L’Œuf et la Poule

Intérieur – nuit. Les images qu’il découpait ou téléchargeait lui inspiraient-elles des histoires et des réflexions qu’il rédigeait ensuite, ou était-ce au contraire un texte qu’il avait écrit qui l’obligeait à rechercher des images pour l’illustrer ?

La source de l’inspiration

De la même manière il se demandait si des internautes venaient spontanément lire le contenu d’un article, ou s’ils ne le faisaient que de manière fortuite, en copiant une image pour enrichir leur médiathèque personnelle ?

Harry Callahan « Nu », Chicago (vers 1948). Sourcing image: Harry Callahan « Eleanor » at the High Museum of Art - Atlanta, éd. Steidl (2008). Bibliothèque Vert et Plume, 2011

Eleanor.

Il pouvait arriver qu’une image précède l’écriture, mais en général c’était l’inverse qui se produisait. Il tentait après coup de trouver des images qui correspondaient le mieux à l’histoire qu’il avait racontée.

Sans les images il avait peu de chances d’être lu. Il se souvenait avoir défendu le principe d’associer les images au texte, compte tenu de l’importance qu’elles avaient prises dans la représentation moderne du monde.

Il arrive fréquemment – explique-t-il – qu’une personne voulant exprimer une idée, ne fasse que décrire une image puisée dans sa mémoie (sans souvenir de l’origine ni e la date) qui lui paraît illustrer exactement sa pensée. Pour le dire, elle choisit ses mots avec d’autant plus de soin qu’elle veut s’approprier cette image et la faire passer aux yeux de son interlocuteur / -trice pour une idée originale.
En réalité, elle est sous influence mais ne s’en rend pas compte.

L’air de rien

Djibouti, vers 1935. Sourcing image : « L’Illustration » (collection Vert et Plume)

Les secrets de la mer Rouge.

Djibouti. Assis dans un café de Djibouti il avale lentement le Coca-Cola en bouteille de fabrication locale qu’un garçon a décapsulé sous ses yeux. La poudre de perlin-pimpim est expédiée par avion depuis Atlanta, l’eau provient de la mer, elle est dessalée et purifiée avant d’être mise en bouteille.

On dit qu’à Djibouti il ne se passe rien, c’est-à-dire rien de grave. C’est ce rien qui l’intéresse, la vie quotidienne des gens qui vivent ici depuis plusieurs générations et ne paraissent pas en souffrir. Ils entrent et sortent du café, se saluent, s’enquièrent de leur santé, de celle de leur famille, se souhaitent en partant une bonne journée.

Il observe un groupe de légionnaires français vêtus de petits shorts en toile et de chemisettes kaki allant boire une bière. Eux aussi s’accommodent du rien, ne paraissent pas souffrir de la chaleur ni de l’humidité. Ils font partie du décor.

« Tiens ! Voilà T. qui sort du supermarché Sémiramis », observe-t-il.

« Salut ! » – « Salut ! » – « Tu as acheté des Vache Qui Rit… » – « Pour les enfants. » – Qu’est-ce que tu bois ? » – « Je veux bien un Coca. »

La piscine de l’hôtel

Nom du dessinateur incertain (archives Vert et Plume)

Le soleil.

Douala, lundi, 12 h 30. Les nouveaux clients de l’hôtel sont arrivés hier soir par la vol direct de Paris. Ce matin toutes les tables du petit-déjeuner étaient occupées. Des hommes pour la plupart, seuls, avec un collègue ou leur contact sur place.

Après une matinée passée à l’extérieur, les voilà de retour pour déjeuner. Au bord de la piscine cette fois. Ils sont passés par leur chambre pour troquer leur pantalon contre un short. Qu’ils font glisser à leurs pieds en s’asseyant sur leur chaise longue. Ils vont dans la piscine et font des longueurs avant de s’étendre sous le soleil. Il est brûlant. Au sortir de l’eau, leurs longs poils noirs, pareils à des brins d’algues, sont collés sur leurs jambes blanches où ils dessinent des arabesques.

Monsieur le maire

Jean-Xavier Renaud « Sans titre », 2010. Sourcing image : exposition DYNASTY – côté MAM de Paris, été 2010 (photo Vert et Plume)

Le droit de parole.

Annecy, même heure. Au restaurant, un couple de retraités visiblement satisfaits de leur sort s’entretiennent à voix haute de leur maison à proximité de Marseille et de leur décision de faire couper les arbres pour retrouver la vue sur la mer. Après le déjeuner ils feront le tour des concessionnaires automobiles de la ville pour connaître les détails de leurs offres commerciales et décider du modèle qu’ils achèteront.

