Familles et trompettes de la modernité

Dans son sens étymologique le mot FAMILLE désigne l’ensemble des serviteurs, des domestiques, attachés à une maison et placés sous l’autorité du pater familias, le chef de la famille romaine. Un sens qui prévaut jusqu’au 17e siècle, La Fontaine y incluant même, dans l’une de ses fables, les chiens et les chevaux qui « mangeaient aussi bien que leur maître.. »

 

Les membres de la famille

 

Par extension, la famille désigne bientôt l’ensemble des personnes parentes ou non appartenant à un même groupe ou clan. FUSTEL DE COULANGES – « Ce qui unit les membres de la famille, c’est quelque chose de plus puissant que la naissance, le sentiment ou la force physique, c’est la religion du foyer et des ancêtres. »
Avec le temps, la famille n’a plus englobé que les descendants d’un même créateur / fondateur encore vivant. À sa mort la famille se sectionne en plusieurs branches. C’est encore le cas dans les familles qui ont réussi à préserver le lien avec l’ancêtre commun, l’arrière-grand-père ou et /ou son conjoint survivant.
En droit, la famille ne réunit plus que les personnes liées entre elles par le mariage et la filiation.

louise-bourgeois-1945-1947

Louise Bourgeois (1911-2010) « Femme-maison », 1945-47. Huile et encre sur toile de lin, 81.5 x 35.6 cm. Sourcing image : carte reproduction éditée par le Centre Pompidou, 2008 (collection The Plumebook Café)

« Quand la famille est vivante et animée, les soins domestiques font la plus chère occupation de la femme et le plus doux amusement du mari. »
Jean-Jacques Rousseau « Émile », I.

 

 

APPA1RTENANCE À UNE FAMILLE. – Un air de famille. L’esprit de famille. Une bonne famille, un jeune homme, une jeune fille de bonne famille. Fils de famille. De père en fils, en fille. Les tares de famille. Les familles ennemies. Une famille éteinte, disparue. Roman de famille. Une vieille famille.

 

La maison de famille

 

La maison qui abritait autrefois la famille, pouvait aussi l’enfermer, la retenir [expérience de Louise Bourgeois enfant à Choisy]. Elle est en voie de disparition dans les villes, remplacée par des immeubles anonymes, aussi luxueux soient-ils, qui n’offrent que des espaces de dimensions variables, le plus souvent restreints. Ils contribuent à la destruction du lien familial au-delà du strict rapport parents-enfants, ces derniers n’étant plus qu’au nombre de 1.5 en moyenne ou 2.5 au maximum.
On est tenté de parler d’une destruction programmée de la famille, permettant aux gouvernants d’asseoir leur autorité sur des individus isolés, incapable dans la plupart des cas de se regrouper pour faire entendre leur voix, opposer leur aspirations propres.
La famille, qui semblait être une contrainte, surtout au regard des plus jeunes, ‘était-elle pas davantage un rempart contre les intrusions de plus en plus menaçantes de l’État, des administrations, des entreprises de toute nature, des banques, des assurances, des marchands de rêve et de « paradis artificiels » ?
Isolé, livré à lui-même, l’individu est devenu une proie facile à convaincre, à circonvenir, à dominer, voire à pervertir [consommation de drogue].

 

Louise Bourgeois (1911-2010) « Cell / Prison » (Choisy), la maison familiale en France, 19901-1993. Marbre rose, métal et verre, 306 x 170.2 x 241 cm. Sourcing image : carte reproduction éditée par le Centre Pompidou, 2008 (collection The Plumebook Café)

Louise Bourgeois (1911-2010) « Cell / Prison » (Choisy), la maison familiale en France, 19901-1993. Marbre rose, métal et verre, 306 x 170.2 x 241 cm. Sourcing image : carte reproduction éditée par le Centre Pompidou, 2008 (collection The Plumebook Café)

« Je ne suis d’aucune famille, moi. Je ne suis pas de la v^ytr. Je ne suis pas de celle des hommes. Les maisons où l’on est entre soi, j’y suis de trop. Il y a des familles, mais ce n’est pas pour moi. Je suis le malheureux ; je suis dehors. Ai-je eu un père ou une mère ? j’en doute presque. »
Victor Hugo, « Les Misérables », V, VII, I.

 

 

En même temps qu’elle s’est fractionnée, la famille, contrainte de s’endetter sur la durée pour acheter un nouveau logement, s’est appauvrie. Les charges attachées à l’habitat y contribuent aussi. La vieillesse et le placement en institutions parachève cet appauvrissement, de sorte que la famille moyenne ne transmet presque plus rien par comparaison avec ses ancêtres qui possédaient une maison / ferme et des terres, symboles par excellence de la famille traditionnelle.

La ferme devenue maison ou demeure, les terres devenues jardin ou parc, sont encore l’apanage des plus fortunés, ceux qui résistent le mieux aux ingérences et qui transmettent leur capital d’indépendance à leurs descendants.

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