La culture du mal

« … une armée d’enfants rangée en bataille. Ils se tenaient presque immobiles, mais en transes. Je les voyais là, envoûtés, devant moi, par le besoin de se porter au devant de la mort. Hallucinés par des champs immenses où ils s’avanceraient un jour en riant au soleil : derrière eux, ils laisseraient des agonisants et des morts. »
Georges Bataille « Le Bleu du ciel », 1935 [un groupe des Jeunesses hitlériennes aperçu à Francfort].
Édition de La Pléiade (Gall. 2004). Bibliothèque Vert et Plume

La fascination exercée par la violence, le sang et la mort n’est pas éteinte

Werner Pelner "Un des cavaliers de l’Apocalypse", huile sur toile (années 1930). Sourcing image : "Art in the third Reich", ed. Pantheon Books (1979). Images reproduites dans MÉTAL HURLANT - "L'art nazi", 1979 (archives Vert et Plume)

Les idéologies ont mis au point la formule pour habiller le mal en bienfait.

En plaçant le succès commercial au-dessus de l’éthique, les entreprises modernes s’inscrivent malheureusement dans une logique du même ordre.

Retour sur la « guerre civile européenne » [*]

[*] Lire à la fin de l’article.

Années 1930. Hitler et ses partisans ont réussi à convaincre les électeurs allemands que leur projet politique était le meilleur. Leur nationalisme satisfait l’armée. Tous ont une idée fixe en tête : prendre leur revanche sur 1918 et le traité de Versailles.

Les membres du parti ont élaboré une liturgie qui donne à leurs manifestations une sorte de religiosité païenne. Tambours et fifres décrits par Georges Bataille (ci-dessous). Uniformes et brassards rouge et noir avec la croix gammée. Étendards, le salut bras tendu paume de la main tournée vers le bas, processions dans les rues, célébrations des fêtes du calendrier hitlérien, médailles à l’effigie du Führer / le Guide, retraites aux flambeaux, stades combles ou des milliers de jeunes gens en culotte courte sont rassemblés.

Le goût de l’époque pour la culotte courte en velours noir est étonnant, surtout lorsque l’on aperçoit sur les photos des hommes ayant dépassé la trentaine dans cette tenue, commandement oblige. L’idéal étant d’avoir aussi le torse nu, exposé aux intempéries. Visconti dans son film Les Damnés en avait conçu des fantasmes homosexuels. Pourquoi pas en effet, quand on songe à tous ces garçons et jeunes hommes réunis pour célébrer ce qui ressemblait fort à un culte du coprs : aucune fille, aucune femme, considérées comme passives et faibles. Les rôles étaient clairement assignés et l’idée d’un bonheur individuel avait été gommé de l’esprit des plus jeunes.

Un défilé de Jeunesses Hitlériennes, vers 1933. Sourcing image : L'ILLUSTRATION (collection Vert et Plume)

On retrouve dans certaines bandes dessinées, dans certains jeux vidéos l’association d’images violentes et de volonté de puissance,
le mélange de luttes héroïques et de noblesse barbare qui ont fondé la mystique du national-socialisme.

« Je me trouvais à ma stupéfaction devant des enfants rangés en ordre militaire… Ils étaient vêtus de culottes courtes en velours noir et de petites vestes aiguillettes, nue tête; à droite des fifres et à gauche des tambours plats. Ils jouaient avec une violence telle, avec un rythme si cassant  que je demeurai devant eux le souffle coupé, comme halluciné. Impossible d’imaginer rien de plus sec que les tambours plats qui battaient, ni de pus acide que les fifres.  Tous les enfants nazis, beaucoup d’entre eux blonds avec un visage rose de poupée,… paraissaient en proie, raides comme des triques, à une exaltation de cataclysme : devant eux leur chef, un horrible gosse d’une maigreur de dégénéré, avec un visage de poisson hargneux… »
Georges Bataille, 19835 (texte cité au début de l’article)

Le cahier d’une écolière allemande appliquée

Certaines pages du cahier (il en contenait 64) de K.H., une écolière allemande, âgée d’environ 15 ans, ont été publiées par le magazine L’Illustration dans son n° daté du 10 août 1933.

