Jungle

Sur une musique de Duke Ellington « Money Jungle »
Duke Ellington, piano. Charlie Mingus, bass. Max Roach, drums (Blue Note, 1962)

Le cri de la liberté

Loustal etc.....

Jacques de Loustal "Hommage !", collection de l'artiste (date n.c.). Souring image : catalogue de l'exposition "Tarzan" au musée du quai Branly, 2009 (bibliothèque Vert et Plume)

« Ici, je suis libre ! »
(un amateur de parcours acrobatiques)


L’attirance que l’homme éprouve pour les grands singes est ambigüe. Trouve-t-il vraiment que ces animaux lui ressemblent ? Au premier abord la  réponse est non, mais en y réfléchissant on se dit que le singe est à l’image de la face cachée de l’homme. Il symbolise la force, la brutalité, le côté primitif – oui, l’homme devait ressembler à cela au temps des cavernes ! -, la puissance sexuelle, fantasme classique (bien que le gorille par comparaison avec sa taille ne soit pas, tant s’en faut, doté d’un pénis si développé que certain(e)s voudraient le croire. De ce point de vue, l’homme est sans conteste le roi des animaux – lire à ce sujet « Le singe nu » de Desmond Morris (1967). Les instruments de séduction du grand singe sont davantage de l’ordre des préliminaires : la puissance de l’étreinte, l’abondance du poil, la touffeur de  la toison, l’odeur, les rugissements et le cri que Tarzan lui emprunta et que Johnny Weissmuller (1904-1984) qui l’interpréta mieux que personne sut si bien reproduire qu’il résonne encore à nos oreilles comme le cri de la liberté.

Le cri de Tarzan. Entendu pour la 1ère fois en 1932 dans le film deW.S. Van Dyke « Tarzan, l’homme-singe ».

L’appel de la forêt

à rédiger

Guillaume Pazat / Picture Tank "Parcours dans les arbres". Sourcing image : "Le Monde", août 2010 (archives Vert et Plume)

« Maintenant, je rêve d’essayer le saut à l’élastique et le parapente. »
(un amateur de parcours acrobatiques)

De nos jours presque partout dans le monde, la population est installée majoritairement dans les villes d’où la nature, au sens où on l’entend quand on vit à la campagne,  a disparu. Pour pallier à ce manque les élus et leurs alliés promoteurs, dans un pays comme la France,  ont imaginé une nature de substitution présentée sous forme de ready-made : le parc grillagé et fermé la nuit, le jardin public avec chevaux de bois et aires de pique-nique, le square planté de tilleuls, le carré des jeux pour enfants, les arbres cerclés d’une grille où les passants jettent leurs mégots de cigarettes, les triangles de pelouse au pied des immeubles où les chiens du quartier viennent déféquer, les fleurs en pots de ciment peint installés sur les trottoirs ou dans les zones piétonnes, les arbustes en plastique disposés dans les vitrines ou les allées des magasins, la nature est partout ! Mais l’espace qui lui est alloué ne permet plus à l’homme de s’y défouler en poussant son fameux cri.

Norbert Bisky "Weltempfänger / , huile sur toile (2009). Galerie Charlotte Moser, quartier des Bains - Genève, mais 2010 (Photo Vert et Plume)

Norbert Bisky "Weltempfänger / Nouvelles du monde" , huile sur toile (2009). Galerie Charlotte Moser, quartier des Bains - Genève, mais 2010 (Photo Vert et Plume)

« Qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? » – « Je veux être cordiste. »
(question à un jeune apprenti-charpentier. Note : à l’aide de cordes, le cordiste se déplace et travaille sur des toits, des pylônes, des falaises, des grues, des cuves, etc))

Aussi, pour satisfaire ce besoin naturel qu’ont les humains de respirer la chlorophylle  – à laquelle, modernité oblige, une ou plusieurs doses d’adrénaline doivent être ajoutées – les investisseurs des loisirs et détente pour tous ont imaginé des parcs installés en PLEINE NATURE !
Fin août 2010, un article du »Monde » indiquait qu’il existe désormais en France 250 parcs proposant des parcours acrobatiques dans les arbres, ainsi que d’autres sensations FORTES. Compte tenu de l’engouement du public, leur nombre devrait encore augmenter au cours des prochaines années.
Dans le même ordre d’idée les voyagistes proposent des séjours d’aventure en terre étrangère ou des marches intrépides à la rencontre des peuples qui ont réussi à maintenir des liens ancestraux avec un passé archaïque où les ORIGINES de l’être humain sont perceptibles.

