Il ne craignait pas d’être lyrique

Lyrique. Adj. Littér. Se dit de la poésie qui exprime des émotions, des sentiments intimes au moyen de rythmes. (Le Robert, 1972)

Le meilleur reste à venir

Il ne s’en cachait pas. Le discours prononcé par Barack Obama à Chicago, au soir de sa réélection à la présidence des Etats-Unis l’avait enchanté comme si, cette nuit-là, il avait été lui-même afro-américain.

Jasper Johns « Flag above white », 1954. Encaustique sur toileSourcing image: catalogue de l’exposition « Pop Art » au Royal Academy of Arts, Londres (automne 1991). Bibliothèque Vert et Plume, oct.91

Je n’ai jamais autant cru dans notre pays. Je vous demande de soutenir cet espoir en continuant de travailler et de vous battre.

(Titres et sous-titres extraits du discours de Barack Obama)

. Il s’était senti très proche non seulement de cet homme mais aussi de celles et ceux qui l’acclamaient, scandaient ses propos. Il n’avait pas en tête l’exemple d’un président français capable de soulever un pareil  enthousiasme, sauf de Gaulle peut-être en voyage au Québec. Depuis lors, aucun président français aussi représentatif d’une cause juste, aussi naturel, dynamique, tourné vers la jeunesse et à l’écoute des « minorités » (il faudrait trouver un autre mot pour désigner ceux qui ne sont pas tout à la fois blancs, anglo-saxons, protestants et  hétérosexuels).

Il ne lui déplaisait pas non plus qu’Obama ait réussi à faire mentir tous ceux qui, dans l’hexagone, le donnaient perdant. Ce malin plaisir qu’ont les Français de flirter avec le pessimisme.

Il avait réécouté le discours d’Obama plusieurs fois, en avait lu le texte et détaché les phrases qui lui paraissaient les plus chargées de sens. Il avait aussi relevé les propos d’un certain Paul West, journaliste au Chicago Tribune, reproduits dans Le Monde du 10 novembre : « La réélection de Barack Obama a été le signal que l’hégémonie du mâle blanc hétérosexuel a pris fin en Amérique », et s’était demandé non sans malice quand ce règne prendrait-il fin en France ?

Une perspective qui n’avait pas manqué d’effrayer bon nombre d’Américains puisque Obama n’avait recueilli que 39 % des suffrages des Blancs contre 93% chez les Noirs.

Pour exprimer leur point de vue, des gens dans le monde risquent leur vie

Jasper Johns « Three flags », 1958. Sourcing image: carte en vente au Whitney museum of American art, New-York, 1982 (collection ert et Plume)

En dépit de nos différences, nous partageons certains espoirs. (…) Demandons-nous ce que nous pouvons faire ensemble, et non ce qui a été fait pour nous.

(Titres et sous-titres extraits du discours de Barack Obama)


Pas mauvais de rappeler que la liberté d’expression n’était pas partagée par tous les pays. En France c’était un principe garanti par la loi et défendu contre ceux qui voudraient l’amender.

Pourtant, l’expression dans notre pays lui paraissait moins créative. Il dénonçait à ce propos l’influence néfaste du microcosme parisien. La ville-capitale, s’était coupée de la province. Elle concentrait un nombre excessif de décideurs politiques et économiques,d’intellectuels, d’universitaires, de scientifiques, qui voyaient le pays de loin, se satisfaisant d’aller parfois « sur le terrain » non pour se remettre en cause mais conforter leurs opinions.

À ses amis il demandait quel mouvement culturel important était né à Paris depuis la fin des années 90 ?

Il s’alarmait aussi de lire que la curiosité de la nouvelle génération était accaparée par internet. Le « copier-poster » pouvait-il tenir lieu lieu de savoir ?

Combien de fois n’avait-il pas entendu que les Français s’américanisaient ? Plus récemment qu’ils devenaient « protestants » sous prétexte que le travail devenait un devoir, non plus une servitude.

La prétendue « américanisation » des mœurs ne dissimulait-elle pas une perte, voire une absence, de créativité ? Le recours aux termes anglo-américains dans le langage courant comme dans l’écrit en était un bon exemple quand il devenait à ce point « à la mode ».

