Hors du temps

Avril 1961

Certains garçons dans la classe portent encore une blouse mais la plupart ne veulent plus en entendre parler. Petit à petit l’ordre immuable des choses est remis en question par une nouvelle génération née après la seconde guerre mondiale.

 

Ida Rubinstein « Hélène de Sparte », 1912. Sourcing image : reproduction de la couverture de « Comœdia » extrait de « Dans le sillage des ballets russes, 1929-1959 » (catalogue d’exposition du Centre National de la Danse, 2010). Bibliothèque Vert et Plume

 

Le contenu du programme scolaire ne varie pas. Les professeurs enseignent à tour de rôle le français, le latin, le grec, l’anglais ou l’allemand, l’histoire et la géographie. Les autres matières n’ont pas la même importance, à l’exception du sport qui jouit du même prestige qu’il avait dans la Grèce antique. A aucun moment il n’est question d’économie, encore moins de la vie des affaires. L’argent, pas davantage que la politique, ne sont des sujets de conversation avec les professeurs. Les élèves ne sont pas confrontés au monde extérieur qui résonne alors des cris de victoire de la Russie soviétique fêtant le succès du vol de Youri Gagarine dans l’espace. L’éducation religieuse qui est aussi dispensé aux garçons, avec une pratique quotidienne obligatoire, achève de les isoler.

C’est le moment choisi par le dieu de la puberté pour souffler le vent d’une révolte dont l’adolescent que je suis, élève du collège depuis la classe de septième, va entretenir la flamme avec des textes écrits au vitriol.

 

 

Serge Lifar « Daphnis et Chloé », 1934. Ballet de Fokine à l’Opéra de Paris. Sourcing image : reproduction de la couverture de « Comœdia » extrait de « Dans le sillage des ballets russes, 1929-1959 » (catalogue d’exposition du Centre National de la Danse, 2010). Bibliothèque Vert et Plume

Mai 1989

Je suis en Sicile avec Cha. Je ne me suis pas préparé pour ce voyage mais je sais pourquoi je suis venu sur l’île. Je n’ai rien oublié des luttes qui opposèrent la Rome ancienne aux cités grecques de Sicile, particulièrement à Syracuse où les machines de guerre inventées par Archimède avaient tenu en échec les armées et la flotte du général Marcellus.
Quand je suis entré dans la ville au volant de la petite Fiat louée à l’aéroport de Palerme, je conduisis jusqu’à l’hôtel sans demander mon chemin. Assise à côté de moi, Cha n’en revenait pas [le GPS n’existait pas]. J’avais véritablement l’impression d’être déjà venu à Syracuse ! Tout ce que j’avais appris au collège m’était revenu à l’esprit avec une précision qui me semblait naturelle.

 

 

Wilhelm von Gloeden « Taormina », 1902-1903 (côte sud-est de la Sicile). Sourcing image : dépliant de l’Agence Autonome de Séjour et de Tourisme de Taormine, 1989 (archives Vert et Plume)

« Ils sont imberbes, tout au plus leurs joues se garnissent d’un léger duvet naissant près de leurs oreilles. Parfois, bien que parfaitement musclés déjà, leur jeunesse est plus grande… »

Texte cité par Félix Buffière « Eros adolescent dans la Grèce antique » aux éditions Les Belles Lettres, 1980 (bibliothèque The Plumebook Café


0 commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

*
*