890, il se lancera dans la gravure sur bois avec un style et des dessins qui le rendront célèbre.

1.  CITATIONS. « Il n’y a pas d’autre vie que celle que l’on vit tous les jours, pas d’autre amour que celui qu’on donne et qu’on prend.
« Gagner signifie toujours faire perdre quelqu’un… »
La Folie du moment, Jean-François Kervéan (1994)

2.  Pourtant j’ai besoin d’imaginer que j’existe.

3.  La littérature comme un art. Découvrir la beauté de toutes choses sans qu’il soit nécessaire de les transformer pour leur accorder de l’importance.

Le fatalisme me fait bondir

Eva Besnvö “Charbonnier au travail”, Berlin (1931). Sourcing image : catalogue de l’exposition Besnvö au Jeu de Paume, été 2012 (bibliothèque Vert et Plume, 08-2012)

Parce qu’Eva Besnvö était à Berlin au début des années 30, j’ai été attiré par l’expo du Jeu de Paume.
Durant l’année 1931, qui est celle de cette photo et avait, commence par une grève générale des charbonnages à l’instigation des communistes, le parti nazi s’organise en machine de guerre pour la conquête du pouvoir. Dans un pays où le nombre de chômeurs approche les 5 millions, les grands patrons rencontrent Hitler et des personnalités américaines déjeunent avec Goering.

4.  Sera-t-il possible d’en finir un jour avec l’asservissement, les restrictions de la liberté d’expression, ne plus aller au pas, au travail, à la prière ?

5.  Faut-il des révolutions pour changer le monde ? Les élites dirigeantes sont-elles devenues si jalouses de leurs privilèges et conservatrices qu’il ne faille plus rien attendre de leur part ? De fait, peu de personnes sont prêtes à abandonner une parcelle de leur pouvoir.
Il faut amender les règles du Droit Civil et du Droit Constitutionnel relatives à la propriété et au pouvoir. Qui le fera ?

6.  Amenés à cohabiter avec les plus riches, la tentation est forte pour les politiques de leur ressembler.
Il ne doit sans doute pas déplaire aux gens fortunés d’observer leurs contorsions.

7.  Le 7 oct.1994. Une chaîne de télé française a invité Taslima Nasreen (*) dans son émission littéraire. Elle présente le Coran comme une sorte de Mein Kampf. Une autre participante au débat se réclame d’une lecture moderne du Livre, qui s’éloignerait de celle des intégristes.
La France a tant souffert des guerres de religion que nous n’en pouvons plus de ces débats archaïques auxquels il faudrait s’intéresser sous prétexte que c’est chacun à son tour. Et bien non ! Pour avancer, l’Histoire doit être universelle. Ce n’est pas chacun la sienne, ce n’est pas chacun doit faire sa propre expérience, mais plutôt chacun apporte sa pierre à l’édifice.

8.  Ensemble, nous allons essayer de construire désormais une Histoire qui ne se répète pas.

Un objet doux et docile

9.   Taslima Nasreen dit qu’elle écrit pour toutes les femmes muettes de son pays [le Bangladesh], celles qui souffrent d’un comportement masculin qui peut friser la barbarie. Les hommes détiennent sur les femmes un pouvoir de vie et de mort.

(*) lire flash infos en fin d’article.

Bjarne Melgaard « Sperm on the grave of Paul Gauguin », 1998. Dessin dans la tradition de Munch, … et l’artiste de joindre l’action à la parole. Sourcing image : catalogue de la 5è Biennale de Lyon, automne 2000 (bibliothèque Vert et Plume

« Noa-Noa, journal de Paul Gauguin, un homme pervers qui profita de la conquête pour assouvir ses désirs, et laisser à jamais l’image d’une femme polynésienne réduite à un simple objet très lisse, très doux et très docile. »
J.M.G. Le Clézio « Raga, approche du continent invisible », 2006.