Dans la rue les touristes, reconnaissables à leur short, leur chapeau et leur sac à dos, s’entretiennent des changements intervenus dans l’aménagement des trottoirs, des ronds-points, des pistes cyclables et des bosquets depuis leur dernière visite.

Ils demandent pour finir si le maire a changé.

Nous n’avons plus d’idées. Mais on a de la chance

Eric Tabuchi « Tourist trophy », série de photographies (2002-2009). Paysages pos-industriels français. Sourcing image: Kaiserin n°8, a Magazine for boys with problems (2e sem.2010). Bibliothèque Vert et Plume

Les nouveaux paysages.

Vol Paris-Genève, printemps 2020. Nous l’avions enfin ce pétrole ! Nous avions gagné ! Nous allions bousculer les censeurs, faire taire les critiques et recouvrer notre entière liberté !

« Nous nous moquerons des conventions », se dit-il en sn for intérieur. « Nous laisserons à nouveau pousser nos barbes et nos cheveux de Gaulois et vivrons comme nous l’entendrons ! C’est assez simple, nous ferons travailler les autres à notre place ! »

Quand l’avion amorça sa descente vers l’aéroport de Genève où tous les Gaulois avaient désormais la possibilité de mettre en sûreté leurs économies, il colla son nez contre la vitre du hublot.

Il aperçut les feux qui éclairaient les têtes des derricks et paraissaient embraser le ciel tout le long de la rive française du lac Léman.

Au-delà des eaux territoriales, les explorateurs suisses avaient à leur tour multiplié les forages en eau profonde. L’opération qui coûtait fort cher à la Confédération n’avait pour le moment abouti à aucun résultat.

Les journaux suisses avaient ouvert largement leurs colonnes à des citoyens qui réclamaient que l’on rendît le lac aux pécheurs et aux bateaux de tourisme puisqu’il semblait que les gisements étaient concentrés du côté français.

« Il faudra qu’ils achètent notre pétrole ! », lui fit remarquer en souriant son voisin de cabine qui avait penché son visage près du sien pour contempler cet extraordinaire spectacle d’une revanche.

Juste avant le désastre

Grant Willing « Downtown Granby / Le centre de Granby » - Colorado, 2007. Sourcing image: Kaiserin n°5, a Magazine for boys with problems (1er sem.2009). Bibliothèque Vert et Plume

La terre des ancêtres.

Colorado, 1993. Quand il avait traversé pour la première fois l’Ếtat du Colorado, il avait été frappé par la ressemblance des paysages avec ceux du Haut-Jura d’où sa mère est originaire. C’était l’été, la végétation n’était pas ensevelie sous la neige comme sur la photo de Grant Willing. Mais cela n’avait pas d’importance. En contemplant un paysage familier il n’est pas difficile de l’imaginer sous tus les temps.

La neige en recouvrant ce qui est au sol lui procure une sensation de solitude qu’il trouve apaisante. Il songe à un paysage ancestral. Il voit la beauté où d’autres éprouveront de la mélancolie. Il y puise de l’énergie quand d’autres se sentiront affaiblis.

Haut-Jura « Les Rivières », années 1960-70. Sourcing image : Marcel P. sur sa mobylette (collection Vert et Plume)

La mobylette.

Il dit de ce paysage qu’il a conservé sa dimension humaine. Avant l’avènement de la modernité qui a, par exemple, dévasté les vallées alpines en même temps qu’elle a apporté la prospérité à ses habitants.

Il a retrouvé l’image en noir et blanc d’un paysan haut-jurassien dont les parents avaient tenu une ferme jusque dans les années 60. Cette image qui paraît désormais appartenir à un temps très ancien, qui était hier, est celle d’une humanité à laquelle il demeure attaché. A l’aube de la modernité juste avant le désastre.

Flash infos artistes & lieux

Aji VN. Artiste indien né en 1968.

Colorado. Prendre l’avion pour Denver au départ de Paris, et louer une voiture. Procédure visa américaine.

Djibouti. Avion direct deouis Paris. Visa sur place.

Haut-Jura. Accessible depuis la Haute-Savoie en passant par Genève / Nyon / dir. St.Cergue / Les Rousses. Vignette autoroutes suisses obligatoire (40 euros et 6 SFR rendus)

J.X. Renaud. Artiste français né en Lorraine en 1977. Installé dans le Haut-Bugey. Nombreux tableaux et dessins sur ce blog : aller dans « Recherche ».

Ếric Tabuchi. Photographe français d’origine danoise et japonaise. Série de photographies des territoires des villes situés au-delà des boulevards circulaires : zones commerciales et industrielles, semblables à des décors de catastrophes naturelles où l’on se rend au moins une fois par semaine pour faire ses courses.

Grant Willing. Photographe américain. Expose depuis 2007.

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