La collectionneuse

Des images empruntées à l’exposition « Les Papesses » à Avignon (Collection Lambert et Palais des Papes de juin à nov 2013). Les femmes de France et de Savoie sont allées se recueillir dans l’ancienne cité et se sont prosternées devant les œuvres des 5 artistes (au féminin) les plus marquantes du temps présent : Camille Claudel (1864-1943), Louise Bourgeois (1911-2010), Kiki Smith (née en 1954 à Nuremberg), Jana Sterbak (née en 1955 à Prague) et la benjamine, Berlinde De Bruyckere (née à Gand en 1964). Désolé pour les ados, le temps présent prend en effet sa source sous le règne de Napoléon III, non celui de Sarkozy, comme ils le pensaient peut-être.

Des textes de Louise Bourgeois et de Roland Barthes accompagnent les images.

Les grandes amoureuse

Louise Bourgeois « La nuit », 1998. Aquarelle et crayon de couleur sur papier, 21x29.2 cm. Sourcing image : catalogue de l’exposition « Les Papesses », Collection Lambert + Palais des Papes (Avignon, été-automne 2013). Bibliothèque Vert et Plume (06/13)

« Le [la] collectionneur [se] est pathétique, mais il [elle] est optimiste. /  si compulsif [-sive] !  /   Il [elle] ne pense jamais à la table rase.  /  Je crois que c’est une défense contre la peur de désintégration.  /  Hein, c’est comme ça ! »
Propos de Louise Bourgeois enregistrées chez elle, à New-York, le 26 déc.1997 (Source : catalogue cité au-dessus)

TEXTE DE BARTHES.  « L’amoureuse, c’est le « lunaire » – ni névrotique, ni psychotique – ou un peu les deux à la fois. L’androgyne, mélange de soleil mâle et de terre femelle, procède lui aussi – elle aussi ? – de la lune. Cependant, « uni-sexe » : c’est bon pour les amoureux, les coiffeurs et les jeans ; psychanalytiquement ça ne veut rien dire : rien à faire, le Phallus n’est que d’un côté.

RONSARD (cité par Barthes).  « Quand d’un bonnet sa tête elle adonise,  /  Et qu’on ne sait si elle est fille ou garçon  /  Tant en ces deux sa beauté se déguise. »

BARTHES.  « Cependant l’amoureux est celui qui jouit le plus : en cela, Femme.

X racontait qu’en étant amoureux, il continuait d’éprouver au sortir de l’acte d’amour, plénitude, exaltation, complicité, gratitude, expansion ; nul envie de la cigarette qui (…) réinstalle le privé, prépare la fuite. Il se sentait alors au bord de la féminité, prêt de comprendre où va le désir féminin (attendre, continuer, prolonger, durer, ne pas partir : donner). C’est pourquoi le mythe a toujours tiré le sujet amoureux  vers quelque grande figure féminine (les « grandes amoureuses »). »

Source : Le discours amoureux, éditions du Seuil (oct.2007), p.668-669

La chose génitale

Robert Mapplethorpe « Louise Borgeois et Fillette », photographie (1982). Sourcing image : catalogue de l’exposition « Les Papesses », Collection Lambert + Palais des Papes (Avignon, été-automne 2013). Bibliothèque Vert et Plume (06/13)

« Je suis coupable de collectionner les dessins, les pensées écrites et les rêves. »
Propos de Louise Bourgeois enregistrées chez elle, à New-York, le 26 déc.1997 (Source : catalogue cité au-dessus)

TEXTE DE BARTHES.  « 1. Uni-sexe. Le discours amoureux fait rarement état de la chose génitale, peut-être parce qu’il ne fait pas acception de sexes. C’est le même discours qui est tenu, quelque soit la configuration sexuelle de la relation. C’est pourquoi l’amoureux est facilement exclu de la « génitalité » (nulle déclaration sur l’excellence du « genital love ») : tel l’enfant polymorphe, il ne vit pas sous la loi de la différenciation. Il est donc aussi éloigné mythiquement de la normalité (pour autant qu’elle prescrit toujours de respecter l’opposition des sexes) que de ses défis (…). Ce que l’amoureux transgresse, ce n’est pas la place des sexes, c’est leur division. (…) L’homme primitif, ou l’homme universel, dit le mythe, a été créé male et femelle.

Cependant, du point de vue de la normalité, l’uni-sexe- est aussi « douteux » que le sexe inversé : l’amoureux est aussi étrange que le travesti.

Son « neutre » détonne partout : dans une relation homosexuelle, ce n’est pas l’homosexualité qui choque le plus – car, selon l’opinion, comme elle ne fait qu’inverser les sexes, et donc elle les reconnaît), c’est l’amour : l’homosexuel amoureux est plus près de Werther que de Corydon. »

Source : Le discours amoureux, éditions du Seuil (oct.2007), p.667-668

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