10.   Bernard Pivot, qui animait l’émission littéraire, fit observer qu’il n’était pas surprenant de voir les hommes condamner les femmes qui voudraient leur ravir le pouvoir.

Qui va réussir à manger les Blancs ?

11.  Quinze années plus tard, dans « La Grande Librairie », une nouvelle émission littéraire, Toni Morrison évoque l’origine de l’esclavage : « Parce qu’ils s’étaient alliés (au début du 18è siècle je crois me souvenir) aux petits Blancs et aux petits propriétaires de Virginie pour ravir le pouvoir de l’Ếtat aux riches, les Noirs se virent condamner à n’être plus que des esclaves au prétexte qu’ils avaient une couleur de peau différente et ne pouvaient plus prétendre appartenir au même genre humain que les Blancs, fussent-ils petits et misérables, qui eurent désormais tous les droits sur eux y compris celui de les tuer.

12.  Taslima Nasreen se proclame athée, crime suprême aux yeux de tous ceux qui croient aux religions révélées. L’internationale intégriste est dénoncée au cours de l’émission du 7 oct.1994. Les Européens sont appelés à ne pas reculer comme ils l’ont fait autrefois devant Hitler. Le message est violent.

13.  Une journaliste parle des banlieues explosives où les imams ont peu à peu remplacé les éducateurs laïques. Elle dénonce l’existence de caches d’armes.

André Hellé « L’exposition coloniale », dessin pour les enfants (1931). Sourcing image : couverture de « La Famille Bobichon à l’exposition coloniale » (éd. Berger-Leyraud), reproduite dans « La Misión etnográfica y lingüistica Dakar-Djibouti », éd. De l’Université de Valencia Espagne, 2009). Bibliothèque Vert et Plume

14  Nov. 2005. « Révolte » des banlieues. Une révolte est une forme d’insoumission, de contestation des ordres donnés.

[RELIGION-DROGUE-RACISME-ARGENT]  Interview d’Adel Abdessemed (*)  en 2006 par une journaliste américaine.
« Partout on rencontre les mêmes phénomènes. »
« Je ne suis pas un artiste postcolonial, je ne travaille pas sur la cicatrice. »
« Les actions de l’artiste ne sont pas évangéliques. »
« Les religions écrites sont arrêtées, elles n’ont ni mouvement ni action. »

(*) lire flash infos en fin d’article.

L’esprit et la culture du voyageur

15.  Jorge Semprun figurait parmi les invités de l’émission avec Taslima Nasreen. Il tient le rôle de l’homme pétri de culture, porteur de la mémoire. On aurait envie de dire que « le monde des Lumières côtoie désormais  l’obscurantisme. »

Henri Grand’Aigle « Dick et Nique ou le tour du monde en 24 heures », éd. N.R.Money (Paris, 1931). Sourcing image : couverture du livre de Pradel reproduite dans « La Misión etnográfica y lingüistica Dakar-Djibouti », éd. De l’Université de Valencia Espagne, 2009). Bibliothèque Vert et Plume

16.  Bernard Pivot, l’animateur vedette de l’émission, demande à Semprun quelles sont les recettes pour survivre au pire. Réponse :

Parler la langue du pays.

Etre curieux de tout, même s’il se passe des choses horribles.

Avoir de la chance.

17.   Après le journal télévisé, la diffusion des images de patinage artistique soulève l’enthousiasme des téléspectateurs.

18.  J’ai le souvenir de vieilles dames, lors d’une veillée, assises dans l’entre-deux ou dans un recoin mal éclairé en bas du grand escalier. Elles me faisaient penser à des meubles anciens.

19.  Les photos de Martin Chambi [il n’y en a pas encore sur ce blog] m’enchantent. Les figures des montagnards péruviens qu’il a photographiés me touchent. Leurs traits sont empreints de noblesse. J’aime l’allure que les gens avaient surtout ceux qui vivaient à la campagne dans la première moitié du XXè siècle.
Il y a un style de ce temps-là.

