Il pleut à Zanzibar

Mise à jour :  12 avril 2011.
Nous sommes arrivés il y a deux jours sur l’île après un long périple en avion qui nous a conduits de Paris à Djibouti où nous avons mis pied à terre et réussi à boire une bière à la terrasse d’un café où se retrouvent les militaires français comme des habitants irréels d’une ville fantôme, puis Addis-Ababa, Nairobi avant d’atterrir à Zanzibar.

Nous sommes enfermés dans la chambre de l’hôtel

Paul Mpagi Sepuya “Portraits/ Positions”, 2010. Sourcing image : site de l’artiste (archives Vert et Plume)

Charlotte est malade. Hier soir elle a voulu manger une langouste malgré mes mises en garde répétées. Je lui ai raconté comment tous les invités, lors d’un précédent voyage professionnel, avaient commis la même imprudence et avaient été malades comme des chiens, avaient vomi toute la nuit, il avait fallu les soutenir pour reprendre l’avion le lendemain. Naturellement Charlotte ne m’a pas écouté, elle veut faire ses propres expériences comme une grande.
Il pleut beaucoup mais il fait chaud. Je suis sorti sur la terrasse pour lire. Quand je lève la tête je vois la mer qui est très belle, agitée et sombre. Des felouques longent la côte dont elles desservent tous les ports. Peut-on rêver d’un meilleur endroit pour lire Cavafy ? Je retourne le livre : Collection « Poésie » Gallimard, un joli petit livre. L’avantage des poèmes ou des textes poétiques est leur briéveté, plus courts encore que des nouvelles. Je lis un poème, je m’interromps, à nouveau je contemple la mer, je rentre dans la chambre et regarde Charlotte qui s’est assoupie. Enfin elle récupère. Voilà une nuit et une journée entière qu’elle est couchée. Une nouvelle nuit commence.

John Singer Sargent « Tommies bathing / Soldats anglais se baignant », 1918. Aquarelle exposée au M.E.T. de New-York (bibliothèque Vert et Plume)

Avec mon crayon je fais une croix au sommet des poèmes qui m’ont séduit :

« Quand ils virent que Patrocle avait été tué, lui, si brave, si fort et si jeune, les chevaux d’Achille se mirent à pleurer… »
« la sottise journalière des relations humaines et de la foule. »
La plupart des textes n’empruntent pas à la mythologie, ils parlent des rencontres de Cavafy. J’ai souvent le sentiment que les artistes inventent les scènes qu’ils décrivent ou qu’ils peignent. Ainsi Cavafy qui observe un tableau où l’artiste a représenté un adolescent couché près d’une source. Je songe aux aquarelles de Sargent, un artiste que Charlotte et moi avons découvert il y a plusieurs années au Clark Art Institute de Williamstown et retrouvé plus tard au Metropolitan de New-York. On y voit, sujet presque inconnu dans un musée français, de jeunes hommes se baignant nus dans des rivières ou des torrents comme s’il s’agissait d’une chose parfaitement naturelle.
Souvenir inlassablement répété de la première fois, des premières rencontres, des premières expériences.

Kees van Dongen "Jeune Arabe", 1913. Sourcing image : catalogue de l'exposition Van Dongen "fauve, anarchiste et mondain" au MAM de Paris, printemps 2011 (bibliothèque Vert et Plume)

« … un adolescent qui, pour la première fois, abandonne avec quelque gaucherie son corps pur à l’amour. »
Constantin Cavafy « Jours de 1901 » (recueil cité au-dessus).

Flash infos artistes & écrivain

Constantin Cavafy. 1863-1933. Né à Alexandrie dans une famille de commerçants grecs. Après avoir été journaliste il devint fonctionnaire de haut rang dans l’administration égyptienne. Son oeuvre poétique, rédigée en anglais, français et grec, ne fut vraiment connue et célébrée qu’après sa mort.

Paul Mpagi Sepuya. De nouvelles photographies (grands formats) de cet artiste américain né en Californie en 1982 dans une famille d’origine égyptienne. Il vit aujourd’hui à New-York Son travail explore l’art du portrait en tant que tel, moyen d’exprimer une relation entre deux êtres liés par l’amour ou l’amitié. Les images s’entremêlent, se chevauchent selon un procédé qui rappelle inévitablement celui du collage mais l’effet produit est plus poétique dans le sens où l’artiste suggère davantage qu’il n’affirme. Quelle est la véritable nature de la relation qu’il illustre, on a presque envie de dire « qu’il décrit ». A quel moment les êtres réussissent-ils à e toucher, à échanger. Leur relation ne serait-elle pas seulement un jeu, tout comme la vie elle-même ?
Comme il est habituel chez les photographes américains actuels (Nan Goldin, Ryan Mc Ginley, Annie Leibovitz, Bruce Weber) , ce sont les amis de l’artiste qui sont ses modèles.

John Singer Sargent. 1856-1925. Issu d’une famille aisée, il devint célèbre grâce à ses portraits en pied de personnes appartenant à la haute société américaine de l’époque. En 1918 il se rendit en France sur les champs de bataille avec le titre de peintre de guerre anglais. Il peignit à cette occasion de nombreuses aquarelles (dont celle reproduite dans cet article) dans un style plus spontané que ses portraits, avec des mises en scène moins conventionnelles.

Kees van Dongen.  1877-1968. Avait voyagé au Caire en mars 1913.

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