Intériorité et sensualité

Originaire de Cluny (Saône-et-Loire) où il est né au mois d’avril 1758, Pierre-Paul Prud’hon vit et travaille à Paris où il est un artiste peintre et dessinateur admiré des plus grands artistes et écrivains, comme Delacroix et Baudelaire.
Il est souvent en proie à la mélancolie, regrette son pays natal. Devient l’amant de Constance Mayer sa collaboratrice, elle-même peintre..
Les raisons profondes de son mal de vivre sont ailleurs.
Paris traverse les années de la Révolution et de l’Empire. Pas plus que l’art impérial (le Napoléon nu en empereur romain de Canova), l’art révolutionnaire (le Citoyen en habit de Français de J-L David) ne parviennent à toucher l’amateur d’art comme Prud’hon y parvient avec une grande et émouvante sensibilité.
Pierre-Paul Prud’hon « Académie de femme en buste », sans mention de date. Craie noire et blanche sur papier bleu décoloré devenu ocre (18.5 x 17 cm). Sourcing image : « P.-P. Prud’hon, la poésie du corps, dessins », textes de John Elderfield (éditions de la Martinière, 1997). Bibliothèque The Plumebook Café, janv.98
Pierre-Paul Prud’hon « Académie de femme en buste », sans mention de date. Craie noire et blanche sur papier bleu décoloré devenu ocre (18.5 x 17 cm). Sourcing image : « P.-P. Prud’hon, la poésie du corps, dessins », textes de John Elderfield (éditions de la Martinière, 1997). Bibliothèque The Plumebook Café, janv.98
NOTES DE LECTURE [ouvrage en légende des images] 
Pierre-Paul Prud’hon ne paraît jamais satisfait. Il a souvent tendance à s’apitoyer sur son sort. 
C’est un provincial. Se méfie des Parisiens, des artistes à succès.
Courir le risque de ne plus s’appartenir le rebute.
Au temps de sa jeunesse il est un étudiant rebelle.
Il comprend d’emblée qu’il est différent.
Paradoxalement, en regardant la peinture de David, il est en proie à un violent désir d’être lui-même acclamé. En ressent aussitôt de la gêne.
Prud’hon n’est pas un personnage facile à cerner. 

Rêve de bonheur

Pierre-Paul Prud’hon « Jeune homme nu », sans mention de date (étude pour un tableau de Gustave Mayer exposé au Salon de 1819 « Le rêve du bonheur »). Craie noire et blanche avec estompe, sur papier bleu légèrement décoloré (43.5 x 53.5 cm). Sourcing image : « P.-P. Prud’hon, la poésie du corps, dessins », textes de John Elderfield (éditions de la Martinière, 1997). Bibliothèque The Plumebook Café, janv.98
Pierre-Paul Prud’hon « Jeune homme nu », sans mention de date (étude pour un tableau de Gustave Mayer exposé au Salon de 1819 « Le rêve du bonheur »). Craie noire et blanche avec estompe, sur papier bleu légèrement décoloré (43.5 x 53.5 cm). Sourcing image : « P.-P. Prud’hon, la poésie du corps, dessins », textes de John Elderfield (éditions de la Martinière, 1997). Bibliothèque The Plumebook Café, janv.98
 