DÉFINITION
Le ready-made : initiée par Marcel Duchamp (avec sa « Roue de bicyclette » en 1913), la technique du ready-made consiste à choisir n’importe quel objet manufacturé et à le promouvoir à la dignité d’œuvre d’art. C’est exactement ce que l’on fait désormais dans les villes avec le concept de nature.

Fantasme d’authenticité

La principale otivation qui pousse les hommes à se regrouper dans les villes est évidemment la recherche d’un emploi. Aussi propre, confortable et rémunérateur que possible. Pour cela l’individu doit accepter de se déplacer dans des transports en communs surchargés, de marcher sur des trottoirs encombrés ou d’emprunter des voies de circulation embouteillées pour se rendre sur son lieu de travail où il restera enfermé toute la journée, sauf le temps de manger à midi une bouffe dégueulasse décongelée dans un restaurant ou préemballée au comptoir d’une boulangerie, et de rentrer le soir chez lui en respirant un air saturé de gaz carbonique et déchiré par le bruit infernal de la ville qui se vide par tous ses trous.
Pour supporter ces conditions de vie si éloignées à la fois de l’enfance, de ses rêves d’adolescent et de la nature,  la salarié (qu’il soit cadre ou simple employé)  songe aux semaines de congés et aux journées de récup’ dont il va ponctuer son emploi du temps. Il se documente, calcule, se renseigne, en discute, prépare tous les détails, achète les équipements, a de plus en plus de mal à trouver le sommeil. Et soudain, IL PART A L’AVENTURE !

Benjamin Rabier "Gédéon en Afrique", librairie Garnier Frères (1930). Bibliothèque Vert et Plume

Benjamin Rabier "Gédéon en Afrique", librairie Garnier Frères (1925). Bibliothèque Vert et Plume

En avion, en train ou en voiture, l’homme moderne quitte la jungle des villes pour s’immerger le temps d’une après-midi, d’une journée ou d’une semaine dans une nature aménagée à son intention selon des représentations qui correspondent à l’idée qu’il s’en est fait en regardant les reportages diffusés tout au long de l’année par la télévision. Il est important de ne pas le décevoir, car il vient pour vérifier que tout est comme il l’avait imaginé.

Bandiagara (Mali, 1931). Photo de la falaise prise par la mission française Dakar-Djiboyti, emmenée par Griaule et décrite par Michel Leiris dans "L'Afrique Fantôme"

Bandiagara (Mali, 1931). Photo de la falaise prise par la mission française Dakar-Djiboyti, emmenée par Griaule et décrite par Michel Leiris dans "L'Afrique Fantôme"

Chez les Dogon, après la cérémonie de circoncision, les prépuces coupés étaient confiés à l’ancien du village.
Il devait les enterrer dans le fumier de son étable, sans être vu de personne, et utiliser ensuite le même fumier pour engraisser son champ et la plantation d’oignons de ses fils.

Dans un récit de séjour en pays Dogon (Mali), Antonin Potoski raconte comment il s’est fait insulter par un groupe de touristes français de passage dans le village où il avait l’habitude de séjourner quand il eut un soir l’idée de tirer une fusée de feu d’artifice dans le ciel. Ces gens-là étaient venus d’Europe pour admirer la falaise de Bandiagara et observer les coutumes ancestrales  des habitants. Ils ne supportaient pas l’idée que des villageois Dogon puissent admirer comme eux le faisaient en France cette « grande fleur de couleurs dans le ciel ». C’est en ces termes qu’un habitant avait décrit au chef du village ce qu’il venait de voir.

