Jusqu’à la fin du monde

« Mon perroquet, comme s’il eût été mon favori, avait seul la permission de parler. »
Robinson Crusoé, cité par J.M.G. Le Clezio en exergue du « Procès-verbal » paru en 1963.

Tout ceci n’aurait pas l’air d’être sérieux

Romain venait de passer son bac. Il était allongé au soleil sur la terrasse du petit chalet construit au bord du lac où il passait ses vacances. Henry et Christian, deux amis plus jeunes avec qui il aimait discuter, musique et cinéma surtout, étaient avec lui. Christian s’adonnait à la photographie. Henry passait le plus clair de son temps à lire. Il leur demanda s’ils connaissaient Le Clézio et leur parla du Procès-verbal qu’il venait de terminer.

"Racines", montage photographique. Sourcing image : magazine ACTUEL de Jean-François Bizot, vers 1970 (archives Vert et Plume)

« On écrit pour être lu. On écrit pour avoir des réponses. (…) Les romans permettent de danser avec l’histoire. »
J.M.G. Le Clézio interrogé sur France Inter en 2008.


Romain prit le livre abandonné au soleil. L’ouvrit et parcourut le préambule dont Henry avait souligné certaines phrases:

EXTRAIT. Le Procès-verbal raconte l’histoire d’un homme qui ne savait trop s’il sortait de l’armée ou de l’asile psychiatrique. (…) j’ai de plus en plus l’impression que la réalité n’existe pas. (…) J’aimerais que mon récit fut pris dans le sens d’une fiction totale dont le seul intérêt serait une certaine répercussion (même éphémère) dans l’esprit de celui qui le lit. »
Éditions Gallimard, 1963

Nos vies d’araignées

Presque cinquante années ont passé. L’automne a remplacé l’été. Romain est à l’écoute de France Culture. J.M.G. Le Clézio parle de son dernier livre « Histoire du pied et autres fantaisies » (éditions Gallimard, 2011).
La voix robuste et profonde de l’écrivain est à ce point différente de celle des hommes de ce temps qu’il semble appartenir à un autre monde que le nôtre, un monde où les choses de l’esprit et l’idéal de justice régneraient en maîtres au lieu d’être asservis.
Romain se sent aussitôt rasséréné, presque léger à l’idée qu’il existe encore sur la terre des hommes d’une espèce qu’il croyait disparue. Il songe à cet ami qui le lui avait fait connaître et qu’il ne revoit plus pour une raison imbécile. L’après-midi, il va à vélo acheter le livre.

Alex Rose, montage photographique pour une exposition à New-York, 2010. Sourcing image : téléchargement internet via le site d'Envoy Gallery

« Ce qu’il faudrait, c’est manger sans s’arrêter, dévorer ce qui vit dans l’air, avaler ce qui vit sous nos pattes, et être pareilles à un goulot en travers d’un fleuve, tandis que la vie passe à travers nous. »

(ce sont les araignées qui parlent)
Extrait de la nouvelle intitulée « Nos vies d’araignées », écrite vers 1980, tandis que les autres l’ont été entre 2009 et 2010.
Titre de l’article : les mots sont empruntés à la dernière phrase de la nouvelle de Le Clézio.

Flash infos écrivain & artiste

J.M.G. Le Clézio, portraits (1963 à gauche, 2011 à droite). Sourcing images : "L'Express", 1963. "Le Monde", 2011 (archives Vert et Plume

« Je suis un écrivain qui voyage, pas un écrivain voyageur »
(J.M.G. Le Clézio, « Le Monde », nov.2011)

Jean-Marie Gustave Le Clézio. Écrivain français né en 1940 à Nice, de parents qui étaient cousins germains, originaires d’une famille bretonne émigrée à l’île Maurice au 18è siècle. La maison d’Eugène Le Clézio, le grand-père, est proche de Curepipe. Elle se visite. On y sert un excellent déjeuner composé de plats d’inspiration traditionnelle préparés sur place. On peut aussi y faire ses emplettes auprès des marchands de souvenirs installés à une extrémité du jardin.

"Eurêka", ancienne demeure de la famille Le Clézio à Moka (Ile Maurice, juillet 2007). Photos Vert et Plume

La rivière de Moka coule en contrebas et borde la propriété du grand-père de l’écrivain. Restaurant métis « Le Ravin » installé à l’arrière de la maison qui se visite.

Alex Rose. Artiste irlandais. Lire : Le corps n’a plus de secret

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