L’auteur de l’article, qui visiblement parle l’allemand et voyage fréquemment dans le pays où il connait de nombreux enseignants, ne cache pas la tristesse qu’il éprouve en le lisant. Cet enseignement, dicté aux enfants et corrigé par leurs maîtres/maîtresses, « vise, écrit-il, à assauvagir les écoliers au lieu de pacifier les esprits, et les rendre tributaires des plus tristes caractéristiques de la bêtise humaine. »

On songe à tous les mouvements soi-disant révolutionnaires qui s’évertuent d’attiser les passions contre ceux et celles qu’ils présentent comme des ennemis « de la cause », « du peuple », « de Dieu » : Rwanda, Sahara, Moyen-Orient, Iran…

Le journaliste de L’Illustration intitule son article : Une histoire de l’Allemagne entre 1914 et 1935 réécrite par les services de la propagande hitlérienne à l’intention des écoliers.

« Le cahier d’une écolière allemande », 1935. Initiales : K.H., âgée de 15 ans environ. Sourcing image : L’ILLUSTRATION, 10 août 1935 (collection Vert et Plume)

C’est l’addiction aux dérèglements qu’il faut craindre.
Éducateurs et sociologues nous alertent aujourd’hui sur les dangers de la drogue, et  plus encore, de la pornographie.

L’élaboration et la diffusion d’idées extrémistes, de contre-vérités, de réécriture de l’histoire, d’opinions agressives, de parti-pris… empruntent désormais le canal d’internet qui attribue à chacun, qu’il soit ou non passé par l’école et l’université , un potentiel d’expression démesuré et sans contrepartie. Pas la moindre contrainte, pas même celle de signer son texte et ses images de son nom. Un anonymat synonyme de lâcheté.

Du côté des récepteurs, l’absence de contrôle est aussi frappante. Peu importe l’âge, peu importe le caractère, tout le monde est libre de télécharger textes et images sans souci de leur contenu. Curieuse idée de la liberté dégagée de la responsabilité.

La belle devise de la Républque, liberté-égalité-fraternité, devrait être rendue indivisible que ce soit pour la brandir ou l’exercer. Cet exercice devrait être mesuré et les résultats de ces mesures publiés en commençant par les hommes politiques, les employés de l’État, les dirigeants des entrerises et des syndicats, les élus locaux, les élèves et les étudiants. Après quoi l’exemple serait suffisant et la leçon assez forte pour convaincre tous les autres d’en prendre de la graine.

Serguei, dessin sans légende (1993). Sourcing image : "Le Monde des Livres", avril 1993 - rubrique Histoire consacrée à 3 ouvrages sur le nazisme par J.P. Rioux (archives Vert et Plume)

En charge de la propagande, Goebbels évoquait « le plaisir d’étrenner la Volkswagen sur l’autoroute. »


« Le cahier d’une écolière allemande », 1935. Initiales : K.H., âgée de 15 ans environ. Sourcing image : L’ILLUSTRATION, 10 août 1935 (collection Vert et Plume)

« Le cahier d’une écolière allemande », 1935. Initiales : K.H., âgée de 15 ans environ. Sourcing image : L’ILLUSTRATION, 10 août 1935 (collection Vert et Plume)

La « laideur de l’âme » [*]

[*] emprunté à François Cheng (Cinq méditations sur la beauté, 2006)

Forcer l’intimité de la vie quotidienne : un souci constant de la propagande hitlérienne qui produisait des émissions radiophoniques de divertissement. Des films légers projetés dans les salles de cinéma.

Les mouvements artistiques avant-gardistes   avaient été bannis. La plupart des peintres du collectif Die Brücke furent exposés au Salon des Dégénérés, plusieurs centaines de leurs toiles retirées des musées et confisquées. Ils furent interdits de peindre, y compris Emil Nolde qui avait acheté sa carte du parti. Cloîtrés chez eux, ne pouvant plus se procurer de peinturs à l’huile, ils se consacrèrent jusqu’à la fin de la guerre à l’aquarelle et à la gouache.