Livre d’Antonin Potoski : « Hôtel de l’Amitié », éditions P.O.L. (2004). Lire aussi « Les Cahiers Dogons » chez le même éditeur (2004)
Et l’article : Comprendre le monde

Le goût des sensations fortes

à rédiger

Épreuve de plongeon extrême, Cap Sounion (région d'Athènes), championnat du monde 2009. Sourcing image : "Le Monde", août 2010 (archives Vert et Plume)

Plongée à pic de 27 mètres

Pour rompre, au quotidien, la monotonie d’une vie répétitive et d’un emploi souvent dépourvu d’originalité, tous les citadins n’ont pas – ne serait-ce que pour des raisons financières – l’opportunité de quitter la ville. Dans ce cas ils ont recours à d’autres moyens pour se procurer leur dose de sensations fortes.
Ils consomment de la drogue, commettent des infractions sans gravité « pour le fun« , se font tatouer la peau pour indiquer leur date de naissance ou leur signe du Zodiaque, percer les lèvres, la cloison nasale, le lobe des oreilles, l’extrémité des seins, les lèvres du vagin, le sac des testicules ou le gland. Ils se masturbent avec une écharpe serrée avec un nœud coulant  autour du cou pour éprouver une sensation d’étranglement au moment de jouir (scène de « Ken Park ». Film de Larry Clark, 2002), ils boivent de façon inconsidérée lors d’apéritifs géants, bref ils jouent à mettre en péril une vie qui, dans leur tête, ne doit pas valoir cher bien qu’elle leur appartienne.

DÉFINITION
Sensation. n.f. (1370) Phénomène psychophysiologique par lequel une impression a un effet modificateur spécifique sur l’être vivant et conscient, état ou changement d’état ainsi provoqué, à prédominance affective (plaisir, douleur, peur) ou représentative (perception) –  « L’équivoque du terme sensation employé pour exprimer les modes passifs comme actifs de l’âme. » La sensation est différente du sentiment par son caractère immédiat et son caractère physiologique plus marqué. « Je ne puis dire quelle sensation j’éprouvais… J’étais ému, tremblant, palpitant. » Rivarol (cité par Le Petit Robert d’où cette définition est extraite – bibliothèque Vert et Plume)

Le retour du primitivisme

à répartir

Congo "Épreuve de la peur" chez les Pende. Sourcing image : "Éros Noir" de Boris Racheviltz (éditions La Jeune Parque, 1963). Bibliothèque Vert et Plume, 1965

« Parfois, on se fait un peu peur… »
(un amateur de parcours acrobatiques)

Le passage brutal et répétitif d’un état et d’un lieu à un autre auquel l’homme moderne est soumis au sortir de l’adolescence – de l’enseignement secondaire aux cycles d’études supérieures, du lieu de travail au lieu de détente ou de plaisir, de la ville à la campagne, de l’espace bétonné et goudronné à l’espace naturel, de la vie civilisée à la vie sauvage -, nécessite un temps d’adaptation au cours duquel les nouveaux venus vont suivre un parcours initiatique qui peut être très bref (comme le vestiaire d’un club de gym et sa cérémonie du déshabillage / lire : Le gouffre et la crinière) ou plus long et surtout plus pénibles, parfois cruel, comme le bizutage (la plupart du temps teintés de sado-masochisme) qui attend les élèves à l’entrée dans une école ou tout bêtement un pompier rejoignant son régiment d’affectation.
Les anciens qui accueillent les nouveaux, les plus expérimentés affranchissent les débutants, dans tous les cas il s’agit de créer une relation provisoire de subordination, d’obéissance et d’écoute qui permettra de faire passer un message, une recommandation, des consignes qui serviront de base au bon fonctionnement du groupe, dès qu’ils auront été assimilés.

L’épreuve de la peur : chez les Pende (Congo-RDC) les membres de l’association Mungonge, masqués et peints au kaolon, rampaient en file indienne vers les candidats à l »initiation (généralement très jeunes), et surgissaient devant eux à l’improviste en hurlant. Ils leur infligeaient ainsi la 1ère épreuve dite « de la peur ».
Source : « Éros Noir, moeurs sevuelles de l’Afrique de la préhistoire à nos jours » de Boris de Rachewiltz, éditions de La Jeune Parque (1963). Bibliothèque Vert et Plume, 1965.

