La fin des illusions

L’idée d’une perfection et d’un bonheur disparus

Dominique Errante « Les Bourbous, Gigors et Lozeron (Drôme, 1992). Sourcing image : « Mon paysage – Le paysage préféré des Français », Lucien Clergue & Françoise Dubost, éditions Marval (1995). Bibliothèque Vert et Plume

« Ils se bercent de la nostalgie du temps jadis, mais aucun d’eux ne voudrait revenir en arrière… »
J.M. Coetzee « Scènes de la vie d’un jeune garçon », 1997 (traduction française, éditions Le Seuil – 1999). Bibliothèque Vert et Plume.

L’enfant demanda à son grand-père à quoi les choses ressemblaient quand il était jeune ?
La curiosité de son petit-fils amusa le vieil homme. Il avait très envie de lui répondre mais ne savait pas comment s’y prendre. Il n’imaginait pas qu’un enfant puisse se représenter ce temps pourtant pas si éloigné quand il songeait au nombre d’années qui les séparait. La vie semble courte quand on se rapproche de la fin, un demi-siècle ce n’est rien n’est-ce pas mais pour un enfant cela n’a aucun sens.

Une enfance qui se confond avec le souvenir de la vie à la campagne

Gustave Roud « Les foins », date inconnue. Sourcing image : « Terre d’ombres, 1915-1965 itinéraire photographique de G. Roud », éditions Slatkine (2002). Bibliothèque Vert et Plume, juill.2003

« … Lui si. Il voudrait que tout soit comme c’était autrefois. »
J.M. Coetzee (ouvrage cité au-dessus)

Il essaya de se souvenir si; au même âge que son petit-fils aujourd’hui, il  avait conscience du temps qui l’avait précédé.
Aussitôt ce furent les images de ses parents, de ses grands-parents du côté de son père et de sa mère, de ses grands oncles et tantes, de ses arrière-grand-mères, de ses cousins et cousines qui lui revinrent à l’esprit. Toutes ces personnes avaient habité les lieux de son enfance et vraisemblablement servi de repères chronologiques dans une époque où les médias n’étaient pas là pour fabriquer l’actualité.

L’énergie de la vie est contenue dans la beauté du corps

Gustave Roud « Baignade des chevaux », 1937. Sourcing image : Cahiers Gustave Roud, 4. L’imagier (Association des Amis de Gustave Roud, Lausanne et Carrouge, 1986). Bibliothèque Vert et Plume, nov.1990

« Maintenant déjà, de jour en jour, la ferme et lui s’éloignent l’un de l’autre, sur des chemins différents qui, loin de se rapprocher, s’éloignent de plus en plus… »
J.M. Coetzee (ouvrage cité au-dessus)

Il pouvait encore entendre leur voix, décrire leurs gestes, la manière dont ils étaient habillés, ce qu’ils faisaient durant la journée. Les nouvelles étaient celles de la famille, des voisins, du village d’à côté, à l’école on apprenait le reste une bonne fois pour toutes. Les seuls évènements marquants que l’on ressassait étaient les guerres. Il faut dire qu’à intervalles réguliers elles bouleversaient la société toute entière, entraînant des transformations sociales, économiques et techniques que personne n’aurait pu soupçonner. C’était le prix à payer. A deux pas de là, il y avait le Paradis, la Suisse où la vie semblait immuable. On prenait le tram pour y aller. Chez eux il n’y avait jamais eu la guerre.

L’homme et la nature vont bien ensemble

A. Gardet « Lac d’Annecy, vue générale de Veyrier-du-lac », date non connue. Sourcing image : carte postale sépia, éditions GIL (collection Vert et Plume)

« … Un jour viendra où la ferme ne sera plus là, elle sera totalement perdue ; et déjà il pleure cette perte. »
J.M. Coetzee (ouvrage cité au-dessus)

Partout subsistaient les traces d’un passé qu’il n’était pas difficile de faire revivre. Désormais elles ont été gommées. Les fermes sont devenues des exploitations ou ont été transformées en résidences secondaires avec des barrières et des portails. Les villages sont devenus de petites villes. Les animaux ont été enfermés ou ne sortent plus qu’attachés à l’extrémité d’une laisse. Leurs maîtres les remontent comme des jouets.

On ne sait pas quelles surprises l’avenir nous réserve

Gustave Roud « Autoportrait au tracteur », vers 1955. Sourcing image : « Terre d’ombres, 1915-1965 itinéraire photographique de G. Roud », éditions Slatkine (2002). Bibliothèque Vert et Plume, juill.2003

« … plus facile de prendre la Studebaker neuve pour aller acheter du beurre surgelé et du lait en poudre , plutôt que de traire les vaches et baratter la crème. »
J.M. Coetzee (ouvrage cité au-dessus)

Les champs ont été transformés en zones industrielles, en parkings, en terrains de jeux. Les chemins ont été goudronnés, les rivières canalisées, les forêts balisées et fléchées, les routes ont été élargies et les arbres qui les bordaient abattus. Les voitures à cheval ont disparu, les gens ne vont plus à pied à l’église, au cimetière, à la foire, au marché. Les hirondelles qui se rassemblaient sur les fils à l’automne sur le chemin de l’école ne sont jamais revenues.

Une vie qui commence

François Truffaut « Les Mistons », court-métrage (1956) avec Gérard Blain et Bernadette Lafont. Sourcing image : Télérama, déc. 1997 (archives Vert et Plume)

« Quand il mourra, il veut être enterré à la ferme. S’ils ne veulent pas l’autoriser, il veut être incinéré et que ses cendres soient dispersées ici. »
J.M. Coetzee (ouvrage cité au-dessus)

Il n’allait tout de même pas lui raconter les choses ainsi. Bien sûr que non ! Son petit-fils marchait à ses côtés sans rien dire. Il attendait.
Le vieil homme lui demanda alors de décrire tout ce qu’il voyait autour de lui. Avec ses yeux d’enfant. Les descriptions de son petit-fils l’amusèrent tellement qu’il se sentit à son tour rajeunir.
Et quand l’enfant lui fit remarquer qu’il ne lui avait en réalité pas parlé de son époque il lui répondit en riant : « Mais c’était exactement comme tu viens de le décrire. Rien n’a changé ! »

Repères biographiques des artistes

John Maxwell Coetzee. Ecrivain sud-africain né en 1940. Prix Nobel de littérature 2003.
Gustave Roud. 1897-1976. Poète et photographe suisse romand.
François Truffaut. 1932-1984. Cinéaste français devenu célèbre avec « Les 400 Coups » un film qui triompha au festival de Cannes de 1959 et marqua la naissance du mouvement des jeunes cinéastes de l’après-guerre, baptisé par Françoise Giroud dans « L’Express » LA NOUVELLE VAGUE dont Jean-Luc Godard, qui était alors son ami, faisait partie.

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