Guerre, désastres et civilisation

Mars-avril 2003. Peter Brook, metteur en scène, acteur et réalisateur [né à Londres en 1925] réagissait à la guerre en Irak.
Il se référait aux analyses de Freud face à la 1ère guerre mondiale (1914-1918)..
Une guerre qui avait paru inconcevable aux yeux de l’intelligentsia européenne formée aux cultures française, italienne, anglaise et allemande.
L’empereur d’Allemagne lui-même, comme l’a démontré un documentaire récent réalisé par des historiens allemands, diffusé sur Arte, n’envisageait rien d’autre qu’une négociation diplomatique avec la France, avant que la classe moyenne allemande, enflammée par les opposants nationalistes à Guillaume II ne le contraigne à préparer la guerre qui lui fera perdre son trône et le contraindra à l’exil.…

La guerre emporte tout

Maria Helena Vieira da Silva [Portugaise,1908-1992] « Le désastre ou la guerre », 1942. Sourcing image : catalogue de l’exposition « L’art en guerre, France 1938-1947 », musée d’art moderne de Paris (automne 2012). Bibliothèque The Plumebook Café
Maria Helena Vieira da Silva [Portugaise,1908-1992] « Le désastre ou la guerre », 1942. Sourcing image : catalogue de l’exposition « L’art en guerre, France 1938-1947 », musée d’art moderne de Paris (automne 2012). Bibliothèque The Plumebook Café
 
Journal d’un provincial. 
Samedi 14 novembre. 
Il est tard quand nous nous réveillons. Tourne le bouton de la radio. Les voix que j’entends ne sont pas celles du samedi matin. Parlent d’islam, d’attentats. Je ne comprends pas tout de suite qu’un nouveau drame s’est produit à Paris pendant que nous dormions.
Peter Brook parlait du triomphe des valeurs européennes sur la majeure partie du globe.
Journalistes et hommes politiques de droite parlent au contraire de la perte des valeurs.
Ils ne doivent pas penser à la même chose.
Les valeurs des réactionnaires  ne sont pas celles auxquelles pensait Peter Brook.
Ce qu’il y a de primitif dans l’homme. 
La poussée de violence, la tromperie, l’inhumanité qui accompagne la guerre
Le changement d’attitude par rapport à la mort qu’induit la guerre
La civilisation est  pour une bonne part fondée sur la considération témoignée aux morts.
Attitude qui trouve son fondement dans la perte d’êtres aimés.
La guerre emporte les couches d’alluvions déposées par la civilisation. 
Et ne laisse subsister en nous que l’homme primitif.

La perte du sens

Paul Klee [Allemand, 1879-1940] « Prophet », 6 mai 1930. Sourcing image : catalogue de l’exposition « L’art en guerre, France 1938-1947 », musée d’art moderne de Paris (automne 2012). Bibliothèque The Plumebook Café
Paul Klee [Allemand, 1879-1940] « Prophet », 6 mai 1930. Sourcing image : catalogue de l’exposition « L’art en guerre, France 1938-1947 », musée d’art moderne de Paris (automne 2012). Bibliothèque The Plumebook Café
Dimanche 15.  Nuit envahie de cauchemars. Je sursaute au moindre bruit dans la maison. Passé la journée debout devant mon écran. CNN, BBC-World, un peu de BFM. Hébété. En proie à l’émotion. Du mal à retenir mes larmes.
À la représentation d’un monde idéal, sans lequel notre réalité n’a plus de sens, a succédé la mise en scène de la violence. 
La destruction à tous les étages.
On s’aperçoit aujourd’hui que les media donnent en priorité la parole aux incultes, aux pauvres d’esprit, à ceux qui réagissent avec leurs tripes.
Ne font qu’exacerber les différences, pour faire naître la haine entre les communautés.
Le goût immodéré pour la vengeance, les actes violents, loin de toute réflexion.
On assiste à la trahison des journalistes comme autrefois des intellectuels. 
Ne trempent plus leur plume que dans le quotidien, le fait-divers, l’apparence.
Il est facile et commode de donner la parole à l’homme de la rue d’un côté, au spécialiste de l’autre, les nouveaux prophètes, investis de l’incroyable mission, aussi inconcevable que l’était la guerre : parler au nom des autres.
Le nivellement de la pensée et le populisme l’emportent partout.

Figure de l’ennemi

Nancy Spero [Américaine,1926-2009] « Medusa / Méduse », panneau mural (2002). Sérigraphie, linogravure (impression à l’encre grasse) et peinture synthétique sur papier. Sourcing image : exposition « Nancy Spero, un cri du cœur » au Centre Pompidou, automne-hiver 2010-2011 (Photo ©The Plumebook Café, 11/10)
Nancy Spero [Américaine,1926-2009] « Medusa / Méduse », panneau mural (2002). Sérigraphie, linogravure (impression à l’encre grasse) et peinture synthétique sur papier. Sourcing image : exposition « Nancy Spero, un cri du cœur » au Centre Pompidou, automne-hiver 2010-2011 (Photo ©The Plumebook Café, 11/10)
Lundi 16.  La peur de nouveaux attentats n’effleure pas l’esprit des parlementaires qui arrivent à Versailles. Se photographient par petits groupes dans la cour du château. Sourient au téléphone, à la tablette. Se doutent-ils que l’image de leur insouciance est diffusée à travers le monde…
L’image de la Gorgone Médusa est une représentation de la violence aveugle à laquelle il est impossible de se soustraire autrement qu’en tuant la Gorgone.
Les Gorgones étaient au nombre de trois. Elles étaient sœurs. 
Habitaient près du séjour de la Nuit, aux portes de l’Enfer. 
Tuaient tous ceux qui jetaient un regard sur elles.
Elles ressemblaient à des monstres,. 
Les Gorgones étaient des ratées, n’avaient qu’un seul œil, au pire un œil qu’elles partageaient entre elles. C’est dire qu’elles étaient incapables de discernement, encore moins de jugement ou de sentiment. 
Leurs cheveux pareils à des serpents. Pour dents des dés défenses de sanglier, voire une seule de ces dents en commun. 
La meilleure façon de les détruire étaient de les enfermer à l’intérieur d’une enceinte infranchissable et de les tuer de loin en criblant leur corps de flèches.

0 commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

*
*