Et la nuit éclairait la nuit

Nuit. Tout état qui suscite chez le sujet la métaphore de l’obscurité dans laquelle il se débat ou s’apaise.
Roland Barthes « Fragments d’un discours amoureux, 1977 (éditions du Seuil).
Le titre. Emprunté par Roland Barthes à Jean de la Croix et repris ici.

L’amour et le dépaysement

Javier Perez « Nocturne Op.9 », dessin (sept.2009). Sourcing image : exposition de la galerie Guy Bartschi à Genève, nov.2010-janv.2011 (voir le Carnet d’adresses du blog)

Nocturne. Adj. Qui est propre à la nuit (considérée comme phénomène naturel, sensible). Dictionnaire Le Robert, 1972.

1. Si le dessin est un substitut à l’écriture, celui de Javier Perez peut signifier que l’amour est stérile dans le sens où il ne produit rien qui ressemble de près ou de loin à une œuvre d’art. Aucune construction intellectuelle, mais des habitudes, un train-train quotidien qui vous fait ressembler à deux vaches qui prennent racine au point de les confondre avec le paysage, dont les gens se demandent en passant depuis combien de temps vous êtes là.
L’amour comme élément de décor. L’amour potiche.
2. Picasso se servait des femmes. Pensez-vous qu’il les aimait ? N’étaient-elles pas des prétextes, des sujets ou objets d’observation, des modèles ? S’il les aimait ce n’était pas cet amour qui produisait les œuvres qu’on connaît, c’était lui après l’amour. Enfermé dans son atelier.
3. Sait-on seulement si l’on s’aime à deux ? Comment ne pas se poser la question ? L’idée que l’on a de l’Hamour et surtout du couple au moment de se rencontrer n’est pas celle que l’on expérimente ensuite si l’on demeure ensemble. Principale raison : les idées antérieures étaient préfabriquées. Elles ne nous nous appartenaient pas, des idéaux, des règles, des clichés, des vœux pieux… que la religion, la famille, la société tentent de faire avaler aux petits garçons et aux petites filles sur le point de se métamorphoser en adultes. L’Hamour n’est pas un état, ni un protocole attaché à une maladie de l’âme. Plutôt une manière de vivre. Un style pour un édifice à construire. L’Hamour préemballé n’existe pas.

Amour… Amour… Amour… Amour…

Salvador Dali, illustration (1930). Pour le Manifeste des Surréalistes à propos de L'Age d'Or, film de Luis Bunuel. Sourcing image : "L'Avant-Scène du Cinéma", spécial Bunuel (juin-juillet 1963). Collection Vert et Plume

4. Autre chose est faire l’amour. C’est une fonction naturelle que nous partageons avec toutes les espèces. C’est instantané, ça ne dure pas, sauf de le faire toutes les dix minutes, 144 fois par jour. Ne faire que cela. Une idée là expérimenter à l’âge de l’adolescence. S’enfermer à deux dans une chambre durant un week-end avec juste de quoi boire, manger et écouter de la musique. Après la deux cent quatre-vingt huitième jouissance dormir une nuit entière avant de retourner en fac ou à l’école.
5. Vivre à deux. Quelqu’un à ses côtés, contre soi, sur soi, sous soi, partout.
6. Pour illustrer la vie à deux, l’image du vampire convient au vieux beau et riche qui vit avec une jeune fille ou un jeune homme. Celle de la vache à l’homme qui marmonne devant la télé en attendant que le repas soit prêt.
7. L’Hamour est respect de soi et de l’autre. La stabilité d’une relation  n’est pas un prétexte pour renoncer à ses ambitions ou rêves personnels. Ne pas devenir un autre.

Portrait des artistes

Salvador Dali.  1904-1989. Salvador Dali écrivit avec Luis Bunuel le scénario de « L’Age d’Or », film parlant surréaliste, qui sortit à Paris en 1930 au Studio 28. Il était programmé en même temps que « Paris-Bestiaux » (!!), un film comique « Au Village » et un dessin animé sonore.
Javier Perez. Lire : http://pedagogie.ac-amiens.fr/arts_plastiques/pages/aabap901.htm
Pourquoi l’Hamour ? Lire l’article Le repos du guerrier

0 commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

*
*