L’art devient ennuyeux et triste, un art de paysans bornés. La beauté ne pouvait pas naître d’un art  dépourvu de « l’état de communion et d’amour » qui, selon les mots de François Cheng, la caractérise.

Dans le tableau ci-dessous, le père presbyte  soulève ses lunettes pour regarder de plus près la reproduction d’une scène aussi sinistre que celle dans laquelle il figure. La mère, on dirait l institutrice qui a dicté à la jeune K.H. les textes de son cahier, a les cheveux tirés en arrière, vêtue de noir comme une femme en deuil. Le fils à la sexualité refoulée, encore chez ses parents, le cheveu déjà rare, le gilet sans manches, futur ingénieur du Reich à n’en pas douter…

Udo Wendel "Le magazine d'Art", huile sur toile (années 1930). Sourcing image : "Art in the third Reich", ed. Pantheon Books (1979). Images reproduites dans MÉTAL HURLANT - "L'art nazi", 1979 (archives Vert et Plume)

« Le cahier d’une écolière allemande », 1935. Initiales : K.H., âgée de 15 ans environ. Sourcing image : L’ILLUSTRATION, 10 août 1935 (collection Vert et Plume)

Dans l’explication cynique de la 1ère guerre mondiale et la mise en accusation des responsables,  transparaît tout au long des pages du cahier l’annonce calculée de la seconde guerre qui n’est pas une éventualité mais un objectif.
Le journaliste français qui analyse le cahier et qui, à l’inverse de nous, ignore ce qui va réellement se passer, le pressent avec une lucidité dont les dirigeants de son pays à l’époque étaient dépourvus..

Traduction française des textes : elle figure au-dessous chaque image, à gauche et à droite. Cliquer pour agrandir l’ensemble.

Adolf Hitler parlant à la radio le 14 octobre 1933 à 11 heures du matin. Sourcing image : L'ILLUSTRATION du 21 octobre 1933 (collection Vert et Plume)

Un discours dans lequel le chancelier allemand rompt avec la communauté internationale et s’affiche comme le futur maître de l’Europe. Aussitôt après sa diffusion, le discours est traduit en anglais, français, espagnol et portugais.

1933. A partir de la proclamation par Hitler du pouvoir absolu de son parti, le parlement ayant été dissous, les commentateurs français de l’époque vont réaliser leur terrible méprise et s’alerter du danger désormais menaçant d’une Allemagne réarmée et fanatisée. Dotée d’une population supérieure de 50% à celle de la France (60 millions contre 40).
La passion va s’emparer des esprits au lieu d’analyser avec sang-froid les chances de s’en sortir.

Le journaliste de L’Illustration qui a présenté le fameux cahier de K.H. termine son article par cette observation qui, dirait-on, n’a rien perdu de son actualité : « Cavour disait déjà que la plus grande faiblesse des Français était de ne pas savoir évoluer assez vite et de ne pas savoir modifier leurs idées quand les circonstances extérieures ont changé. » C’est lui qui souligne.

« Le cahier d’une écolière allemande », 1935. Initiales : K.H., âgée de 15 ans environ. Sourcing image : L’ILLUSTRATION, 10 août 1935 (collection Vert et Plume)

Suite de la traduction française figurant en bas de chaque image
Image de gauche :  Erzberger a signé. Que se désèche la main qui a signé cette paix. / Les braves gens pleurent. Hitler pleure. « Mais je ne pouvais rien faire d’autre. – Tout a été en vain – en vain la soif et la faim, en vain les angoisses mortelles, en vain les 2 millions de morts. » (extrait de Mein Kampf).
Image de droite :   Le juif Eisner dit : Plus de patrie, plus de Dieu ! plus de parents ! plus de chefs ! plus de jour sain ! / La peur est générale. Le comte Arko abat Eisner [2 déc.1919] Eppe délivre Munich avec les corps francs. Tous rendent grâce à Dieu. / La Reichswehr est instituée.

