Jeune et jolie

Mise à jour : 10 06 2013

Il tournait un film

Un court-métrage.
« Tu es metteur en scène ? » lui avait demandé un garçon plus âgé que lui.
« Non, disons que je suis un artiste. »
« Dans ce cas, pourquoi n’as-tu pas un A brodé sur ton tee-shirt comme les autres et une casquette vissée sur la tête avec le même A sur la visière ? »

Hervé Sellin « Le Flip de la Fête », vers 1975. Artiste né en 1952. Sourcing image: ZOOM, le magazine de l’image n°34 (fév.1976). Collection Vert et Plume

« Je suis un artiste amateur, pas un professionnel. »
« Tu n’as pas droit au statut d’artiste. Est-ce que tu cotises ? »
« A quoi ? Il faut cotiser pour être artiste ? »
« Naturellement. »
« Dans ce cas disons plutôt que je suis poète, ça te va ? »
« Poète, c’est bien. »
« Je n’ai pas besoin de porter un tee-shirt et une casquette avec un P ? »
« Non, poète ça veut tout dire et rien dire. »
« Ça me va. »

Etait poète, dormant le jour, ne sortant que la nuit.

David Hockney « The room Tarzana », 1976. Sourcing image: ZOOM, le magazine de l’image n°27 (déc.1974). Collection Vert et Plume

« J’ai copié la chambre et les meubles d’un catalogue de vente de Macy’s… Le lit ressemble à une sculpture.»
David Hockney, cité dans le magazine.

D’ordinaire, il rentrait chez lui à l’aube. Mangeait un croissant au beurre avant de se coucher, buvait un bol de café et se branlait sur le lit défait en grillant une cigarette. Mais ce jour-là il avait fait la connaissance d’une fille. Elle était jeune, jolie. Elle disait qu’elle l’aimait. – « Tu es très différent des autres garçons que j’ai connus avant toi. » –

Toi aussi tu es belle. Je t’aime, lui disait-il

Jacques Bourboulon « Le corps de la femme », vers 1975. Artiste né en 1948. Sourcing image: ZOOM, le magazine de l’image n°34 (fév.1976). Collection Vert et Plume

Elle le trouvait romantique. Appréciait son originalité, son allure décalée. Elle aimait ses dessins et les peintures qui étaient au mur. Les collages qu’elle avait aperçus sur sa table de travail.

Elle ne savait ni peindre ni dessiner. Elle redoutait de paraître banale par comparaison. Elle lui avait demandé à plusieurs reprises si elle ne l’ennuyait pas. – « Tu es dingue ! Je ne m’ennuie pas une seule seconde avec toi. Je suis heureux quand tu es là. C’est tout ce qui compte pour moi. » – « T’es sûr ? J’ai peur qu’après tu me trouves pas assez artiste. »  – « Arrête ! T’es bien mieux que ça. » – Il avait pris sa guitare et l’avait attirée contre lui.

Pour elle, il joua un air de musique éthiopienne

Jean-Xavier Renaud « Plus d’hymen », 2010. Sourcing image : exposition DYNASTY, MAM Paris, été 2010. Photo Vert et Plume, juin 2010

Elle s’était allongée perpendiculairement à lui ou presque. La nuque dans le creux de son ventre, une joue frottant sa verge. Il lui parlait de son film, demandait si elle accepterait de jouer le rôle de la fiancée d u poète. « Tu seras à poil, allongée sur le lit comme maintenant. La caméra lira les mots d’un poème écrit sur ta peau, autour de tes seins, de ton nombril, en couronne au-dessus de ta toison, comme des calligrammes d’Apollinaire. Des mots à moi. » – La fille rougissait jeune et jolie et dit : « Oui ».

Jean-Xavier Renaud « Le baiser des mariés », 2010. Dessin sur papier. Sourcing image : exposition DYNASTY, MAM Paris, juin 2010 (photo Vert et Plume)

« Just married »

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