Jardins d’hiver

Dites-le avec des fleurs

Laurent Millet « L’herbier », 2008-2011. Sourcing image : catalogue de la rétrospective Millet au musée des Beaux-arts d’Angers « Les enfantillages pittoresques », éditions Filigranes / Musées d’Angers, 2014 (bibliothèque The Plumebook Café 07/14)

Laurent Millet « L’herbier », 2008-2011. Sourcing image : catalogue de la rétrospective Millet au musée des Beaux-arts d’Angers « Les enfantillages pittoresques », éditions Filigranes / Musées d’Angers, 2014 (bibliothèque The Plumebook Café 07/14)

Les oiseaux de malheur ont la mine renfrognée et le regard triste. Les oiseaux du bonheur ont une clé sur le côté droit et font cui-cui quand on les remonte.
 
Désormais les jours étaient plus sombres que les nuits, les oiseaux avaient quitté la terre, la neige elle-même ne demeurait guère plus de trois ou quatre jours avant d’être effacée par la pluie, les nouvelles étaient mauvaises et les esprits désarmés. Il fallait avoir des fleurs en soi pour continuer de regarder le monde avec des yeux de poète.
 

Le jardin des délices

Laurent Millet « L’herbier », 2008-2011. Sourcing image : catalogue de la rétrospective Millet au musée des Beaux-arts d’Angers « Les enfantillages pittoresques », éditions Filigranes / Musées d’Angers, 2014 (bibliothèque The Plumebook Café 07/14)

Laurent Millet « L’herbier », 2008-2011. Sourcing image : catalogue de la rétrospective Millet au musée des Beaux-arts d’Angers « Les enfantillages pittoresques », éditions Filigranes / Musées d’Angers, 2014 (bibliothèque The Plumebook Café 07/14)

En parlant de Paris on évoque souvent la grisaille de la ville.
 
Des fleurs dans la  tête, dans la bouche, la poitrine, l’abdomen, autour de la taille, tiges enroulées sur le sexe rugissant, chevelure de feuilles géantes. Des fleurs sur un coin de sa fenêtre, dans l’angle du balcon, couchées sur la toile d’un peintre, dessinées avec des crayons de couleur, fleurs séchées dans un herbier à feuilleter devant son radiateur, fleurs d’oranger dans un tiroir de la cuisine, feuilles d’eucalyptus pour se déboucher le nez, fleurs de lys pour lit à baldaquin, caresses à fleur de peau, mille fleurs.
 

La danse des mitaines

 
Laurent Millet « L’herbier », 2008-2011. Sourcing image : catalogue de la rétrospective Millet au musée des Beaux-arts d’Angers « Les enfantillages pittoresques », éditions

Laurent Millet « L’herbier », 2008-2011. Sourcing image : catalogue de la rétrospective Millet au musée des Beaux-arts d’Angers « Les enfantillages pittoresques », éditions Filigranes / Musées d’Angers, 2014 (bibliothèque The Plumebook Café 07/14)

L’hiver dans les villes les piétons tout de noir vêtus font penser à des fourmis. À  la maison, les fourmis retirent leur manteau et mettent un corset pour servir le dîner.
 
Les immeubles projetaient leur ombre mortelle sur les quartiers que le soleil traînant au raz du macadam glacé ne parvenait plus à réchauffer. Les enfants à trottinette toussaient au cul des voitures diesel. De nouveaux venus réfugiés du sud inondé qui avaient planté des oliviers et des palmiers dans leur jardin de montagne enturbannaient leurs arbres de film plastique polypropylène. Les employés municipaux jetaient des branchages sur les massifs dont ils avaient retiré les fleurs pour décorer les bureaux de la mairie. La châtelaine et son jardinier qui s’appelait Justin rentraient leurs géraniums dans le jardin d’hiver qu’ils avaient fait bâtir sur le flanc le plus tempéré du château. Les cygnes erraient à la surface de l’eau, nostalgiques du temps béni où les touristes leur jetaient du paon au bec.
À présent tous atttendaient le retour du printemps.
 

Le nez qui voque

Laurent Millet « L’herbier », 2008-2011. Sourcing image : catalogue de la rétrospective Millet au musée des Beaux-arts d’Angers « Les enfantillages pittoresques », éditions Filigranes / Musées d’Angers, 2014 (bibliothèque The Plumebook Café 07/14)

Laurent Millet « L’herbier », 2008-2011. Sourcing image : catalogue de la rétrospective Millet au musée des Beaux-arts d’Angers « Les enfantillages pittoresques », éditions Filigranes / Musées d’Angers, 2014 (bibliothèque The Plumebook Café 07/14)

 Est-ce que les artistes vivent dans la forêt et découpent leurs visiteurs en morceaux ?
 
Ce n’était pas l’idée originale du photographe Laurent Millet qui avait construit ces images pour illustrer un extrait d’un conte tragique  du Décaméron écrit au Moyen-âge par l’Italien Boccace (1313-1375). Il racontait l’aventure d’une femme qui avait enterré dans un pot la tête coupée de son amant. Le genre d’histoire que l’on a pas envie de raconter aujourd’hui..
N’oublions pas à ce propos qu’en dépit de tous les péchés de chair et les crimes de sang qu’une femme aurait pu commettre sous la plume d’un écrivain italien, nul ne saurait la battre même avec une fleur.
Voilà pour la morale de ce court récit.
 

Flash infos artiste & écrivains

Laurent Millet.  Photographe français. Retrouvez d’autres photographies de l’artiste en tapant « Déjeuner dans la cour du musée » dans l’espace RECHERCHE en haut à droite.
Le nez qui voque.  Titre en forme de clin d’œil au roman de Réjean Ducharme (Québec) qui porte ce titre [équivoque].. Publié chez Gallimard dans les années 60.

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