Tant en Allemagne qu’en France, la peur de voir l’idéologie marxiste s’étendre depuis Moscou sur l’ensemble de l’Europe a contribué à pousser vers la droite puis l’extrême droite les électeurs des classes moyennes traditionnellement modérés.

Ouvriers, écoliers, étudiants, tous soldats !

Ce sont toujours les prétendues lois naturelles = dictées par la nature, qui sont conviés pour interdire aux individus de vivre comme ils l’entendent, de penser ce qu’ils veulent, tout en étant citoyens d’un même pays. L’homme n’étant rien en dehors du groupe, dans la théorie hitlérienne comme dans tous les régimes totalitaires qui ne manquent jamais d’abolir la propriété privée.

L’idéal nazi prétendait combler le fossé existant entre l’homme et la nature en faisant du premier un être si parfait qu’il ne pourrait être qu’une créature naturelle, d’une espèce supérieure appelée  « race allemande » : l’Aryen aux yeux bleus, redoutable travailleur et guerrier, style robot ou pelle mécanique.

Ferdinand Staeger « Nous sommes les combattants du travail », huile sur toile (années 1930). Sourcing image : "Art in the third Reich", ed. Pantheon Books (1979). Images reproduites dans MÉTAL HURLANT - "L'art nazi", 1979 (archives Vert et Plume)

L’idée du moule est de celles qui séduisent les tenants de l’ordre : les critères de sélection des employés et des cadres, le style maison, les séminaires de formation, l’esprit de corps, la détermination, l’e goût du sacrifice, le sens du dévouement, la discipline, l’obéissance aux ordres induits.

La visite d’une usine, par exemple, fascine encore les esprits au lieu de les révulser : l’alignement des machines en lignes parallèles, les ouvriers en uniforme  occupés à leur tâche, le port d’une coiffe et d’un masque, les mains gantées, le bruit assourdissant qui empêche de penser à quelque chose, les objets fabriqués qui défilent sur des convoyeurs comme des marionnettes,  les automatismes qui pallient aux défaillances humaines et imposent leur rythme aux derniers humains, la cafétéria avec ses machines à boire et à manger, les vestiaires où les ouvriers enfilent ou retirent leur uniforme de travailleur pour se doucher.

Comment ne pas être sensible aux diverses formes d’asservissement de l’homme par le développement des technologies et des exigences marketing qui les accompagnent ?

« Le cahier d’une écolière allemande », 1935. Initiales : K.H., âgée de 15 ans environ. Sourcing image : L’ILLUSTRATION, 10 août 1935 (collection Vert et Plume)

Le capitalisme et les banquiers (juifs naturellement) déjà montrés du doigt.

« Le cahier d’une écolière allemande », 1935. Initiales : K.H., âgée de 15 ans environ. Sourcing image : L’ILLUSTRATION, 10 août 1935 (collection Vert et Plume)

Le discours hitlérien est destiné à justifier par avance le comportement dont les nazis feront bientôt preuve dans les pays qu’ils envahiront. D’une manière générale, à l’égard des prisonniers qu’ils asserviront ou déporteront.
Une rhétorique qui fait des bourreaux des victimes et des suppliciés des coupables recevant leur juste châtiment.

Suite de la traduction française des textes figurant sous l’image de gauche

Ils tirent sur la ? rouge. / Ils ont recours à des armes interdites : dum-dum, tanks, pilonnage au canon, guerre de matériels, gaz toxiques. / Ils instituent des nettoyages de tranchée. Ils traitent nos prisonniers de façon diabolique. / Exhibent de faux pavillons et coulent nos sous-marins. / Suscitent contre nous des nègres et des sauvages [l’armée noire du général Mangin – voir sur le blog  Fini de rêver ] / Excitent notre peuple dans notre patrie. / Affament les plus petits enfants. / suit une liste des cartes de rationnement et une suggestion, sous forme de dérision,  de recette avec les différentes cartes utilisées comme si elles étaient les aliments eux-mêmes (« neue Rezept »)…

Comme sur les pages précédentes du Cahier, le discours est un tissu de contre-vérités destinées à justifier le comportement barbare dont les nazis feront bientôt preuve dans les pays qu’ils envahiront et à l’égard des prisonniers qu’ils déporteront en Allemagne.
Ainsi les futures victimes porteront-elles la responsabilité des tortures et des châtiments qui leur seront infligés par des bourreaux innocents.