Le bon sauvage et le jardin d’Éden

Guinée, danse rituelle des jeunes initiées. Sourcing image : "Eros Noir" de Boris Racheviltz (éditions La Jeune Parque, 1963). Bibliothèque Vert et Plume, 1965

Guinée, danse rituelle des jeunes initiées. Sourcing image : "Éros Noir" de Boris Racheviltz (éditions La Jeune Parque, 1963). Bibliothèque Vert et Plume, 1965

« L’an prochain, je serai circoncis. »
(un étudiant passionné d’expéditions en forêt équatoriale, après avoir assisté aux danses des garçons au cours d’une cérémonie de circoncision)

En quittant la ville pour un parc d’aventures ou une expédition, l’homme moderne abandonne provisoirement ses codes,en particulier vestimentaires, et son identité sociale pour retrouverun état d’échange et de partage en harmonie avec le milieu naturel dans lequel il arrive.
Un corps à moitié dénudé convient aux retrouvailles avec la nature et ses habitants qui sont eux-mêmes dans la même tenue et le même état d’esprit puisque c’est leur job de les recevoir et de les guider tout au long de leur séjour.
Dans la perception moderne du monde, la nature est devenue un lieu rare, habité par vie étrange où tout surprend. A commencer par les insectes qui piquent et peuvent transmettre des maladies, la présence des animaux aux côtés des humains, le hurlement des singes et les cris des oiseaux dans la forêt, le vent dans les arbres, la pluie, les orages violents, la densité de la forêt, la présence de l’eau partout livrée à elle-même. En somme l’absence totale de ville. Voilà le jardin d’Éden qu’il faut protéger, tout comme les œuvres d’art que l’on enferme dans les musées.
« Créons des parcs naturels, des réserves, protégeons les races et les espèces menacées, assurons la survie des langues en voie d’extinction, abolissons la chasse et le feu de bois, nabissons la modernité ! », se dit notre homme.
Aucune signalétique, ni bus, ni taxi, ni métro, pas de tapis roulant ni d’ascenseur, pas de bar ni de restaurant, pas d’hôtel ni de chambre avec bains. Il faut remettre son corps en état de marche. Heureusement l’homme moderne conserve son téléphone portable. Grâce à lui il va réussir à transformer son calvaire en aventure. Plusieurs fois par jour il appelle ses amis et leur décrit ce qu’il fait, ce qu’il voit autour de lui, les gens qu’il rencontre, comme il a entendu à la radio les reporters le faire en direct d’un pays lointain bouleversé par une catastrophe ou déchiré parla guerre !
Un coup de tonnerre résonne à ses oreilles comme l’annonce d’un bombardement imminent, les éclairs font penser à la lueur des incendies. L’homme qui souffre se métamorphose en héros aux prises avec la nature, tout comme Tarzan qui s’était retrouvé à la mort de ses parents seul et nu dans la forêt tropicale. Sans téléphone portable, il avait dû attendre Edgar Rice Burroughs pour raconter son aventure. L’homme moderne, lui n’attend pas.

Inventaire des instruments et habits consacrés : PARCOURS ACROBATIQUE DANS LES ARBRES  /  TRAPÈZES  /  PONT DE SINGE  /  TRONC COUCHE  /  BAUDRIER  /  LASSO  /  PASSERELLES  /  SELLE  /  ÉTRIERS  /  TYROLIENNES  /  CULOTTE COURTE EN CUIR AVEC BRETELLES  /  BALANÇOIRES  /  ESCARPOLETTES  /  SAUTS DE TARZAN  /  SLIP PANTHÈRE  /  ROSE  /  ARBRES  /  FORET  /  SINGES  /  OISEAUX EFFRAYÉS  /  SAUTS A L’ÉLASTIQUE  /  CRIS DE MALADE /  SOULAGEMENT  /  RIRES  /  VIA FERRATA  /  VERTIGE  /  PINCES  / SHORT EN TOILE A REVERS  /  DÉBARDEUR  /  TEE-SHIRT SANS MANCHES  /  MAILLOT DE BAIN SPEEDO AVEC CORDON DE SERRAGE A LA TAILLE..

Jouer collectif

à répartir

F. Craenhals "Pom et Teddy / Zone interdite", éditions Paul Rijperman (1982, édition limitée). Bibliothèque Vert et Plume

« Pendant une demie-journée, tous les membres de l’équipe ont appris à attendre l’autre, à respecter des rythmes différents et à travailler ensemble. »
Un responsable commercial, cité dans l’article du « Monde » à propos de son équipe qu’il a entraînée dans un parc d’aventures en guise de formation.

