Couleur de la nuit

France, années 50. Il se souvenait qu’étant gosse il avait peur de se retrouver seul dans le noir, la cave de la maison par exemple où il entrait en laissant la porte grande ouverte derrière lui, prenait en vitesse ce qu’il était venu chercher et ressortait le cœur battant. Que redoutait-il à ce point ? Un voleur dissimulé dans l’obscurité qui l’attendait pour se précipiter sur lui, ou venant de l’extérieur se serait’approché à pas de loup pour l’enfermer à clé ?

Jean-Michel Basquiat « Untitled / Sans titre », 1981. Acrylique et pastel gras sur bois (61x46 cm). Sourcing image : catalogue de l’exposition Basquiat au MAM de Paris, hiver 2010-2011 (bibliothèque Vert et Plume)

Sortir la nuit dans le jardin le terrifiait tout entant, persuadé qu’un autre voleur s’y cachait. Dès qu’il se retrouvait dans les pièces éclairées de la maison il oubliait ses peurs, n’y pensait plus, ne le racontait pas à son frère qui se serait moqué de lui disant peut-être qu’il ressemblait à une fille. A l’école, il avait entendu des garçons parler ainsi de ceux qui avaient peur dans le noir. Peut-être était-il réellement une fille mais cela non plus il ne pouvait pas le dire.

États-Unis, 1950. Gwendoline Brooks  reçoit le prix Pulitzer pour son second recueil de poésie. Elle est la première femme noire à qui ce prix littéraire (l’équivalent du Goncourt en France) est décerné. Elle vit à Chicago où ses parents s’étaient installés aussitôt après sa naissance en 1917 dans le Kansas.
Elle est chez elle quand elle apprend la nouvelle. N’ayant plus les moyens de payer ses notes d’électricité, elle s’éclaire à la bougie. Dehors dans le noir des gens sont venus fêter l’évènement avec elle.  Comme celle de Gwendoline, leur peau a la couleur de la nuit.

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