Après 1950, les choses se sont accélérées, le style a changé tous les dix ans. Puis tous les 5 ans, et tous les deux ans. Désormais, on dirait que les plus jeunes ont besoin d’adopter un style pour exister. L’habit est-il en train de faire le moine ? Une personne, célèbre de préférence, crée un style à l’intention implicite de… et ça marche. Soudain toutes les filles à travers le monde sont en short, tous les garçons en pantalons étroits qui s’arrêtent au-dessus de la cheville, leurs chaussettes bien visibles.

Michel Cavalca « « Yo Gee Ti », chorégraphie franco-taïwanais de Mourad Merzouki (Taipei et Montpellier, 2012). 5 danseurs ta¨wanais et 5 hip-hopeurs français entre les mailles d’un rideau de laine. Sourcing image : « Le Monde », 22 06 2012 (archives Vert et Plume)

Le hip-hop a remisé ses baskets pour oser les pieds nus. Les hommes sont torse nu et portent des collants au lieu du traditionnel pantalon baggy.
(Source : article du « Monde » en réf.)

20.  Les jeunes ont leur propre culture artistique tournée davantage vers la musique, la photographie, les bandes dessinées et les fringues,  plutôt que vers la peinture, la sculpture ou la littérature, de sorte que les générations ne se mêlent pas beaucoup à travers l’art.

Celui qui prétend ériger en modèle sa propre conception de l’art, apprise le plus souvent à l’Université, non seulement se marginalise mais il contribue aussi à éloigner ceux qui voudraient s’intéresser à l’art et ne le font pas, en songeant qu’il s’agit d’un truc de vieux.

Les jeux du sexe et de la séduction

21.  Le soir en sortant du bureau, j’achète de quoi manger au Prisunic des Champs. Il y a beaucoup d’hommes seuls. Au moment de faire la queue à la caisse, je remarque devant moi un jeune homme dont les cheveux sont coupés sur la nuque selon un dessin très géométrique qui me rappelle étrangement celui de la barbe des Assyriens. Le jeune homme porte des vêtements noirs très près du corps et une sorte de chemise rayée nouée autour de la taille. Il s’est accroupi devant le meuble de la caisse pour attraper dans son panier posé par terre les articles qu’il dépose un à un devant la caissière qui le regarde faire avec curiosité. Il a des gestes très délicats à la manière d’une femme fouillant un tiroir à la recherche d’une petite culotte. Je me demande ce qu’il a pu acheter pour être aussi précautionneux ? De la poudre à laver de luxe, du foie gras en boîte de 5 grammes, du caviar en cachets et d’autres choses semblables. Comme il sent mon regard posé sur lui, il tourne la tête et je découvre son visage peu commun avec des yeux immenses comme s’il avait été un garçon dessiné par un artiste au lieu d’avoir été bêtement produit par la rencontre d’un spermatozoïde et d’une ovule. Je lui trouve un type iranien sans doute à cause de son nez qui a du caractère et de ses sourcils qui sont si bien dessinés qu’on les croirait peints. C’est un garçon fille. Je ne me demande pas quel âge il a mais d’où il sort et ce qu’il fait dans la vie. Une jeune femme qui attend derrière lui l’aide à présenter les derniers articles sur le tapis de la caissière. Ensuite il y a un Africain et moi et tous les trois, quatre en comptant la caissière, nous regardons le jeune homme sans songer un seul instant à nous plaindre de la lenteur de ses gestes. On dirait que l’éternité nous a enveloppés. On voudrait noter le nom de chacun des aliments qu’il a choisis d’acheter, quel assaisonnement il préfère avec la salade verte, mange-t-il de la viande ou du poisson seulement ? Quand il a fini par taper son code de carte bancaire, il recommence le même cérémonial pour mettre cette fois les produits dans le sac plastique rouge à poignées de Prisunic qu’il a aussi acheté. La jeune femme derrière lui est très vite passée. C’est au tour de l’Africain qui porte un beau chapeau que je n’avais pas remarqué avant. Il me demande quelle heure il est ? 21 heures 20. Il tient dans la main une grande bouteille de Coca qu’il a déjà entamée. Il s’arrête en passant à la hauteur du garçon qui n’a pas tout à fait fini de remplir son sac. « Ça va ? » lui demande-t-il. « Ça va », répond simplement le jeune Assyrien accroupi. Enfin il se redresse et se dirige vers l’escalier qui mène à la sortie du magasin. Il se déhanche légèrement en marchant. J’ai pensé alors à un garçon-fille, se déplaçant sur un fil tendu au-dessus de nos têtes, une espèce de funambule. Un personnage de la nuit.

