La civilisation de l’âme

Le bénéfice de l’ingéniosité

Chaque matin en se levant, après qu’il eût pris son petit-déjeuner dans la cuisine en écoutant le programme d’été de France Culture, il se livrait à des exercices de gymnastique pour se maintenir en forme.

Luke Smalley « Gymnasium ». Sourcing image : « Gymnasium », first edition by Twin Palm Publishers, mars 2001 (image d’archives Vert et Plume)

Un esprit sain dans un corps sain.

Comme c’était toujours les mêmes exercices qui revenaient, il avait fini par se lasser mais, plutôt que d’y renoncer (ce qui aurait été contraire à son vieil idéal d’un esprit sain dans un corps sain), il avait décidé de profiter de ce moment pour relire ses classiques, en même temps qu’il se livrait à des exercices respiratoires somme toute peu contraignants.

Ainsi s’était-il plongé dans les Mythologies de Barthes, un vieil ouvrage où il avait souligné ce passage extrait d’un chapitre dont il préférait taire le titre marqué par l’actualité du temps où le livre avait été écrit :

EXTRAIT. « Le divorce accablant de la connaissance et de la mythologie.

« La science va vite et droit en son chemin. Mais les représentations collectives ne suivent pas. Elles sont des siècles en arrière, maintenues stagnantes par le pouvoir, la grand messe et les valeurs d’ordre.

« Nous vivons encore dans une mentalité pré voltairienne, voilà ce qu’il faut sans cesse dire.

« Car au temps de Montesquieu ou de Voltaire, si l’on s’étonnait des Persans ou des Hurons, c’était du moins pour leur prêter le bénéfice de l’ingéniosité. »

L’avantage de Barthes était qu’il vieillissait plutôt bien. Faisait-il lui aussi de la gymnastique le matin en se levant ?

Flash info source du texte cité

Roland Barthes. 1915-1980. « Mythologies » (éditions du Seuil, 1957)

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