Aller vers ce que l’on aime

Notre esprit capture des images empruntées à une réalité qui n’est pas nécessairement celle des autres.

Metteurs en scène de notre univers personnel

Douglas Gordon « 24 hours psycho », 2003. Sourcing image : catalogue de l’exposition « Twombly photographe » à la Collection Lambert (Avignon, été-automne 2011). Bibliothèque Vert et Plume

Nous vivons avec les images d’un monde que nous avons fabriqué à partir de nos émotions. Elles-mêmes commandées par des souvenirs (remontant à notre enfance ou notre adolescence). Ceux-là agissent sur notre comportement en aggravant nos réactions à la vue de scènes qui semblent être le prolongement d’un passé interrompu qu’il nous appartient de revivre (attention danger !) ou de sublimer / surpasser (par l’entremise des rêves ou de la création artistique. De l’écriture aussi.

Sinon, il n’est pas facile de permettre aux autres d’entrer dans notre monde, au cœur de notre intimité. Cela ressemblerait davantage à une effraction. A la manière de ces sociétés qui nous font appeler  à l’heure qu’ils ont déterminée pour connaître notre opinion sur un sujet qu’ils ont eux-mêmes choisi de traiter, comme si nous étions fabriqués pour leur répondre.

Une émotion en relation avec le temps

Richard Serra « Screetch », estampe (1996). Sourcing image : « Richard Serra, catalogue raisonné – Estampes (1972-2007) », édité en Allemagne en 2008 (bibliothèque Vert et Plume)

INTERVIEW.  Richard Serra interrogé par « Le Monde » à l’occasion de MONUMENTA au Grand-Palais, printemps 2008.

A la question : L’intime est-il synonyme de proximité avec la matière ?

Serra répond : « L’intime est pour moi une émotion en relation avec le temps.

« Pas le temps ordinaire des pendules, non celui de la mémoire qui permet de faire vivre le passé, des souvenirs, et d’aller vers ce que l’on aime.

« Comment éprouver de l’intimité avec un Rembrandt ? C’est tout à fait subjectif. »

Le temps de l’abstraction radicale

Richard Serra « Bessie Smith », estampe (1999). Sourcing image : « Richard Serra, catalogue raisonné – Estampes (1972-2007) », édité en Allemagne en 2008 (bibliothèque Vert et Plume)

« Au 20è siècle la véritable rupture avec la figuration a été l’abstraction.

« Il y a eu Duchamp d’un côté, l’objet de ready-made, et de l’autre Malevitch…. Je suis du côté de Malevitch, de l’abstraction radicale.

« Notre époque est celle du post-pop-surréaliste, le post duchampien.

Remarque du journaliste : « Vos sculptures évoquent des paysages abstraits.

RICHARD SERRA.  « Les gens voient ce q’ils veulent. Certains me parlent de leur village, d’une esplanade qui regarde la mer. D’autres de calligraphie arabe. Ils arrivent avec leur propre vie et c’est tant mieux. L’œuvre est ouverte. »

Richard Serra n’est ne cherche pas à imposer son point de vue. Il se tient au-dessus de la mêlée, bien qu’il lui arrive de dénoncer la pauvreté de l’inspiration des artistes contemporains. Il parle de ce qu’il aime le plus, faire des sculptures et des dessins.

Flash infos artistes

Richard Serra « Opéra comique », 1990. Lithographie rehaussée à la cire noire (192.3 x132.4 cm). Sourcing image : catalogue de l’exposition « Des sculpteurs à l’épreuve de l’estampe au XXè siècle », LAAC de Dunkerque (hiver 2006-2007). Bibliothèque Vert et Plume, 12/200


« Mes dessins n’illustrent pas mes sculptures. Ils représentent un pan complémentaire, autonome, de mon travail. »
Richard Serra interrogé par « Le Monde » en janv. 2011 (archives Vert et Plume)

Douglas Gordon.  Né en 1966 en Ecosse, cet artiste photographe et plasticien incarne la « British Young Generation » des années 90. Il était à Arles (à côté du siège des éditions Actes Sud) et en Avignon durant l’été 2011

Richard Serra. Né en 1939 à San Francisco. Sculpteur, plasticien et dessinateur. Ses sculptures, de grandes dimensions, sont difficiles à exposer en extérieur dans un pays comme la France où le modernisme (dans le sens américain) est quasiment absent (la laideur de nos villes nouvelles n’étant pas représentative du modernisme). On peut heureusement les découvrir (comme une révélation) à l’occasion d’expositions comme MONUMENTA au printemps 2008. Une expérience que les catalogues sont impuissants à faire partager.

0 commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

*
*