Ivresse et joie du sport

CHRONIQUES D’UN ÉTÉ ORDINAIRE – 4.

« La joie que donne le sport est une ivresse qui naît de l’ordre. »

Henry de Montherlant « Les Olympiques », 1924.

« Ils avaient l’air modelés à coups de vent viril »

Viviane Dalles « Séance d’entraînement au rugby », Auckland Grammar School (2011). Sourcing image : « La fabrique des All Blacks », Le Monde (sept.2011). Archives Vert et Plume

« Les Olympiques » est un livre consacré au sport, écrit à une époque où le souci de conserver son corps en bonne forme était partagé par une minorité de personnes en France, appartenant surtout à la bourgeoisie et à l’aristocratie, pour lesquelles le sport était un idéal inspiré autant des Romains que des anciens Grecs. Montherlant faisait partie de ces gens-là. Mais la pratique du sport était aussi pour lui l’occasion de rencontrer d’autres garçons avec qui il avait des rapports amicaux ou amoureux. L’intérêt du texte réside bien-sûr dans le style mais surtout dans la liberté d’expression de l’auteur qui met le doigt sur la dimension homo-érotique refoulée des pratiques sportives : une stricte ségrégation sexuelle est de mise, les hommes s’embrassent entre eux, se sautent les uns sur les autres, s’étreignent pour célébrer la victoire de leur équipe,  sans que personne y trouve à redire. Les athlètes qui posent nus dans les magazines savent bien que ce n’est pas pour leurs beaux yeux et font semblant de croire que seules les femmes regarderont les photos. Montherlant, dont on a prétendu qu’il dissimulait ses vrais penchants,  en réalité ne cachait rien à son lecteur.

EXTRAITS. « Un garçon est fait pour ses camarades et pour ses maîtres, non pour sa famille. »   / « L’été, on le découvrait dormant nu dans le courant d’air de deux fenêtres ouvertes…   / « Il a 14 ans, il endosse le maillot [junior] comme le jeune Romain la robe virile.   / « Bon corps de France, ména gé depuis des siècles par la France.   / « A chaque foulée, avec une régularité de machine, apparaît puis disparaît le biceps fémoral de sa cuisse. Ses bras glissent comme des bielles. Le buste pivote, à droite, puis à gauche, amusant, sur les reins immobiles.   / « La course n’est pas dans les jambes. Elle naît des reins, comme l’amour.   / « Le maillot arraché jusqu’aux hanches.   / « Le genou étoilé de sang.   / « On l’emporte sur les épaules… L’aumônier marche par devant.   / « La porte ouverte. Le sac lancé sur le tapis.   / « Dans la chambre, avant de s’abattre sur le divan, debout, les bras tombés, le net garçon se défait en musique.

« … martelés comme des cuirasses de chair. »

Exercice de tir à la corde (date et nom de l'artiste égarés). Sourcing image : FIAC 2008 – côté Grand-Palais (photo Vert et Plume, oct. 2008

« La peau de ses reins un peu meurtrie, parce que sa ceinture serrait fort.   / « Ses boucles sur son front d’homme.   / « Mon chien effréné veut lécher sa jambe imberbe.   / « L’enlacement sororal.   / « Toujours une bretelle qui glisse, toujours une épaule nue.   / « Svelte garçon crépusculaire.   / « La mer et le corps donnent du sel.   / « Le contraste de ses cuisses nues très haut.   / « Les mains lourdement couvertes, la nudité haute des cuisses.   / « Les genoux lustrés comme une feuille.   / « Il va et vient dans sa cage, comme un amoureux qui attend.

Flash infos écrivain

Henry de Montherlant.  1895-1972. Écrivain et académicien français dont les œuvres sont disponibles en Poche et dans la collection de La Pléiade.   //   Montherlant avouait 4 passions (nécessaires à l’homme, disait-il, pour « se maintenir à la surface de la vie ») : en premier lieu l’écriture, puis l’antiquité romaine, les camaraderies et l’atmosphère de collège (« La ville dont le prince est un enfant », 1951-1967) – « Les Garçons », 1969), enfin, la tauromachie (Les Bestiaires », 1926). Auxquelles il faudrait ajouter les voyages.

Liens. 1. Biographie (controversée à cause de la sexualité de l’auteur, mais intéressante) sur Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Henry_de_Montherlant

2. Vidéo d’un entretien de 30 mn en mars 1973 (pour ceux qui aiment la langue française telle qu’on la parlait dans les années 50-60 ; avant, il y avait la langue de Molière) : http://www.ina.fr/art-et-culture/litterature/video/CPF86632058/henry-de-montherlant-la-jeunesse.fr.html

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