Histoire extravagante des deux lits

Mise à jour : 29 08 2012

Le premier lit

Maison Christofle « Lit commandé par le maharadjah de Bahawalpur », 1882. Photograohie reproduite dans Luc Lanel,1839-1939, centenaire de l’orfèvrerie Christofle (Paris, 1941). Sourcing image : catalogue de l’exposition Gérôme, éditions Skira-Flammarion (juin 2010). Bibliothèque Vert et Plume

LES COURTISANES. Le premier lit n’avait pas été imaginé pour dormir mais pour faire l’amour. Dès qu’il le pouvait, Diego venait dans la chambre où ce lit avait été installé par son père il y avait de nombreuses années. Duand il s’y enfermait avec une femme, plus rarement avec un garçon, Diego ne savait jamais quand il en ressortirait. Les sculptures qui se dressaient aux quatre coins du lit représentaient les plus célèbres courtisanes de son père. Il n’y avait plus de place pour installer la  sculpture d’une  maîtresse de Diego, sauf de la suspendre au plafond comme un ange dans une église. En réalité Diegol n’avait pas besoin de cela pour se souvenir de chacune des journées et des nuits qu’il avait passées dans cette chambre sur ce lit.


Il aimait les femmes qui avaient de belles fesses. Il se plaisait à les écartait comme les gousses d’un fruit mûr pour y introduire son nez, y fourrer sa langue. Il aimait l’odeur des corps. Il voulait aussi que ses maîtresses aient de gros tétons et des lèvres épaisses. Explorer la bouche d’une femme qui explorait la sienne le mettait dans tous ses états. Il pouvait s’y attarder durant un temps qui paraissait infini. Quand il avait joui, il roulait sur le côté en entraînant sa maîtresse avec lui, de sorte qu’il se retrouvait sous elle. Ses jambes relevées serraient sa taille et soulevaient sa croupe. Ils tanguaien  doucement, en murmurant des mots qui n’appartenaient qu’à eux. Avec ses talons il tapotait les fesses de sa maîtresse. Leurs lèvres où roulaient encore des gouttes de leurs précieuses liqueurs ne se quittaient plus.

Le second lit

Amy O’Neil « Pilgrim’s boudoir », 2006-2008. Sculpture en bois et fibre de verre exposée au MAMCO, Genève (été 2010). Voir page EXPOS / Site Vert et Plume

L’OGRE. Le second lit était très différent du premier, aussi extravagant mais austère. Un meuble de sacristie qu’un ogre, disait-on, avait dérobé il y avait très longtemps pour se reposer dans son relais de chasse. Il s’y enfermait pour dévorait des petites filles habillées de rouge qu’il faisait rôtir avant de les découper en plusieurs morceaux.
Luis, le père de Diego, avait racheté cette pièce unique à un collectionneur américain, disant que le moment venu il voulait être enseveli à l’intérieur. Quand il avait senti que la mort s’approchait, il était entré dans la chambre dont il possédait seul la clé, s’était déshabillé entièrement avant de s’allonger dans le lit de l’Ogre,. C’était ainsi qu’il l’appelait. Quand Diego lui avait demandé ce qu’il faisait, Luis avait répondu un peu pompeusement qu’il attendait « de rendre son dernier soupir ». Il était entouré des trophées dont il avait orné les murs de son bureau quand il dirigeait l’entreprise qu’il avait fondée.  Mais la mort n’était pas survenue aussi tôt que le médecin l’avait pronostiqué. Luis n’avait pas paru surpris. Il semblait même qu’il avait anticipé ce sursis. Dans un lambris de la boiserie, il avait fait fabriquer une porte secrète ouvrant sur une alcôve où une  très jeune femme, une gamine en vérité, l’attendait jour et nuit depuis l’instant où l’idée de la mort avait envahi son esprit. Loin d’être dévorée crue, car Luis ne pouvait rien faire cuire dans cette pièce, la jeune fille lui prodiguait les caresses que son vieux corps réclamait pour parvenir à la jouissance. Elle recueillait sa semence dans la paume de sa main et caressait ensuite ses tétons en disant  que cette liqueur était aussi bienfaisante que le miel.
Luis mourut quelques semaines plus tard. Diego ordonna de visser sur le lit de son père un couvercle de verre avant de le descendre dans le tombeau qu’un artiste italien avait aménagé dans la chapelle du domaine.

Flash infos artiste

Amy O’Neil. Artiste plasticienne née aux Etats-Unis en 1971. Travaille entre New-York et Genève où elle exposait au MAMCO durant l’été 2010. Exposait en France au Château du Rivau durant l’été 2011 une pièce commandée par le Centre National des Arts Plastiques. L’artiste puise son inspiration dans le folklore américain, les contes et le monde de l’enfance. Elle produit des œuvres au caractère féerique, très différentes de celles des autres artistes contemporains.

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