Un discours politique entre rouerie et exaltation

Adolf Hitler parlant à la radio le 14 octobre 1933 à 11 heures du matin. Sourcing image : L'ILLUSTRATION du 21 octobre 1933 (collection Vert et Plume)

Encore lui.

Le refus de la négociation, de la recherche du compromis qui suppose des concessions mutuelles, ou pire la haine de l’autre, , l’esprit de vengeance, continuet de menacer l’ordre social pour des motifs qu’il devrait être impératif de désamorcer, au risque de se voir contraint à la démission.

« Le cahier d’une écolière allemande », 1935. Initiales : K.H., âgée de 15 ans environ. Sourcing image : L’ILLUSTRATION, 10 août 1935 (collection Vert et Plume)


L’exaltation de cataclysme [*]

Berlin, dimanche 20 août 1933 : 100 000 enfants et jeunes gens réunis au Lustgarten de Berlin basculent dans la ferveur du 3è Reich. Sourcing image : L'ILLUSTRATION n°4721 daté 26 août 1933 (collection Vert et Plume)

Se défier des manifestations de foule qui noient l’individu dans la masse.
Les hommes politiques cherchent à enflammer la foule de leurs supporters.

[*] Allusion au texte de 1935 de Georges Bataille

« Le cahier d’une écolière allemande », 1935. Initiales : K.H., âgée de 15 ans environ. Sourcing image : L’ILLUSTRATION, 10 août 1935 (collection Vert et Plume)

C’est lui ! –  Tu le reconnais ? – Oui, c’est lui !

Se peut-il que Dieu pardonne au diable ses crimes ?

Une manière pour Maurizio Cattelan de souligner le mal fait partie intégrante de la personne humaine.

Un rappel à la raison adressé aux hommes politiques modernes qui prétendent éradiquer le mal en l’interdisant.

Maurizio Cattelan "Him / Lui", 2001. Sculpture faite de résine polyester, cire, pigment, cheveux humains, costume (101 x 41 x 53cm). Sourcing de l'exposition "All" Maurizio Cattelan, musée Guggenheim (New-York, Nov.2011-Fév.2012). Bibliothèque Vert et Plume, fév.2012

Regarder le diable en face.

On se débardasse volontiers du monstre en se disant qu’il était allemand. D’autres précisent même qu’il était d’origine autrichienne.

Les Français ne parviennent pas à imaginer qu’un tel homme, dont ils se plaisent parfois à agiter le spectre, puisse surgir dans leur propre pays. +Tellement inconcevable dans les années 30 que personne n’avait vraiment cru que Hitler réussirait à diriger un jour son pays.

Une bonne raison pour les Alliés après la guerre, Américains en tête, d’imposer aux Allemands une Constitution qui garantirait une stricte séparation des pouvoirs.

Elle n’existe pas encore en France tant le pays est naturellement divisé et incapable de se gouverner sans un pouvoir centralisé dont la rue surveille et contrecarre les excès.

Examiner les failles de l’esprit humain et de la démocratie, telles qu’elles avaient été exploitées par Hitler et se demander si nous les avons corrigées dans l’éventualité où l’un de ses fils spirituels parviendrait à son tour à gagner des élections.
..

Il sont nombreux, à des postes de commandement divers, capables de confisquer la liberté d’expression des gens qui les entourent et de les tenir à l’écart du progrès ou plus simplement de la connaissance et de la réalisation de soi. On les appelle les petits Hitler. Il y a aussi les copies, ceux qui sont à la tête de l’Iran, de la Corée du Nord, du Congo, du Zimbabwe, du Soudan, etc.

La  faiblesse de la démocratie n’est-elle pas de se limiter à un entre-soi réservé à quelques pays,  sans souci de la partager avec d’autres autrement qu’au plan diplomatique, ni d’en imposer les règles à ceux avec qui elle commerce ?

