La conversation

Tout à coup, quelqu’un a sonné !

CHA se réjouit en pensant que le facteur apporte les filtres KEN pour sa machine à transformer l’eau polluée des montagnes en eau potable. Le colis est trop gros pour rentrer dans la boîte aux lettres. Il faut se dépêcher d’ouvrir la fenêtre et crier à l’homme à la camionnette jaune qu’on arrive, qu’il ne reparte pas en laissant un avis de passage.

Dran « 100 jours et quelques », 2009. Sourcing image : « 100 jours et quelques », édition populaire, juin 2009 (bibliothèque Vert et Plume)

« J’étais là en train de dessiner, quand tout à coup… »


Vêtue simplement du tee-shirt de l’expo « Twombly, le temps retrouvé »,  CHA sort en courant, traverse le petit jardin et… : Bonjour ! – Comment c’est toi ! Entre ! – Bisou, bisou sur la joue – [intérieurement : Tiens il ne s’est pas rasé… ces poils blancs ça fait vieux, c’est moche.] [A voix haute] Qu’est-ce qui t’arrive ? – C’est ma chaîne, j’en ai plein les doigts, j’ai pensé que je pouvais m’arrêter chez vous pour me laver les mains… –

CHA, c’est ma femme, je l’appelle comme cha. Lui c’est DOM, le mari de BI la copine de CHA. Il n’y a pas longtemps DOM soignait les dents des paysans malgaches pour le compte d’une ONG française. Les Français aiment Madagascar. L’essentiel du boulot consistait à arracher tout ce qui était pourri. Il finissait à la nuit tombante avec sa lampe trontale et recommençait au lever du soleil. Il en a eu marre, il est rentré au pays et a rejoint le Club des JOYEUX HOBBITS ANNECIENS. Lundi, vélo. Mardi, escalade. Mercredi, emmener les petits-enfants jouer sur le Pâquier. Jeudi, escalade. Vendredi, piscine. Samedi, courses. Dimanche, départ en voyage.
Aujourd’hui est un lundi, le vélo de DOM a déraillé. Il l’a réparé au milieu de la rue et rentré dans notre jardin. Maintenant il se lave les mains comme un dentiste, en faisant mousser le savon dans ses paumes qu’il frotte énergiquement en les tournant l’une contre l’autre comme un magicien qui s’apprête à faire un tour de cartes, prend la brosse pour récurer ses ongles, savonne aussi les poignets et se rince sous l’eau du robinet. Il se penche pour attraper la serviette en continuant de parler. CHA lui dit de s’asseoir un instant. Il a une histoire à nous raconter. Nous n’allons pas y croire. Au moment de louer sa maison les canalisations se sont bouchées. Une eau dégueulasse remontait dans l’évier de la cuisine, tu imagines ! Ça puait partout. Il n’avait pas envie de payer un mec qui lui aurait facturé 95 euros pour faire le travail à sa place.  – Et vous savez pas ce que j’ai trouvé ? – Nous, en chœur : Non ! Des huîtres ! – Moi, pour montrer que je m’y connais : Des Fines de Claires ou des Spéciales ? – Lui : Des Spéciales n°4 ! Heureusement que ma fille était là et m’a vu les retirer, personne ne m’aurait cru. – Quelqu’un les aura jetées dans les chiottes… – Et ben, justement, elles ne sortaient pas de la descente des chiottes mais de celle des eaux usées, la cuisine et la salle de bains ! – C’est incompréhensible ! – CHA et moi le raccompagnons jusqu’au portillon qu’il franchit avec son beau vélo.

La « bile noire » des Grecs, origine étymologique de la mélancolie

Lars von Trier « Melancholia », 2011. Charlotte Gainsbourg, Kiefer Sutherland et Kirsten Dunst dans l’attente d’une catastrophe annoncée par l’arrivée de la planète « Melancholia ». Sourcing image : « Le Monde », août 2011

« C’était merveilleux de s’amuser avec ces idées et ces images romantiques… »
Lars von Trier (extrait de l’interview accordée au « Monde », août 2011)

Je demande à CHA : Tu y crois à son histoire d’huîtres ? – Pourquoi il aurait inventé ça ?
Un jour très ordinaire. Il a beaucoup plu la veille et durant la nuit. Le ciel commence tout juste à se dégager. Je retourne dans la maison. Je réfléchis à voix haute que c’est vraiment dommage de ne plus pouvoir parler de cinéma avec ses amis comme lorsqu’on était tous étudiants. On pouvait passer une soirée sur un film ou un metteur en scène.
On aurait pu discuter au sujet de « Melancholia » par exemple. Je l’ai vu au mois d’août avec BI. Les films de Lars von Trier ne laissent pas indifférents. Celui-ci est long, déroutant et si solennel au début du moins avec la musique romantique de Wagner. J’ai aimé. Beaucoup de personnes quittaient la salle avant la fin. Quand le film s’est terminé je me suis demandé où étaient passés tous les spectateurs que nous avions vus en entrant dans la salle. Disparus peut-être dans la collision de la planète « Melancholia » avec la Terre ?

Flash info artistes

Dran « 100 jours et quelques », 2009. Sourcing image : « 100 jours et quelques », édition populaire, juin 2009 (bibliothèque Vert et Plume)

Dran. Artiste français. Né à Toulouse en 1980. En savoir plus :
http://www.artistikrezo.com/art/portraits/dran-illustrateur-toulousain.html
Lars von Trier. Réalisateur danois né en 1956 à Copenhague.

0 commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

*
*