Femmes sur toile et sur papier

Femme du soir, espoir

 Joan Miró « Femme dans la nuit », aquarelle, gouache et crayon sur papier (1970). Sourcing image : exposition « Art, Dos Punts », Barcelone (1993). Photo The Plumebook Café, 11/93
Joan Miró « Femme dans la nuit », aquarelle, gouache et crayon sur papier (1970). Sourcing image : exposition « Art, Dos Punts », Barcelone (1993). Photo The Plumebook Café, 11/93
Elle a passé un bras autour de sa taille. Ce geste le surprend. Il ne réagit pas, ne dit rien, par crainte de briser ce qui pourrait passer pour de l’harmonie. 
Un instant délicieux est toujours bon à prendre, se dit-il.
Elle appuie sa joue sur son épaule. Son corps, à lui, est traversé par l’excitation, l’envie d’aller plus loin. Il ne sait pas comment s’y prendre. Il n’a jamais su. Il ne sait rien. Il bande comme bandent les ignorants. Bêtement.
Il voudrait qu’elle ne fasse rien, qu’elle soit la maîtresse et lui le maître. Décider du moment et du comment. Il est chasseur, solitaire. 
Se tourne brusquement face à elle. L’embrassa longuement sur la bouche. Sa langue profondément en… dans sa bouche, à elle. La serre très fort contre lui. On dirait qu’elle se débat. Il retire sa…. Son corps électrique. 
Maintenant ils marchent côte à côte comme des amoureux du samedi soir à la sortie du cinéma.
Prend sa main, à elle, dans la sienne.
« Je me demande, c’est elle qui parle, je me demande si tu m’aimes ? »
Comment répondre à une question pareille ? Sait-elle ce qu’aimer signifie pour lui ? il veut mais ne dit pas qu’il veut faire l’amour avec elle. Ici, dans l’encoignure d’une porte, maintenant. Au beau milieu de la nuit. Les mots sont-ils indispensables ?
Quand il essaie d’imaginer qui il est, il se voit en boxeur. Musclé comme un boxeur. Vêtu d’un short rouge vif et d’un débardeur bariolé. L’amour pour récompense.
« À quoi penses-tu ? » demande-t-elle.
Lui la regarda comme un boxeur sortant de sa douche.
Elle. [sérieuse] « Une femme a besoin d’un homme pour s’occuper d’elle… »
Lui. [gourmand] « A-t-elle envie d’être caressée ? »
Elle. [disparaissant dans la nuit] « Tu n’aimes que toi… »

Femme du matin, festin

Pierre Bonnard « La cheminée », 1916. Huile sur toile, 81 x 111 cm. Sourcing image : Nokolas Watkins « Bonnard », éditions Phaidon, 1994 (Bibliothèque The Plumebook Café, 05/65)
Pierre Bonnard « La cheminée », 1916. Huile sur toile, 81 x 111 cm. Sourcing image : Nokolas Watkins « Bonnard », éditions Phaidon, 1994 (Bibliothèque The Plumebook Café, 05/65)
Le parfum de son corps contient des voyelles qui dansent autour de lui.
« Merci pour le petit éléphant en ivoire. La boîte dans laquelle tu l’avais emballé est belle elle-aussi. Sur le coup je ne t’ai rien dit. Je ne m’y attendais pas. Et puis… tu ne m’as pas laissé le temps » ajoute-t-elle en riant.
Il se lève pour ouvrir la fenêtre. Retourne dans le lit.
Tous les deux sont nus sous la lumière de ma plume.
Elle s’est allongée sur lui. Ses jambes écartées de part et d’autre des siennes. Soudés. Elle le possède. Il se laisse faire.
« Tu as un corps musclé, tu fais beaucoup de sport, non ? » 
Il broute son ventre, boit à la fontaine de son sexe. L’attrape par les bras, la renverse. Sa bouche, à lui,  sur ses lèvres, à elle. Son sexe dans sa bouche. Ses mains sur ses joues, dans ses cheveux. Elle étouffe.
Son sexe blotti entre ses seins, leurs bouches unies, leurs ventres confondus. Il redresse le torse. Elle caresse sa poitrine, la pointe de ses seins, à lui. Il la regarde jouir la première. Elle crie, le regarde jouir le second. Son cri s’échappe par la fenêtre. Il retombe sur elle. 
« Ça va boxeur ? »
«  Encore… »
Le parfum de son corps plus fort encore. 

Femme de l’après-midi, esprit

Craigie Horsfield « Eva Saumell, Carrer Manso, Février199..», 1996. Photographie dans le cadre du projet “La ville des gens”. Sourcing image : exposition « Art, Dos Punts », Barcelone (1993). Photo The Plumebook Café, 11/93

Craigie Horsfield « Eva Saumell, Carrer Manso, Février199..», 1996. Photographie dans le cadre du projet “La ville des gens”. Sourcing image : exposition « Art, Dos Punts », Barcelone (1993). Photo The Plumebook Café, 11/93

 Il s’assied pour retirer ses chaussures. Ôte son short et son maillot de sport. 
Il a tant de choses à lui raconter.
Le chemin de terre qu’il a emprunté pour venir chez elle en courant .
La pluie qui commençait à  tomber. Les gouttes d’eau dans ses cheveux, dans son cou et sur son front.
La tendresse de l’herbe sous ses pieds, l’odeur de la terre mouillée, les mouettes qui volaient autour de lui en criant.
Les mats plantés sur le bord du lac pour recevoir les drapeaux des pays qui vont participer à la conférence de la Paix dont tout le monde parle.
Il paraît que ce sera la fin de la guerre. Le retour des réfugiés dans leurs pays.
Un jeune couple installé sur un banc pour pique-niquer. Lançaient  aux pigeons fessus et ventripotents les miettes de leur déjeuner.
Le petit train qu’il a croisé, les enfants qui lui faisaient des signes de la main. 
Un groupe d’Anglais,  costumes sombres et robes blanches très courtes marchant, à la suite d’une mariée et un marié en redingote, derrière une caméra télécommandée.
Celui qui fermait la marche avait un verre de whisky à la main.
« Betty ? »
Il a gardé ses chaussettes Nike blanches aux pieds.
« Betty, où es-tu ? »
« Dans la chambre… avec le photographe. »

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