Aux Ếtats-Unis, on parle de la « culture du collage » (Mandy Kahn). Elle correspond à une crise d’identité. Les Français dit-on, comme la plupart des Européens, ne sauraient plus qu ils sont, ni quel est leur avenir.

Notre force est dans notre diversité

Jasper Johns « Double flag », 1962. Huile sur toile. Sourcing image : catalogue de l’exposition « Pop Art » au Royal Academy of Arts, Londres (automne 1991). Bibliothèque Vert et Plume, oct.91

Peu importe qui vous êtes, d’où bous venez, de quelle couleur est votre peau, qui vous aimez, quels sont vos revenus pour réussir si vous en avez vraiment envie

(Titres et sous-titres extraits du discours de Barack Obama)

Surtout quand ils étaientt blancs, les Américains étaient aussi inquiets que les Européens. Interrogés en octobre 2012, 56 % d’entre eux avaient des comportements xénophobes. 51 % exprimaient des idées racistes (source : Le Monde daté 17-11-12)

Quand il réfléchissait à la cohabitation d’habitants d’origines étrangères (Afrique noire et Afrique du nord pour la majorité) avec d’autres établis depuis plusieurs générations en France, il essayait de d’identifier les raisons de l’échec plutôt que de se laisser aller à des réactions épidermiques.

Depuis les années 70, se disait-il, les Français  avaient tourné le dos à leur histoire, particulièrement celle de leur empire colonial, abandonnant aux politiques le souci d’en gérer les dépouilles. Une gestion calamiteuse, à laquelle les grands patrons des multinationales s’étaient associés, dont tout le monde (ou presque…) payait aujourd’hui le prix fort.

Impossible de réécrire l’histoire. Mais il était devenu nécessaire de l’assumer sans honte comme l’avaient toujours fait les Américains qui auraient pourtant eu de bonnes raisons de se flageller (massacre des Indiens, esclavage des Noirs), comme les Français adoraient le faire quand il s’agissait de leur pays.

Se définir en dénonçant les pratiques de l’autre n’était plus tenable. Les incendiaires pouvaient ranger au vestiaire leurs habits de rebelles (« Moi, je suis différent. ») ou d’anges (« Tout ça c’est de votre faute ! »). Le moment était venu de construire quelque chose sans lien avec tout ce qui avait précédé. REPARTIR DE ZÉRO. Et le monde ne s’écroulerait pas pour autant.

Flash infos artiste

Jasper Johns.  Né en 1930 . Artiste américain à l’origine du mouvement Pop Art aux États-Unis, avec Rauschenberg qui disait alors que l’artiste devait être le témoin de son temps.

Jasper Johns, date inconnue (vers 1990). Sourcing image : catalogue de l’exposition « Pop Art » au Royal Academy of Arts, Londres (automne 1991). Bibliothèque Vert et Plume, oct.91

À la question de savoir ce qui l’avait incité au départ à choisir pour objets de représentation des drapeaux, des cibles, des chiffres, des cartes ou des lettres, l’artiste répondait dans une interview datant de 1965 que ces objets lui paraissaient conventionnels, préfabriqués, sans personnalité, des éléments extérieurs. Et pourquoi ces objets étaient-ils si attirants à ses yeux ? Jasper Johns disait qu’il aimait les objets qui suggèrent un monde plutôt qu’une personnalité. Il lui semble que l’on peut utiliser à sa guise les choses les plus ordinaires sans avoir besoin de porter un jugement à leur sujet. Ces choses existent sans qu’il soit besoin de se référer à une valeur esthétique.

Autrement dit le sujet de sa peinture n’est pas ce qu’elle représente. La penture d’un drapeau figure bien un drapeau mais ce dernier n’est pas plus le sujet du tableau que le coup de brosse ou la couleur ou la matière de la peinture. [C’est particulièrement vrai dans les 3 représentations de drapeaux de cet article. Plusieurs reproductions disponibles sur internet ne sont pas fidèles aux tableaux originaux, ce sont des versions « repeintes » avec Photoshop.]

L’artiste reconnait pour finir qu’il aime, en commençant un tableau, introduire un objet de tous les jours, ordinaire, dans sa totalité ou en partie seulement. Peut-être parce qu’il n’est pas une personne « sophistiquée ». (Source : catalogue cité au-dessous des deux derniers tableaux)

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