La face cachée

L’inconnu du parc

Jardin des Tuileries, Paris (mai 2012). GAUCHE : vue d’ensemble du monument de Laurent-Honoré Marqueste à la mémoire de Pierre Waldeck-Rousseau, Président du conseil de la IIIè République de 1899 à 1902. Photos Vert et Plume (Droits réservés)

« Personne ne paraissait moins fait pour le pathétique politique que cet homme à la froideur proverbiale, ce grand bourgeois aux allures glacées. »
« Histoire des Institutions et des régimes politiques de la France moderne », Jean-Jacques Chevallier (Librairie Dalloz, 1967)

Durant plusieurs années, il avait traversé le jardin des Tuileries sans prêter attention au portique blanchâtre qui abrite le buste de Pierre Waldeck-Rousseau, un grand bourgeois, républicain convaincu, de tradition modérée, conduit par les évènements à mener une politique de combat. Le type d’homme dont un pays est bien inspiré de se doter pour s’extraire par le haut d’une crise  majeure (à l’époque, l’affaire Dreyfus et ses conséquences sur l’ensemble de la société).

PORTRAIT.  « Un brochet figé dans la glace », avait dit Barrès de Waldeck-Rousseau. Un physique long, impassible et impressionnant. Il était aussi appelé par ses collaborateurs « le dernier des Trois (Gambetta, Ferry et Waldeck). Jamais remplacés. Homme de la République opportuniste, il releva le drapeau de la République militante, s’ouvrit au radicalisme et au socialisme qui lui était profondément étranger.

Né en 1846, il avait 52 ans lorsqu’il accepta le pouvoir. Il était au faîte de sa carrière de grand avocat d’affaires au barreau de Paris. Il demeura à son poste de juin 1899 à juin 1902, remporta les élections haut-la-main avant de démissionner, sachant que ses amis lui reprocheront de leur avoir été infidèle et que ceux qui l’ont soutenu voudront le pousser davantage dans une direction où il ne veut pas aller. Il était fatigué, malade, mais surtout lucide, et honnête.

Source : « Histoire des Institutions et des régimes politiques de la France moderne », Jean-Jacques Chevallier (Librairie Dalloz, 1967)

L’ouvrier aux belles fesses

Laurent-Honoré Marqueste « Monument à Waldeck-Rousseau », 1909. Buste et groupe de trois personnages en marbre. Figure volante en bronze doré (fondue sous le régime de Vichy). Monument placé au jardin des Tuileries en 1910. Photos Vert et Plume, mai 2012 (Droits réservés)

« Chez l’homme, la morphologie de la fesse est dominée par le relief des muscles fessiers. Chez a femme au contraire, c’est la répartition harmonieuse du tissu graisseux qui commande l’esthétique de la fesse. »,
Alfred Binet « Régions génitales de la femme », cité par Le Robert (1972).

Un groupe de trois hommes, sculptés dans le marbre, rendent hommage au Président du Conseil à qui l’on attribue la paternité de la loi autorisant les syndicats. L’un des personnages se tient en arrière des deux autres. Il est plus âgé, est vêtu d’un manteau et pose une main bienveillante sur l’épaule deq deux plus jeunes.

Ceux-là ont l’âge d’être nus sans rougir de leur corps. Ils sont aussi musclés que des athlètes. Ils lèvent la tête vers l’homme d’Etat dont ils paraissent attendre un signal ou une bénédiction.

Celui de gauche exhibe sans façon son sexe d’adolescent. En faisant le tour du monument, notre promeneur découvre les fesses patinées par le temps de son camarade. Surlignées par la ceinture d’un tablier de maréchal-ferrant attachée sur les reins. Un métier qui allait disparaître avec le remplacement du cheval par l’automobile.

C’est alors que notre promeneur eût l’idée de prendre des photos. Il alla chez lui (il n’habitait pas loin) et revint avec son appareil. Comme il prenait ses photos, un homme passa en le regardant et :lui :lança : « He’s got a beautiful ass ! » = il a un beau cul. La remarque le fit sourire. C’était vrai. « Yes, he has ! », répondit-il à l’Anglais qui s’éloignait d’un pas pressé.

A première vue, ce monument dans le style antique conviendrait davantage pour célébrer le premier mariage homosexuel, en remplaçant le buste de Waldeck par celui de François Hollande.

Notre promeneur pense aussi à une sculpture d’inspiration fasciste ou communiste des années 30, à la gloire du Travail. Le tablier remplaçant la faucille et le marteau.

En y réfléchissant, il se dit qu’un tel monument n’est plus à sa place aux Tuileries. Il devrait être installé dans un musée de l’histoire de la République qui aurait l’avantage d’expliquer qui fut Waldeck-Rousseau, de donner l’idée de s’inspirer de son action. Ce serait aussi l’occasion d’évoquer le goût prononcé du XIXè siècle bourgeois pour les monuments commémoratifs.

Bientôt on aura deux sociétés

Laurent-Honoré Marqueste « Monument à Waldeck-Rousseau », 1909. Buste et groupe de trois personnages en marbre. Figure volante en bronze doré (fondue sous le régime de Vichy). Monument placé au jardin des Tuileries en 1910. Photos Vert et Plume, mai 2012 (Droits réservés)

« Les fesses n’appartiennent qu’à l’espèce humaine : aucun des animaux quadrupèdes n’a de fesses ; ce que l’on prend pour cette partie sont leurs cuisses. »,
Buffon « Histoire naturelle de l’homme », cité par Le Robert (1972).

Le 28 octobre 1900, Waldeck-Rousseau prononça à Toulouse un grand discours-programme.

EXTRAITS.  Waldeck commence son discours en disant qu’après 25 ans de pouvoir les Républicains éprouvent « l’anxiété du lendemain ». Anxiété devant le collectivisme montant ( = intervention grandissante de l’Etat), et devant la baisse de « l’esprit républicain », de la ferveur républicaine chez les fonctionnaires.

Il faut une politique d’action républicaine qui donne à la démocratie une organisation rationnelle orientée par le triple idéal de la Révolution : Liberté, Egalité, Fraternité.

Action et défense républicaines vont se conjuguer : il dénonce les associations qui exigent un régime spécial. Il faut faire face au péril du développement continu, dans une société démocratique, d’un organisme qui tend à introduire dans l’Etat, sous le voile spécieux d’un institut religieux, un corps politique dont le but est d’abord de parvenir à une indépendance absolue, et successivement à l’usurpation de toute autorité.

(…) Ainsi grandissent en France, sans se connaître, séparées par l’éducation reçue, risquant de ne plus se comprendre, deux jeunesses. Bientôt on aura deux sociétés, l’une de plus en plus démocratique, l’autre de plus en plus imbue de doctrines qu’on pouvait croire ne pas avoir survécu au grand mouvement du XVIIIè siècle ; deux sociétés destinées un jour à se heurter dramatiquement.

Source : « Histoire des Institutions et des régimes politiques de la France moderne », Jean-Jacques Chevallier (Librairie Dalloz, 1967)

Flash infos artiste & personnalité

Alfred Binet. 1857-1911. Psychologue et pédagogue français, né à Nice.

Georges-Louis, comte de Buffon.  1707-1788. Naturaliste français, à l’origine du Jardin des Plantes sous la forme qu’on lui connaît aujourd’hui.

Laurent-Honoré Marqueste.  1848-1920. Sculpteur français originaire de Toulouse.

Pierre Waldeck-Rousseau.  1846-1904. Avocat et homme politique français, né à Nantes.

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