Percy Gringer à cheval avec sa femme Ella, sur la côte danoise (1929). Sourcing image : « Le Monde des Livres », août 2011 (archives Vert et Plume)

Percy Gringer aimait se faire fouetter avec une joie comparable à celle que lui procuraient les excursions pédestres, la lutte et les promenades à cheval.
(Source : article du « Monde » cité au-dessus)

22. Souvenir d’une visite de la propriété Rockefeller sur les hauteurs de l’Hudson, au nord de New-York. Il y avait à l’intérieur de l’écurie une rangée de patères, fixées sur la porte, auxquelles étaient suspendus des harnais, des colliers, des cravaches, qui ballottaient à l’extrémité de chaînettes quand on entrait et sortait. Dont le tintement résonne encore.

Flash infos artistes & écrivains

Adel Abdessemed.  Artiste français contemporain, de renommée internationale. Né à Constantine en 1971.

Eva Besnvö. 1910-2003. Artiste photographe d’origine hongroise. Moins connue que Capa et Kertész. Arrivée en 1930 à Berlin, ville qu’elle quittera rapidement (elle est juive) pour la Hollande où elle se mariera et vivra le reste de sa vie. Lire : http://www.jeudepaume.org/index.php?page=article&idArt=1593&lieu=1

Michel Cavalca. Photographe français contemporain.

Henri Grand’Aigle. 1881-1951. Entre autres, illustrateur du journal « Le Pèlerin ».

Percy Gringer. 1882-1961. Pianiste et compositeur danois méconnu en France. Inspiré de toute évidence par les idées fascistes de son’ époque, l’homme incarne le mythe du retour à la nature interprété comme le moyen de restituer sa force à l’Occident.

André Hellé. 1871-1945. Illustrateur et décorateur français, créateur de jouets en bois.

André Hellé « La famille Bobichon à l’exposition coloniale », dessin (1931). Sourcing image : couverture reproduite dans « La Misión etnográfica y lingüistica Dakar-Djibouti », éd. De l’Université de Valencia Espagne, 2009). Bibliothèque Vert et Plume

Jean-François Kervéan.  Journaliste, chroniqueur, écrivain et critique littéraire français, né en 1962 à Paris.

Bjarne Melgaard. Artiste né en Australie en 1967. Installé en Norvège.

Mourad Merzouki. Danseur et chorégraphe français, né à St.-Priest en 1973. Directeur du Centre Chorégraphique National de Créteil.

Taslima Nasreen. Écrivaine d’origine bangladaise, née en 1962. Engagée dans la défense des droits des femmes et de la liberté d’expression en général dans les pays musulmans.

Bernard Pivot, journaliste français et animateur de télévision, né en 1935. Créateur de l’émission littéraire à succès « Apostrophes » diffusée chaque semaine de 1975 à 1990. Membre de l’Académie Goncourt.

Jorge Semprun. 1923-2011. Journaliste et écrivain français né dans une famille espagnole exilée aux Pays-Bas puis en France à l’issue de la guerre civile.

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