Était impudique et drôle

« Vernis des seins, ciré des hanches, laqué des bras, poli du ventre, les cuisses, pour leur part, sont de soie grège, comme pour capitonner les pores, et empêcher que ces bijoux charnels ne s’usent au contact du toucher – comme l’escargot doit se munir d’une coque pour se protéger de l’usure. »
Malcolm de Chazal « Sens plastique », éditions Gallimard (1948). Collection « L’imaginaire », 1985 (bibliothèque Vert et Plume).

Quatre séquences / 3.

Elle m’avait prévenu, la veille en nous séparant, qu’elle ne serait pas dans le parc le lendemain : « Ne me cherchez pax. Je vais passer la journée au Camp avec une amie. » Sur le coup, je n’avais posé aucune question mais quand je me réveillai la curiosité fut la plus forte. Je cherchai sur la carte à localiser ce fameux Camp dont je n’avais pas encore entendu parler,  mais dont tout le monde au village connaissait l’existence. Sauf moi.

Elle avait la silhouette d’une publicité d’Ambre solaire

Diane Arbus « Une nudiste en Pennsylvanie », 1965. Sourcing image : « Diane Arbus », éditions de La Martinière / Jeu de Paume (oct.2011). Bibliothèque Vert et Plume

Je n’eus pas de mal à trouver ceux qu’ils appelaient ici « les Nudistes ». Des étrangers pour la plupart, suédois, hollandais, allemands, partisans d’une vie naturelle en famille. Le maire leur avait loué un domaine abandonné, bordé par une rivière où ils pouvaient se baigner sans danger. Le petit château en ruines avait été restauré et aménagé pour abriter les installations sanitaires, les salles de restauration et de détente.


« Vous n’avez pas été gêné d’abandonner vos vêtements en entrant ? » me demanda-t-elle. Elle m’avait tout de suite repéré et, plantée au milieu de la pelouse, complètement nue… enfin, presque, elle avait attendu que je vienne vers elle. Pas du tout étonnée de me voir.
« Non, je ne déteste pas me balader à poil. »
« A poil ? »
« Cela veut dire nu. »
« Okay »
« Mais que faites-vous accoutrée de la sorte, je veux dire… avec votre perruque blonde frisée, les lunettes cygne et ces sandales, vous me faites penser à une fille du Middle-West qui a lu trop de magazines. »
« C’est exactement ce que je suis, l’amie dont je vous ai parlé hier aussi. Tous les gens dans le Camp savent parler anglais, nous avons l’impression d’être chez nous. Ils n’ont pas de complexes. »
« Vous voulez dire que les Français en ont ? »
« Disons qu’ils sont snobs et que même s’ils avaient envie de se joindre à nous, ils n’oseraient pas le faire. »
« Moi si. L’idée de courir tout nu avec le sexe en métronome et vous qui me suivrez, en retenant vos seins pour qu’ils ne s’envolent pas, me plaît assez. Si nous commencions maintenant ? »
« Chiche ! »
« C’est parti ! » Elle fut la première à être prise de fou rire et moi par contagion. La course s’arrêta nette et nous voilà tous les deux allongés dans l’herbe, riant à en avoir mal au ventre.
« Si vous faisiez quelques photos maintenant ? »
« Après, vous viendrez chez moi ? »
Elle ne répondit pas à ma question qui était peut-être trop brutale. Intérieurement, je maudis mon inexpérience.

Flash infos artiste

Diane Arbus « Une famille sur sa pelouse un dimanche à Westchester, État de N.York », 1968. Sourcing image : « Diane Arbus », éditions de La Martinière / Jeu de Paume (oct.2011). Bibliothèque Vert et Plume

Les « Nudistes » appelaient les gens du village des « Textiles ». Les deux tribus se moquaient l’une de l’autre, mais vivaient en bonne entente.

Diane Arbus. 1923-1971. Photographe américaine. Exposition au Jeu de Paume / Jardin des Tuileries (oct.2011-fév.2012).
BIOGRAPHIE. http://en.wikipedia.org/wiki/Diane_Arbus

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