Le seul pays européen où l’on ait assisté durant les années 30 à des manifestations de rue contre le racisme et l’antisémitisme hitlérien, appelant au boycott des produits allemands, était l’Angleterre.

« Le cahier d’une écolière allemande », 1935. Initiales : K.H., âgée de 15 ans environ. Sourcing image : L’ILLUSTRATION, 10 août 1935 (collection Vert et Plume)

La culture européenne est notre seule identité [*]

[*] Umberto Eco, dans une interview au « Monde », janv.2012 (archives Vert et Plume)

D.R. "Lycée Lalande "Promotion 1943-1944", Bourg-en-Bresse (1944). Sourcing image : "Le Monde", août 1994 (archives Vert et Plume)

Quoiqu’il en coûte, l’idée européenne est notre unique chance de survie.

Années 1940. Le lycée Lalande est le seul établissement civil en France à avoir reçu la médaille de la Résistance.. Engagé dans l’action dès 1941 contre l’esprit de collaboration, la Milice puis l’occupant allemand. Il en a payé le prix : 10 étudiants et le surveillant général ont été arrêtés par la Milice avant d’être déportés en Haute-Silésie. Ils en reviendront vivants. 37 étudiants sont morts, soit en déportation, soit fusillés, soit au combat.

(Source : Le Monde, article cité dans la légende de la photo)

Années 2010. Comme d’autres intellecutels européens avant lui, allemands en particulier, Umberto Eco défend les acquis essentiels de l’Union Européenne, à commencer par la paix entre des pays qui n’avaient cessé jusque-là de se faire la guerre. L’historien anglais Geoffrey Barraclough parle de « la longue guerre civile européenne », commencée en 1914 pour s’achever en 1989 avec la chute du mur de Berlin.

Plutôt que les attaques qu’elle subit de la part des hommes politiques français, l’Union Européenne a besoin de patience et de temps pour s’améliorer. Certainement pas d’être détricotée. Donner à l’Europe un visage humain plutôt que technocratique contribuera à la rapprocher des citoyens mais cela ne suffira pas. Ces derniers devront exprimer avec plus de volonté et d’enthousiasme leur désir d’un monde apaisé et plus juste pour leurs enfants.
Il est fini le temps où l’on pouvait croire à la parole d’un homme politique en disant qu’on ne savait pas.

« Nos racines, dit pour conclure Umberto Eco, sont gréco-romaines, juives et chrétiennes. Ce sont elles qui peuvent nous donner la force. » (Source : article cité)

Flash infos artiste

Maurizio Cattelan. Sa première installation de « Him » a été réalisée à Stockholm (Suède) entre fév. et avr.2001.  En pénétrant dans la salle de l’exposition et apercevant la sculpture de dos le visiteur pouvait, à cause des dimensions réduites de cette dernière, s’imaginer avoir à faire à un jeune garçon agenouillé en train de prier. Jusqu’à ce qu’il découvre avec effroi, en parvenant à sa hauteur, qu’il s’agissait d’Adolf Hitler. Le personnage qui est aux yeux des Européens l’incarnation du mal.

L’artiste ne s’est pas résolu sans peine à le représenter. Prononcer son nom était déjà douloureux. Le livre « Mein Kampf / Mon Combat » est toujours interdit de diffusion en Allemagne.

Maurizio Cattelan "Him / Lui", installation à Stockholm (fév.-avr.2001). Sculpture faite de résine polyester, cire, pigment, cheveux humains, costume (101 x 41 x 53cm). Sourcing de l'exposition "All" Maurizio Cattelan, musée Guggenheim (New-York, Nov.2011-Fév.2012). Bibliothèque Vert et Plume, fév.2012

Plusieurs sculptures de M. Cattelan sont représentées dans différents articles de ce blog. Aller sur RECHERCHE.

2 commentaires

  1. Isa

    Merci pour votre blog, bien écrit, créatif, beau, intéressant…

  2. Plumebook Café

    A mon tour de vous remercier pour ce compliment.

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