Le plus drôle est que l’entreprise, qui par définition pervertit tout ce qu’elle touche, réussit à rattraper les manies de l’homme moderne à qui elle propose à son tour des tages de formation dans les parcs d’aventure. Pour l’occasion les dirigeants retirent leur cravate. Ils revêtent à leur tour les habits consacrés qu’ils ont achetés chez Hermès ou Dsquared, voyagent en classe affaires ou en première si le big boss est là tandis que le gros de la troupe s’entasse en classe économique. A l’arrivée tout le monde se retrouve dans le même autobus aux sièges déchirés puis dans les 4×4 qui vont les conduire au cœur du bush où les girages guettent de loin leur arrivent, où les lions ne dorment que d’un œil et où les éléphants barrissent en chœur quand ils débarquent dans le lodge. Des ponts de singes relient les chambres à la salle du petit-déjeuner, le déjeuner est servi dans la forêt où une danse de pygmées a été organisée, il est prévu qu’à cette occasion tout le monde devra se déshabiller entièrement et se badigeonner le corps de kaolin pour ramper dans les épines au rythme des écorces que les épouses des pygmées frotteront l’une contre l’autre.

Rites initiatiques : dans la société africaine traditionnelle épargnée par les religions monothéistes, l’initiation introduisait directement les jeunes filles et les jeunes gens dans la vie sexuelle. Il était même souhaité que les jeunes gens satisfassent entièrement leur désir sexuel avant le mariage.
La position classique du coït africain, décrite par les ethnologues, étaitt celle dite « de l’ange », la femme couchée sur le dos, les jambes écartées, l’homme au-dessus d’elle.
En Ouganda l’intérêt pour le sexe était déjà visible chez les petits garçons qui avaient coutume de chanter aux jeunes filles qu’ils rencontraient en chemin : « J’ai envie de ton vagin, un shilling pour ton vagin ! »

La fin de l’aventure

à rédiger

F. Craenhals "Pom et Teddy / Zone interdite", éditions Paul Rijperman (1982, édition limitée). Bibliothèque Vert et Plume

Après une pareille mise à l’épreuve, l’homme moderne reprend épuisé le chemin du retour vers la ville.

Tous ses amis et ses collègues l’attendent avec impatience. Comme il n’a pas trouvé de cybercafé pour mettre ses photos en ligne, il va dépécher de le faire en arrivant
Le lendemain matin il se rendra d’abord à son club de gymnastique pour faire admirer son bronzage et les griffures des épineux sur ses jambes. Au bureau il se sentira plus fort, plus à même de trouver des solutions pour combattre la concurrence. Au comptoir de la boulangerie où il achètera son jambon-beurre dont il trouvera le goût changé, il retrouvera un collègue qui a acheté une part de qhiche aux légumes et lui demandera la bouche pleine comment c’était là-bas ? Le soir e, re,nrant chez lui, serré dans le R.E.R. entre les fesses d’une touriste américaine et le ventre d’un expert-comptable, il calculera combien il lui reste de congés et se demandera s’il retournera dans une expédition en terra incognita ou s’il fera ce stage de parapente auquel il songe depuis longtemps.

Confusion du sauvage et du civilisé

à rédiger

Daniel Jouanneau "Nature démiurge", photographie d'insecte en noir et blanc. Sourcing image : catalogue de l'exposition "Etre nature", fondation Cartier (éditions Actes Sud, 1998). Bibliothèque Vert et Plume

L’homme moderne, particulièrement lorsqu’il est Français, voudrait échapper au modernisme.

Puisque l’authenticité, le naturel, le bon sauvage, l’Afrique de papa ont disparu, il ne reste plus  à l’homme blanc, l’Européen, le Français, qu’à remplir lui-même tous les rôles qu’il avait confié autrefois aux sauvages : les Nègres, les Peaux-Rouges, les Cannibales.
Le retour aux origines se fait non seulement dans les parcs mais aussi dans la rue, dans les écoles, les lycées, les universités, chez les retraités.
A leur habitude les agences de publicité et leurs supports, au service des entreprises  et des hommes politiques, suivent la mode pour habiller leurs slogans, faire vendre. C’est leur job.
Mais on peut aussi être d’avis qu’il ne se passe en réalité pas grand chose dans le monde où elles prospèrent. La société moderne serait-elle devenue aux yeux de ses habitants une machine à fabriquer le refoulement qui nourrirait par contrecoup un formidable besoin de défoulement ?

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