L’esthétisme de son époque est résolument viril. 
À la manière de Poussin.
La France est guerrière. L’ennemi est partout, à l’intérieur comme aux frontières.
Il menace la Révolution.
Des Français nouvellement promus Citoyens, il faut faire des soldats.
Un goût qui n’est pas partagé par Prud’hon, poète plutôt que spadassin.
L’émotion éprouvée par l’artiste au spectacle des corps de jeunes femmes et jeunes hommes, posant nus dans son atelier, transparaît dans ses dessins.
L’académisme des poses est aisément surmonté.
Pierre-Paul Prud’hon « Académie de Marguerite », vers 1814. Fusain et craie blanche et noire sur papier bleu décoloré (27.9 x 22.2 cm). Sourcing image : « P.-P. Prud’hon, la poésie du corps, dessins », textes de John Elderfield (éditions de la Martinière, 1997). Bibliothèque The Plumebook Café, janv.98
Pierre-Paul Prud’hon « Académie de Marguerite », vers 1814. Fusain et craie blanche et noire sur papier bleu décoloré (27.9 x 22.2 cm). Sourcing image : « P.-P. Prud’hon, la poésie du corps, dessins », textes de John Elderfield (éditions de la Martinière, 1997). Bibliothèque The Plumebook Café, janv.98
NOTES DE LECTURE
La sensibilité de Prud’hon est éplacée dans le contexte de froideur et d’efficacité de la période révolutionnaire.
L’artiste est frustré de ne pouvoir revendiquer ses sentiments.
Gracieuses beautés androgynes.
Volupté baroque de l’Ancien Régime.
Prud’hon est-il un dangereux contre-révolutionnaire ou un pré-romantique…
Posséder d’une façon innée un cœur aimant et des sentiments empreints de douceur… ne sont-ils pas révélateurs d’une tendance à l’homosexualité…
Laquelle peut aussi être considérée comme une porte d’accès privilégiée à la beauté.

Souriant comme les Amours des allégories

Pierre-Paul Prud’hon « Académie de jeune homme », sans mention de date, exposé la 1ère fois en 1874. Craie noire et blanche sur papier bleu décoloré (50 x 38 cm). Sourcing image : « P.-P. Prud’hon, la poésie du corps, dessins », textes de John Elderfield (éditions de la Martinière, 1997). Bibliothèque The Plumebook Café, janv.98
Pierre-Paul Prud’hon « Académie de jeune homme », sans mention de date, exposé la 1ère fois en 1874. Craie noire et blanche sur papier bleu décoloré (50 x 38 cm). Sourcing image : « P.-P. Prud’hon, la poésie du corps, dessins », textes de John Elderfield (éditions de la Martinière, 1997). Bibliothèque The Plumebook Café, janv.98
NOTES DE LECTURE
Désaffection pour le travail qui correspond à une tendance décrite par Freud à propos de Leonard de Vinci : l’artiste s’interroge et doute, incapable de résoudre l’énigme de sa propre identité 
de sa propre sexualité.
Réinvention du désir.
Rébellion contre une masculinité normalisée, évoquée plus haut.
Normalisée peut signifier « qui exclut ».

Qui de l’homme ou de la mort aura le dernier mot…

Pierre-Paul Prud’hon « Tête de la vengeance, étude pour « La justice et la vengeance divine poursuivant le crime », vers 1808. Craie noire et blanche avec estompe et traces de craie bleue sur papier bleu décoloré en beige (50.8 x 39.9 cm).Sourcing image : « P.-P. Prud’hon, la poésie du corps, dessins », textes de John Elderfield (éditions de la Martinière, 1997). Bibliothèque The Plumebook Café, janv.98
Pierre-Paul Prud’hon « Tête de la vengeance, étude pour « La justice et la vengeance divine poursuivant le crime », vers 1808. Craie noire et blanche avec estompe et traces de craie bleue sur papier bleu décoloré en beige (50.8 x 39.9 cm).Sourcing image : « P.-P. Prud’hon, la poésie du corps, dessins », textes de John Elderfield (éditions de la Martinière, 1997). Bibliothèque The Plumebook Café, janv.98
NOTES DE LECTURE.  
« Des hommes qui expriment la passion ont toujours l’air de jouer un rôle ». 
Celui d’une femme, selon l’interprétation de Platon.
La masculinité des jeunes hommes qu’imagine le Vinci de Freud est teintée d’une féminité maternelle qui représente l’amour refoulé de l’artiste. 
Un refoulement qui le conduit jusqu’au narcissisme. 
Douceur et colère associées à la force sont, selon Paul-Pierre Prud’hon, les vraies caractéristiques masculines que l’artiste doit mettre en valeur.
Intériorité et sensualité gracieuse de l’éphèbe, tel que l’a peint Anne-Louis Girodet dans « Le sommeil d’Endymion ».
Pierre-Paul Prud’hon meurt à Paris en 1823. 
Il est inhumé au cimetière du Père Lachaise.

0 commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

*
*