Figure de l’érotisme masculin

Cela se passait en France au tout début des années 60. Il se souvient que le terrain de sport du collège était si vaste qu’il constituait un formidable espace de liberté où les élèves pouvaient s’asseoir pour discuter entre eux de tous les sujets qui les intéressaient sans craindre d’être dérangés. Des reproductions de tableaux de Jean-Léon Gérôme qu’un externe avait apportées, montrant des femmes entièrement nues, circulaient en cachette.

Une tradition française

Jean-Léon Gérôme "Marché d'esclaves", 1866. Huile sur toile. Sourcing image : catalogue de l'exposition "Noble Dreams, Orientalism in America, 1870-1910" (Clark Art Institute, été 2000). Bibliothèque Vert et Plume

Cela changeait des gladiateurs qui illustraient leurs manuels d’histoire, de leurs muscles bandés et de leurs épées menaçantes. Les femmes de Gérôme étaient sans défense, délibérément offertes à leurs regards concupiscents. L’une d’entre elles paraissait être une jeune chrétienne enlevée sur une plage de Provence et emmenée au Caire pour y être vendue comme esclave. Elle avait enflammé leur imagination d’adolescents éperdus.
La jeune femme était debout en pâmoison devant le marchand qui tendait vers elle un bras où était posée comme un linge de messe la tunique légère qu’il venait de lui retirer sans qu’elle protestât. Tous pouvaient contempler son corps aux formes éblouissantes. Elle avait de petits seins ronds comme des pommes, les hanches pleines mais légères, le pubis épilé qui semblait quémander leurs caresses. Les jambes parfaitement modelées, la droite prenant la pose. Elle n’offrait aucune résistance, se prêtant au contraire avec une belle innocence à l’inspection du marchand qui avait introduit ses doigts basanés dans sa bouche. Mon Dieu qu’ils étaient longs, et comme ils étaient gros !
L’homme appuyait sur sa langue pour tenter d’apercevoir sa gorge qui était si profonde. Bien qu’elle manquât de s’étouffer, la jeune captive gardait les bras ballants le long du corps et baissait les yeux comme on lui avait appris à le faire en signe de soumission.

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