La différence

L’art d’être un homme (1)

Des réfugiés africains arrivant de Malte sont accueillis à Paris (5 juillet 2010). Sourcing image : Darrin Zammit Lupi / Reuters pour Le Monde, 07 2010. Archives Vert et Plume

Des réfugiés africains arrivant de Malte sont accueillis à Paris (5 juillet 2010). Sourcing image : Darrin Zammit Lupi / Reuters pour Le Monde, 07 2010. Archives Vert et Plume

Il faudrait connaître en plus de la date qui est mentionnée les circonstances dans lesquelles les photos que diffusent les journaux ont été prises.


Par Guillaume Ducamp

PORTRAIT. Lire Une expérience vécue

Je sais bien en regardant les Africains qu’ils sont différents de nous et c’est ce qui me fascine chez eux. J’ose à peine le dire ici parce que les Français sont persuadés (au moins en principe) qu’il n’existe aucune différence entre les êtres humains, que nous sommes tous égaux en droit « sans distinction d’origine, de race et de religion » (article 1er de la Constitution). Personnellement je suis plus prudent et partage cette opinion de Randall Kennedy, Africain-Américain professeur de droit à Harvard (E.U.) : « Les Noirs américains ont été opprimés en étant exclus par les Blancs. Les Indiens l’ont été par l’assimilation forcée. Il ne faut pas se laisser piéger par des slogans comme « la neutralité raciale » qui peut mener à une société terrifiante. » (Interview accordée au journal Le Monde lors de son passage à Paris, février 2010)

L’homme et la nature

Détail de la photo ci-dessus. La pose hiératique et infiniment raffinée de l’homme qui est au centre l’apparente aux Noirs du sud des Etats-Unis.

Détail de la photo ci-dessus. La pose hiératique et infiniment raffinée de l’homme qui est au centre l’apparente aux Noirs du sud des Etats-Unis.

L’image de ce « réfugié » symbolise à mes yeux la capacité de l’homme africain à maîtriser la nature plutôt que se laisser dominer par elle.
Je ne serais pas étonné que le photographe en prenant ce cliché ait été lui aussi séduit par le personnage.

D’ordinaire quand on dit que les Africains sont différents (de qui ? de nous forcément les Européens) on veut dire par là qu’ils sont paresseux alors que sous travaillons, qu’ils sont pauvres tandis que nous sommes riches, qu’ils sont le plus souvent malades et meurent très jeunes à l’inverse des Européens qui sont en bonne santé et vivent en moyenne jusqu’à 70 ou 80 ans, qu’ils sont en retard dans leur développement contrairement à l’Europe qui est une des 1ères puissances au monde et tellement en avance sur l’Afrique dans les domaines scientifiques et techniques. Notre président est allé jusqu’à Dakar pour le leur dire en face : « …l’Afrique n’a pas d’histoire… Au 19è le Blanc a fait du Noir un homme, au 20è l’Europe fera de l’Afrique un monde. Refaire une Afrique nouvelle, rendre la vieille Afrique maniable à la civilisation, tel est le problème. » (extraits du discocurs de Nicolas Sarkosy devant le Parlement sénégalais, juillet 2007)
Lire aussi : La fin de l’année scolaire

D’un monde à l’autre

Winsor McCoy, dessin d’anticipation (1921) – « L’aviation légère pour tous ». Sourcing image : Album « Little Nemo », éditions Aldo Garzanti et éditions Pierre Horay / traduction française (1969). Bibliothèque Vert et Plume

Winsor McCoy, dessin d’anticipation (1921) – « L’aviation légère pour tous ». Sourcing image : Album « Little Nemo », éditions Aldo Garzanti et éditions Pierre Horay / traduction française (1969). Bibliothèque Vert et Plume

Nous attendons d’un voyage qu’il nous procure des émotions et nous laisse des souvenirs. L’Africain est plus terre-à-terre. Il ne voyage pas par plaisir mais par nécessité.

Je ne vois pas les choses de la même façon que les hommes politiques. Pour commencer je dois confesser qu’il m’est arrivé à plusieurs reprises de me sentir si bien en Afrique que j’avais l’impression d’être chez moi. Si un ami, africain ou européen était à ce moment-là assis à mes côtés, je lui disais :  « Je ne trouve pas que notre société emprunte les bons chemins pour marcher dans le sens des richesses, des droits et des libertés partagés. Je ne suis même pas certain qu’elle se soit accordée sur le choix de la direction à prendre. Il y a désormais trop de laissés pour compte, d’exclus et même de parias pour dire le contraire. Il n’y a pas de raison pour que les Africains ne le ressentent pas. Ils doivent se dire en riant, comme ils font très souvent, que nous avons perdu le nord. Ils voient que nous nous cognons souvent contre les murs à la manière d’un homme qui aurait brutalement perdu la vue et tenterait de se repérer dans la nuit. C’est exactement cela, nous avons plus de repères. Dans ces conditions pourquoi les Africains auraient-ils envie de nous ressembler. Ils préfèrent sans doute rester comme ils sont, différents. »

(1) ‘L’art d’être un homme » est aussi le titre de l’exposition qui a été organisée par le Musée Dapper à Paris entre octobre 2009 et juillet 2010.

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